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dimanche 19 octobre 2014

Me gusta como eres

Patrick Saytour : Il m'arrive, lorsque ça ne va pas ou même quand ça va bien, ou tout simplement lorsque l'hiver se termine d'aller travailler à la plage. Je peux revenir de la plage sans avoir rien fait mais, en général j'ai confiance et ça se passe bien. Je ne vais pas à la plage tous les matins sous prétexte que c'est mon lieu de travail. J'y suis allé il y a dix jours, pour me reposer, et quand je suis revenu j'avais résolu mes problèmes du moment, conçu l'ensemble de ma prochaine exposition. 
Catherine Lawless : Et quand vous êtes à la plage vous êtes comme un baigneur ?
Patrick Saytour : Absolument. Je m'endors, je me promène. J'adore les couleurs, le changement des couleurs sur ce plan mobile et immobile qu'est l'eau. 
Catherine Lawless. Artistes et ateliers. 

Lequel 
de nous deux 
a 
le plus 
travaillé 
ce vendredi 
à Barcares ?

mercredi 15 octobre 2014

La vie des pages

Le jour n'a pas encore commencé à décliner. Ou alors c'est la lumière artificielle. 
Table ronde à gauche (1), 
je lis. (2)
Le garçon assis en premier.  
Cahier de calcul, application de bon élève, tête brune penchée sur la règle qui trace la barre de l'addition, écriture nette. 
Le père assis en deuxième.
Carnet moleskine, stylo bille à droite du livre (3) ouvert, tête dégarnie penchée vers la page de gauche, vers la page de droite, vers l'enfant, vers la montre.
A la fin des devoirs, encore du temps.
L'homme désigne les rayonnages à l'enfant. 
Revue de cuisine (4), tête brune penchée vers la page de gauche, vers la page de droite, vers la page de gauche, vers la page de droite, à peine un regard vers la pâtisserie, vers la page de droite, vers la page de gauche, une main se tend vers le père, la langue passe sur les lèvres, une recette de hamburger aux légumes, vers la page de droite, mmm !, une recette de sandwich gratiné.
Ils partent. 
J'ai faim.
Je reste. (5)

(1)

(2) Catherine Lawless : A quoi correspond ce "bureau" où nous sommes ?
Niele Toroni : Je l'appelle bureau, parce qu'il y a une table, que j'y ai classé quelques catalogues et livres. 
(…) Je le vois plus comme une extension de mon appartement. Qui n'éprouve pas le besoin de s'isoler pour écouter de la musique, réfléchir, bricoler ? Chaque individu a besoin d'un "coin à soi". Ce n'est pas le propre de l'artiste. Malheureusement chacun ne peut pas l'avoir et des individus sont souvent réduits à le trouver dans leur voiture où je ne sais où. 
Catherine Lawless. Artistes et ateliers. 

(3)












(4)












(5)
Il y a beaucoup de gens dans la salle, mais on ne sent pas leur présence. Ils sont plongés dans les livres. Ils bougent quelquefois entre les pages, comme des dormeurs qui se retournent entre deux rêves. Ah ! qu'il fait bon d'être au milieu de gens qui lisent ! Pourquoi ne sont-ils pas toujours ainsi ? Tu peux t'approcher de l'un deux et le toucher doucement, il ne sentira rien. Et si tu bouscules un peu ton voisin en te levant et que tu lui fais tes excuses, il fait un signe de tête du côté d'où vient la voix, il tourne son visage vers toi sans te voir et ses cheveux sont semblables aux cheveux d'un dormeur. (6)
Rainer Maria Rilke. Les Cahiers de Malte Laurids Brigge.

(6)


dimanche 12 octobre 2014

Street scent

Catherine Lawless : As-tu déjà peint devant quelqu'un ?
Joan Mitchell : Simplement en école. Sinon, est-ce que l'on fait l'amour, est-ce que l'on chie devant quelqu'un ? Moi je suis puritaine. 
Catherine Lawless : Que penses-tu de la représentation des ateliers de Delacroix, de Courbet, où l'artiste reçoit pendant qu'il peint ?
Joan Mitchell : J'ai souvent pensé à cela, à ces salons où autour du chevalet on parle, on commente, on disserte… 
Est-ce que l'ont peut saisir Balzac en train d'écrire ou Victor Hugo en train de penser ? Je me demande si ce n'est pas parce que l'on a toujours considéré la peinture comme le jardinage, c'est-à-dire comme une activité non intellectuelle soi-disant, que l'on a peint ou aujourd'hui filmé des artistes en train de "jardiner", c'est-à-dire de peindre. La peinture n'est peut-être pas vue, même aujourd'hui, malgré les modernes, comme le fruit d'un travail de pensée, d'intériorité, de réflexion. 
Catherine Lawless. Artistes et ateliers. 
Cette fois, c'est dans le couloir que nous avons fait salon, à notre retour de la mer, car tout nous est bon, tous les lieux de la maison pour y dérouler nos conversations.
Cette fois, c'est d'ombre et de lumière que tu voulais me parler car tu en avais lu une convaincante définition dans ton livre de la veille.
Et la veille, justement, je t'avais accompagné et, depuis notre comptoir familier, je t'avais regardé, de loin. La nuit était tombée et tout était plongé dans l'obscurité que, seul, le lampadaire ne parvient pas à chasser, tout était sombre sauf ton visage et ta main qui courait sur le papier, soulignés par le spot que tu avais allumé.
De loin, tu ressemblais à un tableau, animé.