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dimanche 22 mars 2015

Book of days

Il y a des cerveaux qui sont des centres cérébraux perpétuellement sur le qui-vive -sous les lampions toujours allumés des sens- dont les circonvolutions se croisent comme les carrefours des avenues new-yorkaises. Il y a des esprits calmes, mais travailleurs, comme un village de pêcheurs. Ils aiment les pauses ensommeillées (Descartes dormait onze heures par jour), mais quand ils se réveillent, ils jettent leurs nasses dans la réalité et attendent patiemment d'attraper quelque chose. Il y a des esprits qui étaient des esprits mais se sont décatis, ont gaspillé les pensées qui les habitaient, les ont laissées s'entasser sous le sable des secondes, se transformant en pensées de musée visitées par de rares pensées-touristes. 
Sigismund Krzyzanowski. Rue Involontaire. 
Ta toute première visite au libraire qui fut le mien ressemblait, après mes récits, à un pèlerinage.
Tu lui dessinas mon portrait en trois auteurs et partis avec un autre, que je ne connaissais pas mais que je n'aurais pas mieux choisi. 
Tu feuilletas le livre au café, me dis-tu, où tu y improvisas une dédicace dans une posture que je te connais tant : 








Avant même de me l'offrir, tu avais déjà envie de le lire, me dis-tu. 
Je l'ai fini et il t'attend. 

mardi 6 janvier 2015

Tuesday self portrait

N'importe quelle circonvolution cérébrale, de même que n'importe quelle rue, possède ses faits divers. Les pensées avancent sur le trottoir gris du cerveau tantôt dans les rangs serrés du syllogisme, tantôt s'éparpillant en passants solitaires, comme des épis vides. Dans le crâne de celui qui est pendu au téléphone, les pensées sont elles aussi pendues toute la journée à des fils associatifs, faisant et défaisant les liens. Certaines pensées mènent une vie solitaire, pantouflarde, dans leurs neurones. D'autres parcourent en tous sens les circonvolutions du cerveau en quête d'un surcroît de pensée. A la nuit, la ville cérébrale, bien à l'abri sous la calotte crânienne, s'endort. Les passerelles entre les dendrites se retirent. Les pensées sombrent dans le sommeil -et seuls les rêves gardent la nuit en patrouillant dans les méandres vides du cerveau. 
Sigismund Krzyzanowski. Rue Involontaire.