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dimanche 4 septembre 2016

Des insomnies, des écrivains, des spaghettis

On s'est croisés au lever du jour, dans le lit.
Où t'étais ? j'ai dit. Au salon, avec Richard, tu m'as répondu. Avec des anguilles, si ça se trouve, pour vous tenir compagnie, j'ai pensé. Mais. Plutôt que de te parler de la recette de spaghettis de Richard Brautigan, j'ai préféré te laisser te rendormir et je suis allée à la cuisine avec Ricardo. J'ai lu Ricardo Piglia pendant que cuisaient des lentilles et que je mordais dans mes toasts à l'avocat.
Je suis assis ici, dans un fauteuil de velours contre une fenêtre qui donne sur les toits de Buenos Aires, lisant Henry James, en même temps que les pensées les plus diverses passent devant moi, comme si je les voyais, comme si ma tête était connectée à une chaîne personnelle de télévision. Notre propre chaîne qui fonctionne parallèlement à notre lecture, comme cela arrive parfois avec des amis à qui je rend visite chez eux et que je trouve en train de lire avec la télévision allumée, parfois sans le son, seulement avec les images pendant qu'ils écoutent de la musique. 
Traduction libre d'un extrait* de  Los diarios de Emilio Renzi de Ricardo Piglia.


*Estoy aquí sentado en un sillón de felpa contra una ventana que da a las azoteas de Buenos Aires, leyendo a Henry James,  al mismo tiempo los pensamientos más variados cruzan frente a mí, como si los viera, como si mi cabeza estuviera conectada a un canal personal de televisión. El canal propio que funciona paralelamente a la lectura, como sucede a veces con algunos amigos a los que visito en su casa y los encuentro leyendo pero con el televisor prendido a veces sin sonido, sólo con imágenes, mientras en un combinado escuchan música. 

vendredi 2 septembre 2016

Le cabinet des rêves 295

Un rêve. Je suis au milieu de la foule dans une rue d'une ville inconnue et je parle une autre langue, une langue que personne ne comprend.  
Traduction libre d'un extrait* de  Los diarios de Emilio Renzi de Ricardo Piglia.
*Un sueño. Estoy en medio de una multitud en una calle de una ciudad desconocida y hablo otro idioma, un idioma que nadie entiende.
Je suis avec M. 
Comme j'ai rendez-vous pour un entretien, je le laisse dormir et je m'en vais. 
Je prends un train un peu au hasard : en fait, je suis dans la banlieue de Tokyo et je dois me rendre à Shinjuku pour mon rendez-vous. Au moment où le train fait demi-tour et s'engage dans la campagne, je réalise avec fatalisme que nous n'allons pas dans la bonne direction. 
Je suis dans un wagon découvert qui ressemble à celui d'un petit train touristique. D'ailleurs, il y a des touristes autour de moi dont deux jeunes Français. 
Le plus jeune fait mine de s'emparer de mon téléphone portable. 
Je lui fais une remarque en français qui le désarçonne parce qu'il ne pensait pas que je le comprenais. 
Son grand frère commence par rire de la situation avant de me dire que ma remarque était stérile. 
Je lui demande quelle réaction aurait été plus adéquate ? Molester son jeune frère ? 
En disant cela, j'attrape celui-ci par les cheveux en riant alors que c'est sérieusement que je ferais volontiers ce geste. 

C'est le terminus du train. 
Il y a une plage en contrebas, nous ne sommes même pas dans une gare. 
Je ne vois pas du tout comment je vais pouvoir aller à Shinjuku. 
J'adresse la parole à une femme dans un mélange de japonais et d'espagnol. 
Elle me répond avec des mots français pour me faire comprendre que je devrais aller dans le café qu'elle me désigne. 
Je reconnais ce café pour l'avoir fréquenté plusieurs fois quand j'habitais à Tokyo.
Je me dis que, en effet, je peux y bénéficier d'une connexion internet, non seulement pour demander des détails sur mon rendez-vous mais aussi pour le reporter car je ne vais pas pouvoir y arriver. 

Rêve du 23 août 2016

mardi 30 août 2016

Tuesday self portrait

Jeudi 13 octobre  
     Je lis ce que j'ai écrit dans ces carnets, désordre des sentiments. Je cherche une poétique personnelle qui ne se voit pas (encore). Un journal enregistre les faits pendant qu'ils se passent. Il ne les rappelle pas, il les enregistre seulement au présent. Quand je lis ce que j'ai écrit dans le passé, je trouve des blocs d'expérience et la lecture seule permet de reconstruire une histoire qui se déplace au fil du temps. Ce qui se passe se comprend ensuite. On ne doit pas raconter le présent comme s'il était déjà passé.
Traduction libre d'un extrait* de Los diarios de Emilio Renzi de Ricardo Piglia. 
*Jueves 13 de octubre 
Leo lo que escribí en estos cuadernos, desorden de los sentimientos. Busco una poética personal que aquí ne se ve (todavía). Un diario registra los hechos mientras suceden. No los recuerda, sólo los registra en presente. Cuando leo lo que escribí en el pasado encuentro bloques de experiencia y sólo la lectura permite reconstruir una historia que se desplaza a lo largo del tiempo. Lo que sucede se entiende después. No se debe narrar el presente como si ya hubiera pasado.




jeudi 4 août 2016

Souvenirs de l'avenir

Comment j'ai lu un de mes livres pourrait être le titre de mon autobiographie (si je l'écrivais). 
Premier point, les livres de ma vie de l'époque, pas tous ceux que j'ai lus mais seulement ceux dont je me souviens nettement la situation et le moment où je les ai lus. Si je me rappelle des circonstances dans lesquelles j'étais avec un livre, c'est pour moi la preuve qu'il fut décisif. Ce ne sont pas forcément les meilleurs ni ceux qui m'ont influencé mais ce sont ceux qui ont laissé une trace. Je vais garder ce critère mnémotechnique, comme s'il n'y avait rien de plus que ces images pour reconstruire mon expérience. Un livre a une qualité intime dans mon souvenir seulement si je me vois en train de le lire.  
Traduction libre d'un extrait* de Los diarios de Emilio Renzi. Años de formación. (Les journaux de Emilio Renzi. Années de formation) de Ricardo Piglia.
De quoi me souviendrai-je de cet été 2016 ?
De n'avoir lu qu'à (grand) peine. 
Mais d'avoir entamé la lecture du dernier livre (en date) de Ricardo Piglia le dernier weekend de juillet. 

*Cómo he leído alguno de mis libros podría ser el título de mi autobiografía (si la escribiera). 
Punto primero, los libros de mi vida entonces, pero tampoco todos los que había leído sino sólo aquellos de los cuales recuerdo con nitidez la situación, y el momento en que los estaba leyendo. Si recuerdo las circunstancias en las que estas con un libro, eso es para mí la prueba de que fue decisivo. No necesariamente son los mejores ni los que me han influido : pero son los que han dejado una marca. Voy a seguir ese criterio mnemotécnico, como si no tuviera más que esas imágenes para reconstruir mi experiencia. Un libro en el recuerdo tiene una cualidad íntima, sólo si me veo a mí mismo leyendo. 

jeudi 25 février 2016

Mi Estado mental

Durant des heures, c'est seulement mon image qu'on voit au sous-sol, mise au point, en réalité, par deux caméras, l'une dans cet angle et l'autre dans cet autre angle du plafond. On voit seulement mon corps mais personne ne peut entrer en moi, la solitude du cerveau échappe à la surveillance électronique, la télévision reflète seulement les pensées de ceux qui la voient. Est filmée et retransmise seulement la pensée des gens qui, volontairement, acceptent de regarder ce qu'ils pensent. Cela, on l'appelle le programme télévisé du jour, une carte générale de l'Etat mental. Le monologue intérieur, dit-il, est maintenant le programme d'un jour sur les écrans de la télévision, du temps fragmenté, un flux de conscience, des images verbales. Mais on n'a pas encore obtenu une machine si sensible qui permette la télévision télépathique.   
Traduction libre d'un extrait* de La ciudad ausente de Ricardo Piglia.

J'ai dessiné sur une double page la carte mentale de mon apprentissage de l'espagnol et est apparu un continent indifférent aux mers, aux océans, un espace intérieur, souterrain. 
Toutes les directions, à la fin, convergent en une seule. 
L'écrit, le récit. 

* 
Durante horas es sólo mi imagen la que se ve en el sótano, enfocada en realidad por dos cámaras, una en ese ángulo y la otra en ese otro ángulo del techo. Sólo ven mi cuerpo, pero nadie puede entrar en mí, la soledad del cerebro es inmune a la vigilancia electrónica, la televisión sólo refleja el pensamiento de quienes la ven. Sólo se filma y se transmite el pensar de la gente que voluntariamente se dispone a mirar lo que piensa. A eso lo llaman la programación televisiva del día, un mapa general del Estado mental. El monólogo interior, decía él, es ahora la programación de un día en las pantallas de la televisión, tiempo fragmentado, flujo de conciencia, imágenes verbales. Pero no han logrado todavía una máquina tan sensible, que permita la televisión telepática.

lundi 22 février 2016

"La nation est un concept linguistique" (fragments d'insularité)

"Le langage se transforme selon des cycles discontinus qui reproduisent la majorité des langues connues. Les habitants parlent et comprennent instantanément la nouvelle langue mais oublient la précédente. Les langues qu'on a pu identifier sont l'anglais, l'allemand, le danois, l'espagnol, le norvégien, l'italien, le français, le grec, le sanscrit, le gaélique, le latin, le saxon, le russe, le flamand, le polonais, le slovène, le hongrois. Deux des langues utilisées sont inconnues. On passe de l'une à l'autre, on ne peut pas les concevoir comme des langues distinctes mais comme les étapes successives d'une langue unique." Les rythmes sont variables, parfois une langue se maintient des semaines, parfois un jour.
(…) Sur l'île, on ne connaît pas l'image de ce qui est au-dehors et la catégorie d'étranger n'est pas stable. On pense la patrie selon la langue. ("La nation est un concept linguistique.") Les individus appartiennent à la langue que tous parlaient au moment de leur naissance mais personne ne sait quand celle-ci reviendra. "Ainsi surgit dans le monde quelque chose qui, à tous, apparait dans l'enfance et où personne n'est encore allé : la patrie." 
Traduction libre d'un extrait* de La ciudad ausente de Ricardo Piglia. 
Un soir de la semaine dernière, je fis la connaissance d'une jeune fille qui, peu de temps avant, avait connu une autre Gwendoline. 
Le même soir, je rencontrai un homme qui, comme moi, était né sur une île. 
Mais
jamais je n'ai rencontré d'autre Gwendoline. 
Pas davantage : quelqu'un né sur la même île que moi. 
"El lenguaje se transforma según ciclos discontinuos que reproducen la mayoría de los idiomas conocidos. Los habitantes hablan y comprenden instantáneamente la nueva lengua, pero olvidan la anterior. Los idiomas que se han podido identificar son el inglés, el alemán, el danés, el español, el noruego, el italiano, el francés, el griego, el sánscrito, el gaélico, el latín, el sajón, el ruso, el flamenco, el polaco, el esloveno, el húngaro. Dos de las lenguas usadas son desconocidas. Pasan de una a otra, pero no las pueden concebir como idiomas distintos, sino como etapas sucesivas de una lengua única." Los ritmos son variables, a veces un idioma permanece semanas, a veces un día. 
(…) En la isla no conocen la imagen de lo que está afuera y la categoría de extranjero no es estable. Piensan la patria según la lengua. ("La nacíon es un concepto lingüístico.") Los individuos pertenecen a la lengua que todos hablaban en el momento de nacer, pero ninguno sabe cuándo volverá a estar ahí. "Así surge en el mundo algo que a todos se nos aparece en la infancia y donde todavía no ha estado nadie : la patria."

jeudi 18 février 2016

Partie de ping pong avec Kim Jong-un

C'est un jour de bonne fortune que j'empruntai, sans rien connaître de lui, un livre de Ricardo Piglia. 
Ce n'est qu'après avoir fini de le lire que, non seulement je m'aperçus que j'avais déjà cité son nom mais aussi que, en me documentant sur lui, je lus l'article que David Pérez Vega lui avait consacré sur son blog de critiques littéraires. 
Bien que je partage les préventions de Javier Marías (1) qui sont aussi celles de Margaret Atwood (2), il me plait, parfois, de rencontrer des auteurs et j'en compte même parmi mes amis.
Une autre bonne fortune me fit découvrir David très peu de temps avant la présentation de son livre à Palma. Ce en quoi la rencontre de cet auteur eut d'inédit pour moi, c'est qu'elle eut lieu en espagnol. 
Plus tard, quand je lus Los insignes, je fus bien obligée de reconnaître mes points communs avec le dirigeant de la Corée du nord. 
En effet, dans le roman de David, c'est en effectuant une recherche sur Garcia Lorca que Kim Jong-un découvre le blog littéraire écrit par Ernesto Sánchez, un poète espagnol, avec qui il entre en contact, à la plus grande surprise de ce dernier. 
"Au début, j'ai cru, comme tu le comprendras, Kim Jong-un, que tout ceci était une blague. Ça ne se pouvait tout simplement pas que m'ait écrit un mail le nouveau président de la Corée du nord -quasiment l'ultime représentant du rêve d'égalité entre les hommes, le fléau du capitalisme sauvage- et qu'il s'exprime dans un espagnol plus que correct."(3)
Ce dialogue souvent désopilant permet non seulement à David Pérez Vega de faire une critique très acerbe du milieu de la poésie espagnole mais également à son personnage Ernesto Sánchez de donner quelques leçons à Kim Jong-un : 
"Tomber d'un âne… Tu ne connais pas cette expression, Kim Jong-un ? Ah oui, excuse-moi, c'est que, parfois, je vais un peu vite et comme je vois que tu parles très bien et que tu sembles tout comprendre, je ne me rends pas compte que je devrais parler plus lentement et soigner mes expressions. "Tomber d'un âne" signifie dire du mal, critiquer durement…"(4)


"Tu ne dédierais aucun vers à ce fien ? Comment ? Ah ! chien ! Quand tu te fâches, ta prononciation empire… Bon, allez, ne t'énerve pas, s'il te plait, ce n'était pas mon intention… Bois un peu de ton verre de jus et, pendant que tu te calmes, je continue à te raconter."(5)

Si, lors de notre deuxième rencontre (6), David ne manifesta aucun signe d'impatience face à mon peu de maîtrise de la syntaxe espagnole et ma piètre prononciation, je ne le dois qu'à sa bonne éducation car il aurait légitimement pu se fatiguer rapidement de m'écouter parler encore plus mal que n'importe quel enfant de son pays. 
Avant de le quitter, j'aurais voulu lui dire que j'étais en train de lire, sans tant de difficultés et avec grand plaisir, un autre livre de Ricardo Piglia. Mais je pensai qu'il était raisonnable d'espérer avoir gagné en assurance dans sa langue si, un autre jour, j'avais la chance de le revoir plutôt que d'en être réduite à lui confesser en bredouillant mon identification totale avec un des personnages cités dans le livre. 

"Quand j'étais étudiant et que je vivais à La Plata, je gagnais ma vie en enseignant l'espagnol à des gens de droite tchèques, polonais et croates que l'avancée de l'histoire avait expulsés de leurs territoires. 
Le Congrès pour la Liberté de la Culture, une organisation de soutien aux anticommunistes de l'Europe de l'est, les protégeait et faisait ce qu'il pouvait pour les aider. A La Plata, ils avaient passé un accord avec l'université et embauché des étudiants en littérature pour leur enseigner un peu de grammaire espagnole. Je connus beaucoup de cas pathétiques, pendant ces années, mais aucune histoire aussi triste que celle de Lazlo Malamüd. Il avait été un critique célèbre et professeur de littérature à l'université de Budapest et c'était le plus grand expert de l'Europe centrale de l'oeuvre de José Hernandez. 
Il lisait correctement l'espagnol mais il ne pouvait pas le parler. Il connaissait le Martín Ferrio par coeur et cela constituait son vocabulaire de base. Il était venu là avec l'espoir d'obtenir un poste à l'université et, pour cela, il devait seulement être capable d'enseigner en espagnol. On lui avait demandé de prononcer une conférence à la Faculté des Humanités où était Hector Azeves et de cette conférence dépendait son avenir. La date approchait et il était paralysé de terreur. 
L'université me payait dix pesos par mois et je devais apporter une espèce de liste avec la signature de Malamüd qui garantissait sa présence. Je le voyais trois fois par semaine. Il parlait avec moi une langue imaginaire, pleine de r gutturaux et d'interjections gauchistes. Comme il pouvait, il essayait de m'expliquer le désespoir que cela lui provoquait de se voir condamné à s'exprimer comme un enfant de trois ans. L'imminence de la conférence le plongeait dans une telle panique qu'il ne parvenait pas à avancer plus loin que les verbes de la première conjugaison."(7)

J'ai traduit librement tous les extraits cités. 
De Lección pasada de moda. Letras de lengua de Javier Marías, de Los insignes de David Pérez Vega ainsi que de La ciudad ausente de Ricardo Piglia. 
 (1)
"A l'heure d'étudier la littérature, je crois que ce dont il y a à parler est le texte et rien de plus que le texte. Qu'on ait, ensuite, une information sur qui l'a écrit et que cela puisse nous aider à mieux comprendre le texte, c'est bien mais que cette information externe au texte soit ce qui motive à l'étudier, cela me parait de la folie et, cependant, cela se passe de plus en plus. Ceci, c'est de la sociologie, pas de la littérature. A la fin, ce qu'on étudie, ce sont les textes : on n'étudie pas les biographies. Que je sache, il n'existe pas encore de licence en biographie littéraire.
Il y a des lecteurs qui m'écrivent qu'un ou plusieurs de mes livres leur ont plu et que c'est pourquoi ils aimeraient beaucoup me connaître. J'ai du mal à voir la relation entre ces deux choses. Si quelqu'un a beaucoup aimé un livre, je ne vois pas ce que peut lui apporter le désir de connaitre la personne qui l'a écrit. Parfois, s'il me semble que la personne est très aimable et qu'elle mérite une réponse, je lui réponds quelque chose comme : que je sois ici en chair et en os est un accident passager qui sera résolu. Aujourd'hui, il n'arrive à personne de dire, en lisant Madame Bovary ou Bouvard et Pécuchet, qu'il aimerait connaître Flaubert parce que Flaubert n'est pas ici en chair et en os et que cela n'importe à personne qu'il le soit ou pas. L'écrivain est l'encre et le papier : qu'il soit de chair et d'os pendant un moment est un pur accident et temporaire, en plus."

(2) 

"Que tu aimes le pâté ne signifie pas que tu veuilles connaître le canard"

(3)
"Al principio creí, como comprenderás, Kim Jong-un, que todo esto era una broma. No podía ser, simplemente, que me estuviese escribiendo un email el nuevo presidente de Corea del Norte -el casi último representante del sueño de igualdad entre los hombres, el azote del capitalismo salvaje-, y que se expresara en un español más que correcto."

(4)
"Caer de un burro… ¿no conoces la expresión, Kim Jong-un? Sí, disculpa, es que en ocasiones me acelero y como veo que hablas muy bien y que pareces entenderlo todo, no me doy cuenta de que debería hablar más despacio y cuidar mis expresiones. "Poner a caer de un burro" significa poner a parir, criticar duramente…"

(5)
"¿Ni un verso dedicarías a ese pego? ¿Cómo? ¡Ah, perro! Cuando te enfadas pronuncias peor la erre doble… Bueno, venga, no te sulfures, por favor, que no era mi intención… Bebe un poco del vaso de zumo y mientras te calmas te sigo contando."

(6)
En compagnie de sa charmante fiancée, lors d'un dîner madrilène que je vécus comme un bon moment pendant qu'à eux deux, il dut paraître très laborieux. 

(7)
Cuando era estudiante y vivía en La Plata, me ganaba la vida enseñando español a los derechistas checos, polacos y croatas a los que el avance de la historia estaba expulsando de sus territorios. (…) El Congreso por la Libertad de la Cultura, une organización de apoyo a los anticomunistas de Europa del Este, los protegía y hacía lo que podía por ayudarlos. En La Plata habían hecho un acuerdo con la universidad y contrataban a estudiantes de literatura para enseñarles un poco de gramática española. Conocí muchos casos patéticos en esos años, pero ninguna historia tan triste como la de Lazlo Malamüd. Había sido un crítico famoso y profesor de literatura en la Universidad de Budapest y era el mayor experto centroeuropeo en la obra de José Hernandez. 
(…) Leía correctamente el español, pero no podía hablarlo. Se sabía el Martín Ferrio de memoria y ése era su vocabulario básico. Había venido acá con la ilusíon de conseguir un cargo en la universidad y para obtenerlo sólo tenía que ser capaz de enseñar en español. Le habían pedido que dictara una conferencia en la Facultad de Humanidades, donde estaba Héctor Azeves, y de esa conferencia dependía su futuro. La fecha se acercaba y estaba paralizado de terror. 
(…) La universidad me pagaba diez pesos por mes y yo tenía que llevar una especie de planilla con la firma de Malamüd garantizando la asistencia. Lo veía tres veces por semana. Hablaba conmigo en un idioma imaginario, lleno de erres guturales y de interjecciones gauchescas. A media lengua trataba de explicarme la desesperación que le producía verse condenado a expresarse como un chico de tres años. La inminencia de la conferencia lo tenía sumido en tal pánico, que no lograba avanzar más allá de los verbos de la primera conjugación. 

lundi 7 décembre 2015

La vue littéraire (fragments d'insularité)

Il y a une tension entre l'acte de lire et l'action politique. Une certaine opposition entre la lecture et la décision, entre la lecture et la vie pratique. Cette tension entre la lecture et l'expérience, entre la lecture et la vie, est très présente dans l'histoire que nous sommes en train d'essayer de construire. Souvent, ce que j'ai lu est le filtre qui permet de donner sens à l'expérience, la lecture est un miroir de l'expérience, il la définit, il lui donne forme. 
Ricardo Piglia. Traduction libre d'un extrait de El último lector. 

Il nous arrive de faire le tour de la baie et c'est un peu franchir le miroir car c'est voir de là-bas le rivage où nous avons nos habitudes, nous voir de loin, en somme. 
Nous en rentrons toujours avec l'impression que l'herbe est bien plus verte par chez nous. 
Car, si la promenade y est moins chic, nous voyons, nous, jusqu'à Formentor. *
* Chaque année est remis un prix littéraire à l'hôtel Formentor. Cette année, le lauréat est Ricardo Piglia. 

samedi 21 novembre 2015

Les jours beaux (à suivre…)

Durant ces jours-là, au milieu de la débandade, dans l'une des chambres démantelées, j'ai commencé à écrire un Journal. Qu'est-ce que je cherchais ? Nier la réalité, refuser ce qui arrivait. La littérature est une forme privée de l'utopie. 
(…) J'ai commencé ainsi. Et encore aujourd'hui, je continue à écrire ce Journal. Beaucoup de choses ont changé depuis, mais je reste fidèle à cette manie. Evidemment, il n'y a rien de plus ridicule que la prétention d'enregistrer sa propre vie. 
(…) Parfois, quand je le relis, j'ai du mal à reconnaître ce que j'ai vécu. J'ai complètement oublié certains des épisodes que j'y ai racontés. Ils existent dans mon Journal mais pas dans mes souvenirs. Et, en même temps, certains faits qui restent aussi nets qu'une photo dans ma mémoire en sont absents comme si je ne les avais jamais vécus. 
 Traduction libre d'un extrait* de Prisión perpetua de Ricardo Piglia. 



Souvent, j'en emplis les pages de ce que, dans le fond, je voudrais oublier, je voudrais ne pas avoir vécu, je voudrais savoir occulter, sans doute pour être sûre d'avoir une preuve de mes minuscules victoires, de mes petits faits d'arme, de mes insignes motifs de gloire et c'est parce que, quand les jours sont heureux, j'écris moins dans mon journal que...

*  En esos días, en medio de la desbandada, en una de las habitaciones desmanteladas empecé a escribir un Diario. ¿Qué buscaba? Negar la realidad, rechazar lo que venía. La literatura es una forma privada de la utopía.
(…) Así empecé. Y todavía hoy sigo escribiendo ese Diario. Muchas cosas cambiaron desde entonces, pero me mantuve fiel a esa manía. Por supuesto, no hay nada más ridículo que la pretensión de registrar la propia vida.
(…) A veces, cuando lo releo, me cuesta reconocer lo que he vivido. Hay episodios narrados ahí que he  olvidado por completo. Existen en el Diario pero no en mis recuerdos. Y a la vez ciertos hechos que permanecen en mi memoria con la nitidez de una fotografía están ausentes como si nunca los hubiera vivido.
Ricardo Piglia. Prisión perpetua.

vendredi 13 novembre 2015

Le cabinet des rêves 253

Les récits de la prison ressemblent au récit des rêves que les gens ont l'habitude de faire au réveil. Le récit des rêves n'intéresse que celui qui les fait.
Ricardo Piglia. Prisión perpetua.
Je suis dans un vestiaire où se trouvent des portants emplis de vêtements chics. 
Un homme un peu vieux s'y déshabille. 
Peu avant, un couple de ses amis est aussi passé par le vestiaire. 
Ils sont tous d'une catégorie sociale aisée. 
Il a rendez-vous avec une prostituée qui, en fait, est une femme nue, posant sur un podium, qu'il a le droit de regarder. 
Il me parle des vertus du silence. 
Il me dit qu'il a voulu en convaincre sa femme qui semblait avoir compris mais ne s'est, pourtant, pas tue longtemps. 
J'hésite à lui faire remarquer que, pour quelqu'un qui prône le silence, il parle beaucoup. 

Rêve du 11 janvier 2014

vendredi 23 octobre 2015

Le cabinet des rêves 250

Dans l'excès, on peut voir quelque chose de la vérité de la pratique de la lecture; son revers, sa zone secrète : les usages détournés, la lecture hors du lieu. Peut-être que l'exemple le plus net de cette façon de lire serait dans le sommeil (dans les livres qu'on lit dans nos rêves). 
Richard Ellman, dans un passage de sa biographie, montre Joyce très intéressé par ces questions. "Dis-moi, Bird, dit-il à William Bird, un compagnon récurrent de ces jours-là, as-tu déjà rêvé que tu étais en train de lire ? Très souvent, dit Bird. Dis-moi alors : à quelle vitesse lis-tu dans tes rêves ?"
Il y a une relation entre la lecture et le réel mais aussi une relation entre la lecture et les rêves, et dans ce double lien, le roman a tramé son histoire. 
Ricardo Piglia. Traduction libre d'un extrait de El último lector. 
Je suis avec ma famille mais dans une salle qui ressemble à une salle de classe : nous sommes assis à des tables disposées les unes derrière les autres. 
Une de mes nièces me demande depuis combien de temps j'écris mon blog. 
Ma mère répond avant moi : Ça fait bien 15 ans, maintenant ! 
Je fais le calcul et je rectifie : Non, ça va faire 14 ans. 
Ma nièce demande alors : Mais tu as toujours su écrire ?
Et ma mère intervient encore : Ah oui ! Même petite, elle écrivait déjà très bien ! 
Je vois que le sujet n'intéresse plus personne mais ma mère continue à me parler : Je ne peux pas dire que tu t'améliores parce que tu écris toujours des choses différentes mais, tout de même, quelle imagination ! 

Rêve du 8 octobre 2015

lundi 12 octobre 2015

La métaphore de la subjectivité (fragments d'insularité)

Le héros de l'ascétisme protestant, qui reproduit l'économie capitaliste dans un isolement parfait, est avant tout un lecteur solitaire. Le lecteur solitaire par excellence, devrais-je dire. La solitude de Robinson s'assimile avec l'isolement du lecteur. Les vestiges de la lecture collective se sont déjà perdus. La lecture se savoure dans la solitude : peu importe si c'est dans le boudoir, dans le bureau ou dans la bibliothèque. De fait, il y a une relation formelle entre la lecture et l'île déserte. Robinson est le modèle parfait du lecteur isolé. Il lit seul et ce qu'il lit lui est personnellement adressé. La pleine subjectivité se réalise dans l'isolement et la lecture est sa métaphore. Le lecteur idéal est celui qui est en-dehors de la société.
 Traduction libre d'un extrait de El último lector de Ricardo Piglia
 C'est ainsi que je devins une lectrice parfaite.

samedi 10 octobre 2015

Erasedhead

Evidemment, comme Guevara lit, il écrit aussi. Ou, mieux : parce qu'il lit, il écrit. Ses premiers écrits sont des notes de lecture de 1945. Cette année-là, il commence un carnet manuscrit de 165 feuilles où il ordonne ses lectures par ordre alphabétique. On trouve sept carnets écrits au long de dix ans. Il y a une autre longue série, alors, qui accompagne toute la vie de Guevara et c'est l'écriture. Il écrit sur lui-même et sur ce qu'il lit, c'est à dire qu'il écrit un journal. Un type d'écriture très définie, l'écriture privée, le registre personnel de l'expérience. Il commence avec un journal de lectures et continue avec le journal qui fixe l'expérience même, qui permet de lire ensuite sa propre vie comme celle d'un autre et de la réécrire. S'il s'arrête pour lire, il s'arrête aussi pour écrire, à la fin de la journée, la nuit, fatigué.
Entre 1945 et 1967, il écrit un journal : le journal des voyages qu'il fait, jeune, quand il parcourt l'Amérique, le journal de la campagne de Sierra Maestra, le journal de la campagne du Congo et, bien sûr, le journal en Bolivie. Depuis son jeune âge, il trouve un système d'écriture qui consiste à prendre des notes pour fixer l'expérience immédiate et, ensuite, écrire un récit à partir de ces notes. L'immédiateté de l'expérience et le moment de l'élaboration. Pour Guevara, la différence est claire : "Le personnage qui a écrit ces notes est mort en foulant de nouveau la terre argentine, celui qui les ordonne et les polit (moi), ce n'est pas moi", écrit-il au début de Mi primer gran viaje.
Ricardo Piglia. Traduction libre d'un extrait de El último lector. 
Voilà, ce serait ça. 
Ça s'appellerait "faire comme Che Guevara". 
Attendre la nuit, fermer la porte, tirer un trait sur la journée.   
Et la réécrire, autrement. 

jeudi 8 octobre 2015

Les affinités électives

La pregunta "qué es un lector" es también la pregunta sobre cómo le llegan los libros al que lee, cómo se narra la entrada en los textos.*
Ricardo Piglia. El último lector. 
*La question "qu'est-ce qu'un lecteur" est aussi la question sur comment arrivent les livres à celui qui lit, comment se raconte l'entrée dans les textes. 
Que faut-il savoir des hommes, si ce n'est qu'ils sont (ou non) sentimentaux ?
Des trois que Jonás Trueba appelle Los exiliados románticos, nous n'en saurons pas beaucoup plus. Ont-ils grandi dans le même quartier ? Fréquenté le même lycée ? Ou se sont-ils rencontrés au ciné-club de l'université ? Quoi qu'il en soit, ils partent ensemble en camping-car en France où ils ont, chacun, rendez-vous avec une fille, amour (im)possible, passé ou à venir. 
A Toulouse, c'est Renata que Francesco retrouve. Ils parlent du livre de Natalia Ginzburg qu'elle lui a offert et, plus tard, lors d'un repas à Paris, Renata en récite un passage par coeur 
("En ce qui concerne l'éducation des enfants, je crois qu'il ne faut pas leur enseigner les petites vertus mais les grandes. Pas l'économie mais la générosité et l'indifférence envers l'argent; pas la prudence mais le courage et le mépris du danger; pas la ruse mais la franchise et l'amour de la vérité; pas la diplomatie mais l'amour du prochain et l'abnégation, pas le désir d'avoir du succès mais le désir d'être et de savoir.")*
que Francesco traduit. 

Comment nous arrivent les livres ? Parfois par le cinéma. 
Parce que le livre circulait entre Jules, Catherine et Jim, j'avais lu Les affinités électives de Goethe. 
Et maintenant que j'ai lu le même livre qu'eux, j'en sais davantage sur Francesco et Renata. 

*Le livre Le piccole virtú de Natalia Ginzburg est traduit en espagnol par Celia Filipetto sous le titre Las pequeñas virtudes. C'est de cette version que je fais une traduction libre

jeudi 29 janvier 2015

La vie des pages (15)

Ricardo Piglia dit que, à une époque où la circulation de l'écrit a atteint une rapidité extraordinaire, il semble paradoxal d'observer que le temps de lecture, lui, n'a pas changé : "Nous lisons de la même manière qu'à l'époque d'Aristote. Nous continuons à déchiffrer signe après signe et cela nous met dans une attitude semblable à celle qu'on avait quand la circulation n'était pas si rapide. Hudson, par exemple, raconte, dans Ici au loin et il y a longtemps, un livre de 1918 sur la Pampa, comment les romans leur arrivaient et que, après les avoir lus, ils les prêtaient à la ferme voisine qui était à cinq kilomètres, et encore après à une autre, encore plus loin. Le roman s'éloignait à cheval…"
Enrique Vila-Matas. Dietario voluble.
C'est toujours la même chose. 
Je dévalise les rayons
 je néglige les dates de péremption. 
J'oublie toujours qu'en espagnol, je lis lentement.