c'est qu'il ne peut se passer de la nôtre.
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dimanche 22 mai 2016
dimanche 29 novembre 2015
Une fin d'après-midi en ville
C'est le lendemain du jour où j'avais entendu Emmanuel Guibert dire que les dessinateurs se devaient d'être flexibles : aussi aptes à saisir tous les traits d'un passager prêt à descendre à l'arrêt suivant dans le métro qu'à dessiner paisiblement une statue immobile depuis un siècle, que tu réussis à portraiturer le client de la table du coin opposé pendant la poignée de minutes que son ami volubile qui, jusque là, avait fait écran entre lui et toi, passa aux toilettes.
Puis,
nous ne fîmes plus que déplorer la mort du chat qui nous avait privés d'un modèle et d'une belle inspiration.
samedi 3 octobre 2015
L'avenir de mon présent
Un homme qui ne tient pas de journal est dans une situation fausse à l'égard du journal d'un autre. Quand il lit, dans le Journal de Goethe par exemple, que celui-ci est resté chez lui toute la journée du 11 janvier 1797 "occupé de diverses dispositions à prendre", il lui semble, quant à lui, n'avoir jamais fait aussi peu de choses.Franz Kafka
L'homme qui me dit
qu'il n'avait pas prévu ça pour sa vie,
dont j'écris
l'amertume, me souviendrai-je de son visage si
dans quelques temps et loin d'ici
je me relis ?
dimanche 6 septembre 2015
LES SOINS PALLIATIFS
rouge,
noir,
bleu,
vert,
orange,
rose,
violet...
NON !
Le gros chien ne lève la tête/me regarde/remue la queue qu'à l'énoncé de sa couleur. Depuis la mort du chat, je vérifie qu'il respire encore quand, longtemps, il dort. Je le couvre de compliments stupides, de caresses. Et comme tu lui promets d'aller encore une (dernière) fois respirer les fleurs, j'aimerais vous accompagner, moi qui ne l'ai pas connu courant après les chèvres.
lundi 17 août 2015
Les caractères (fragments d'insularité)
Une maison est toujours davantage que l'espace entre ses murs mais une maison ancienne à Majorque est quelque chose de plus encore. Si on est habitué à faire de sa maison le reflet de sa personnalité, il est possible que, ici, il se passe le contraire. Plus la maison dans laquelle on est installé a de "caractère", plus on finira par s'adapter à elle, comme le maître finit par avoir les mêmes traits que son chien.Traduction libre d'un extrait de Un hogar en Mallorca (un foyer à Majorque) de Tomás Graves.
Pas davantage que je ne me sens d'affinités avec la maison que j'habite, je n'aimerais qu'on me voie des points communs avec le petit blanc que je promène tous les soirs.
dimanche 19 juillet 2015
Pensent-ils à ce qu'ils disent
vraiment, les Espagnols qui commandent
![]() |
| un petit chien chaud ??? |
Sans doute pas davantage que moi lorsque, jeune, je mangeais
![]() |
| une tête de nègre |
Et toi non plus, sans doute, tu n'as pas eu d'arrière pensée le jour où moi : Il restait du pain à la boulangerie ?, où toi : Juste
![]() |
| un petit blanc |
samedi 11 juillet 2015
Et puis en fait, non,
finalement, non, après cette fois-là, le petit blanc ne voulut plus retourner à la mer.
Car c'eut été devoir à nouveau passer devant le champ où les molosses, même attachés, même éloignés, imposent des émotions de train fantôme à son coeur d'hirondelle.
Alors, tous les soirs, il simule une enquête à mener, une piste à suivre, il prend des airs de détective affairé, chargé de rapporter des indices au plus vite à son patron* et me fait comprendre qu'il est temps de tourner les talons, de rentrer à la maison, de retourner au bureau, que, désolé mais je peux comprendre, quand même, il n'a pas que ça à faire que de m'emmener à la mer, lui.
*
dimanche 5 juillet 2015
Baby's coming back to me (1)
Comment naissent les rituels ?
Combien de temps nous faut-il pour les reconnaître comme tels ?
Combien de temps leur faut-il pour ne plus en être ?
La première fois ce fut fortuit : que je sois à la fenêtre de ce que tu nommes fort à propos mon donjon pendant que tu remontais à vélo la route depuis la mer (2) mais, ensuite, ce fut une sorte de rendez-vous : ce moment où nous agitions le bras,
toi en bas
en haut moi
et même depuis qu'il fait trop chaud au studio et que je reste à lire dans l'air brassé de la chambre, je suis sûre que tu déposeras en rentrant, sur la table du goûter, ta petite récolte de pirate. (4)
(1)C'est ce que chante Jarvis Cocker
(2)
C'est la même route que le petit blanc -adepte, lui aussi, des rituels- voulut dévaler dès le lendemain du jour où je l'avais emmené à la mer (4), tirant sur sa laisse tout en se retournant souvent pour vérifier que je parvenais à le suivre.
(3)
mercredi 1 juillet 2015
Voyage autour d'une (autre) chambre. 5 : l'évaluation de compétences
Dans le récit de Kenzaburo Oé (1), monsieur Shigeto commente "l"excellente interprétation du chien dans cette scène". Son épouse est d'un autre avis : "Une bonne interprétation, de la part d'un chien, est une simple coïncidence, à l'exception de chiens stars comme Lassie ou Rintintin et même leur comportement n'était pas une interprétation au sens propre puisqu'ils avaient toujours le même rôle." La dame se fait écho de l'opinion de Béla Balázs qui affirme que "les plantes et les animaux ne jouent pas pour le metteur en scène". Si c'est vrai, cela correspond aussi à ce que Tarkovski exigeait de ses acteurs humains. Donatas Banionis -Kris, dans Solaris- était gêné par le manque d'intérêt du metteur en scène pour la motivation psychologique des personnages et ses exigences que ceux-ci avancent un nombre précis de pas ou restent immobiles un nombre déterminé de secondes. Pour Banionis, cela n'était pas jouer mais "se poser" ou "compter un, deux, trois". Les chiens ne savent pas compter mais celui-là fait tout ce qu'on lui demande, comme le pion du cinéaste sur un plateau de jeu, agitant la queue, accompagnant Stalker, sa femme et sa fille. On présume que si le chien était entré dans la Chambre, il aurait voulu rester comme ça, avec sa vie facile de chien. Ou peut-être pas. Peut-être qu'il se sentait seul, errant dans la Zone, et, entrant dans une chambre sans savoir que c'était la Chambre, il se voyait accordé son plus grand désir : être adopté par une bonne famille humaine qui l'emporterait chez elle. (Ce serait trop cynique de suggérer que son plus grand souhait serait de devenir une star canine de cinéma, n'est-ce pas ?)*
J'ai fait office de psychologue pendant les trois semaines qu'elle a passées chez nous.
Cependant, ne souhaitant pas que la thérapie de cette jolie majorquine se limite à des séances de caresses consolantes et de léchage abondant de mes mains, j'ai transformé sa présence en séjour linguistique.
Les tentatives de bilinguisme menées sur les bêtes se sont vite avérées limitées.
Le gros jaune (2), en effet, panique dès que je blague, dans le doute bat de la queue à tout propos, attend que son maître lui traduise ce que je viens de lui dire.
Quant au petit blanc (3), il n'entre dans aucune catégorie d'aucun panel, ne peut être considéré comme sujet d'étude : après s'être fait passer pour le chat, il picore son repas dans ma main, à la manière d'un oiseau mais son cerveau est sans doute encore plus petit que celui d'un moineau. Il ne comprend que les sons : de sa laisse, de la porte, des croquettes.
Les conclusions de l'immersion d'un chien lambda dans un contexte linguistique francophone sont les suivantes :
les compliments ont été immédiatement -et sans doute durablement- maîtrisés.
Les structures négatives étaient en cours d'acquisition.
L'usage de l'impératif n'a, à aucun moment, été compris.
*Le livre de Geoff Dyer, Zona : a book about a film about a journey to a room, un livre à propos du film Stalker de Tarkovski, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Zona. Un libro sobre una película sobre un viaje a una habitación. C'est de l'espagnol que je fais une traduction libre.
(1)
Nous continuions imperturbablement, Monsieur Sigetô en tête, à parler de Stalker, et alors que nous étions revenus sur la séquence où le guide retourne vers son appartement en portant sa fille sur ses épaules, comme Monsieur Shigetô chantait les louanges du jeu du chien, il y eut tout un échange entre lui et sa femme. Pour elle, en dehors de quelques vedettes de téléfilm comme Lassie ou Rintintin -et même dans ces cas, elle suggérait que dans la mesure où leur rôle était strictement défini, on ne pouvait guère parler de jeu-, si un chien se trouvait bien jouer, ce ne pouvait être qu'un pur hasard. Révélant, de manière tout à fait inattendue, une culture cinématographique si riche qu'elle en paraissait anarchique, elle entreprit de citer toutes les scènes célèbres dans lesquelles intervenait un chien, et il était comique de constater qu'elle était parfois amenée ainsi à corroborer l'opinion de son mari.Celui-ci, bientôt, essaya de tirer une conclusion de leur discussion."En somme, il n'y a peut-être pas de films où les animaux aient un jeu réfléchi de part en part en dehors des dessins animés de Disney. A propos, Betty Boop était à l'origine un chien mâle. Je l'ai vu dans un film montré par un collectionneur en projection privée.-Donc, tu es d'accord avec moi. Mais il y a une chose qui m'a échappé, c'est la raison pour laquelle tu fais intervenir Betty Boop dans le débat", dit sa femme satisfaite dans l'ensemble, mais en présentant malgré tout une objection partielle.Kenzaburô Ôé. Une existence tranquille.
(2)
(3)
mardi 23 juin 2015
Tuesday self portrait
J'ai emmené un compagnon dans mon voyage : un caniche français, vieux et chevaleresque du nom de Charley. Bon, en réalité, il s'appelle Charles le Chien. Il est né à Bercy, dans les faubourgs de Paris, il a été éduqué en France et, bien qu'il sache un peu d'anglais caniche, il répond rapidement seulement aux ordres en français. Sinon, il n'a qu'à traduire mais ça le retarde. C'est un caniche très grand, d'une couleur appelée bleu* et il est vraiment bleu quand il est propre. Charley est un diplomate de naissance. Il préfère la négociation à la bagarre et très opportunément : cela ne lui convient pas de se battre. Une seule fois durant ses dix années de vie, il a eu des problèmes : quand il a rencontré un chien qui a refusé de négocier. Il a perdu, à cette occasion, une partie de son oreille droite. Mais c'est un bon gardien… il rugit comme un lion afin de cacher aux étrangers qui errent dans la nuit le fait qu'il serait incapable de mordre ne serait-ce qu'un cornet de papier.*
(…) Charley aime se lever tôt et il aime que, moi aussi, je me lève tôt. Et pourquoi n'aimerait-il pas cela ? Aussitôt qu'il a mangé, il retourne dormir. Il a développé, au fur et à mesure des années, une série de méthodes, innocentes en apparence, pour réussir à me faire me lever. Il peut se secouer et secouer son collier avec assez de force pour réveiller un mort. Si cela ne marche pas, il a une crise d'éternuements. Mais sa méthode la plus irritante est peut-être celle de s'asseoir à côté de mon lit et de regarder fixement mon visage avec une expression douce et indulgente et moi, je sors d'un sommeil profond avec la sensation d'être regardé. J'ai appris à garder les yeux bien fermés. Mais il suffit que je les cligne pour qu'il éternue et s'étire et c'en est fini pour moi, le sommeil de cette nuit. De nombreuses fois, la guerre des volontés s'est prolongée un bon moment, moi gardant les yeux fermement clos et lui se montrant indulgent mais c'est quasiment toujours lui qui gagne. Il aime tellement voyager qu'il voudrait partir tôt et tôt, pour Charley, c'est quand l'obscurité s'atténue à peine, avec l'aube.
*en français dans le texte
Le livre de John Steinbeck, Travels with Charley a été traduit en espagnol par José Manuel Álvarez Flórez. C'est cette version que je traduis librement.
jeudi 11 juin 2015
UNE VIE DE*
Elle aimait mieux sa vie d'avant, sa vie de va et vient, de bruit, de fêtes, de bains de mer improvisés, plutôt que ma vie à moi, d'émissions de radio en français, de repas à heure fixe et sans miettes, de silence pour la sieste, de solitude et d'isolement...
Elle soupire, elle ferme les yeux, elle baille, elle s'ennuie, elle fait un peu de yoga, elle sort dans la cour, revient, elle va voir ceux que j'appelle ses copains mais qui ne lui sont rien, elle me signifie qu'il est l'heure de manger...
Je voudrais lui dire que ce n'est rien, que ça ne va pas durer, qu'elle va la retrouver, sa vie sans moi, je voudrais la rassurer, lui dire que le temps va passer vite…
Elle n'a pas l'air de me croire.
*
mardi 2 juin 2015
Tuesday self portrait
Les animaux à sang froid peuvent devenir vieux à faire pâlir. Ils mènent une vie parcimonieuse, c'est pour ça. J'ai toujours senti que le sport m'était nocif. Cela dit la grande vieillesse ne fait pas partie de mes ambitions. Tandis que les mammifères et les oiseaux doivent maintenir leur température intérieure, ce qui nécessite beaucoup plus de nourriture et donc ça oblige à mener une vie trépidante.Gaëlle Obiegly. Mon prochain.
mercredi 8 avril 2015
Avancer masqué
Les jours qui suivirent sa mort, le petit blanc décréta que, dorénavant, le chat, ce serait lui.
Il voulut se coucher sur le canapé.
Pour rentrer, il se fit autant prier.
Sur nos genoux, il tenta de grimper.
Il n'y a que chez Marivaux que les domestiques parviennent à se faire passer pour ce qu'ils ne sont pas.
Le petit chien, trop inconstant pour conserver un déguisement, ne put s'empêcher, à nouveau, de caracoler comme un poney un jour de fête nationale et redevint un va-nu-pied avant même de réussir à nous faire croire qu'il saurait tout régenter.
vendredi 6 mars 2015
Le cabinet des rêves 217
J'accompagne J.M. à son lieu de rendez-vous : une galerie marchande dont les commerces sont fermés (définitivement ou pour la pause de midi ?).
Il descend les escaliers pour regarder la vitrine d'une boutique obscure.
Je suis donc seule quand arrive C.
Elle porte une robe qui lui tombe juste en-dessous du genou, je devine qu'elle la trouve très élégante.
Elle est en rollers. Elle est débutante mais elle est très fière des figures qu'elle sait effectuer.
Je lui dis que, si elle veut, elle peut venir à la maison, voir le fantôme du chat.
En effet, le chat, mort la veille, est venu nous visiter, M. et moi, plus jeune et se roulant en boule sous nos caresses sur un plaid.
J'ajoute, juste après, que je ne suis pas sûre que le fantôme soit visible par quelqu'un d'autre que nous.
Je pense aussi : J.M. lui a-t-il annoncé que le chat était mort ?
Il descend les escaliers pour regarder la vitrine d'une boutique obscure.
Je suis donc seule quand arrive C.
Elle porte une robe qui lui tombe juste en-dessous du genou, je devine qu'elle la trouve très élégante.
Elle est en rollers. Elle est débutante mais elle est très fière des figures qu'elle sait effectuer.
Je lui dis que, si elle veut, elle peut venir à la maison, voir le fantôme du chat.
En effet, le chat, mort la veille, est venu nous visiter, M. et moi, plus jeune et se roulant en boule sous nos caresses sur un plaid.
J'ajoute, juste après, que je ne suis pas sûre que le fantôme soit visible par quelqu'un d'autre que nous.
Je pense aussi : J.M. lui a-t-il annoncé que le chat était mort ?
Rêve du 2 mars 2015
mercredi 4 mars 2015
Un dernier jour parfait
Ce fut un dimanche délicieux.
De ceux qui embaument la première paella de la saison, qui permettent de prendre le café dans la cour, qui font se tourner nos têtes et s'allonger les bêtes vers le soleil, qui font penser qu'on se sent renaître, non ?, qui permettent de descendre à la mer sans prendre de veste et de rentrer doucement par la route de campagne fleurie, de se dire que la neige des sommets est en train de fondre, qu'il sera temps de bientôt ranger une des couettes, qu'est-ce que tu en penses ?
Ce fut un dimanche délicieux, a peut-être pensé la belle en se pelotonnant comme souvent contre le gros chien jaune, un jour parfait pour en rester là.
On l'enterra
sous la lune et le mandarinier,
le soir aussi était printanier.
dimanche 18 janvier 2015
What Do You Think About ?
A nouveau, j'étais assise en haut des marches (1), à nouveau avec les animaux (2), à nouveau je lisais (3).
Mais, cette fois, j'entendais le bruit des ustensiles, de l'eau qui coulait, je sentais l'odeur des pommes de terre que tu faisais sauter, cette fois et pour la première fois, tu étais en train de nous cuisiner une tortilla.
Descendue à la cuisine, je la trouvai fumante et belle dans nos assiettes.
Pendant qu'elle refroidissait un peu, je te soumis l'expérience de pensée de la machine à expériences.
Supposez qu'il existe une machine qui puisse vous faire vivre toutes les formes d'expériences que vous souhaitez.Des neuropsychologues géniaux seraient capables de stimuler votre cerveau de telle sorte que vous pourriez croire et ressentir que vous êtes en train d'écrire un grand roman, de vous faire un bon ami, de lire un livre intéressant ou de faire n'importe quoi d'autre qui correspond à vos désirs. Mais, en fait, vous seriez en permanence dans la machine, avec des électrodes branchées sur le crâne. C'est vous qui fixeriez le programme des expériences que vous souhaiteriez avoir pour deux ans disons. Ensuite, vous auriez quelques heures hors de la machine pour choisir le programme des deux années suivantes. Bien entendu, une fois dans la machine, vous ne sauriez pas que vous y êtes; vous penseriez que tout arrive vraiment.Vous brancheriez-vous ?
Tu me répondis... je souriais.
(1) jamais je n'oublie que c'est là que tu rédigeas le brouillon du tout premier mail que tu m'écrivis, il y a presque trois ans, maintenant.
(2)
(3)
C'est avec ces interrogations à l'esprit que des philosophes ouverts aux disciplines empiriques ont commencé à s'intéresser aux travaux des sociologues et des psychologues portant sur les jugements moraux spontanés de toutes sortes de personnes, un peu partout dans le monde, philosophes et non-philosophes, d'âges, de sexe, de niveau d'éducation, de religion, de langue, de culture, de catégorie sociale différents.Ils ont proposé de poser au plus grand nombre les questions étranges que les philosophes professionnels se posaient à eux-mêmes (et aux autres philosophes) :"Est-il permis de tuer une personne pour prélever ses organes et sauver ainsi la vie de cinq autres personnes en attente de greffe ?""Est-il permis de détourner un tramway qui risque de tuer cinq personnes vers une voie d'évitement où une seule sera écrasée ?""L'inceste peut-il être pratiqué en toute innocence ?""Est-il immoral de nettoyer les toilettes avec le drapeau national ?"Et c'est ainsi qu'est née la philosophie morale expérimentale !Ruwen Ogien. L'influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine.
mercredi 14 janvier 2015
Paper dolls
Avant qu'un tout petit vent à peine frais nous ébouriffe mollement, nous au soleil dans le parc, nous tous, des cotonnades ou des twin sets aux manches retroussées auraient suffi à nous vêtir.
Alors que : un défilé de bonnets, capuches et bottes fourrées, parkas et cuirs.
Quelques semaines avant, ils jouaient la comédie des sports d'hiver sur la piste miniature rythmée de chants de Noël.
La ville n'est parfois qu'un simulacre, les gens pas des gens.
Mais : des silhouettes en carton aux cols roulés à languettes.
dimanche 4 janvier 2015
Saturday come slow
La journée avait commencé comme souvent.
Et avait continué comme tout le temps.*
Le soir, cependant, il y avait dans l'air une allégresse qui, les autres jours, n'y était pas.
Face à la mer, j'ai célébré solitairement, intérieurement,
ton retour prochain,
la fin de ma carrière de femme de marin.
*Cette fois, cependant, les pages lues sur l'escalier étaient en français :
Je pense : "J'ai vécu une année riche en événements, et pourtant je n'y comprends rien, rien de plus qu'un nourrisson. De tous les gens de cette ville, je suis le moins apte à rédiger un Mémorial. Mieux vaut le forgeron avec ses cris de rage et de chagrin."Je pense : "Mais quand les barbares goûteront le pain, du pain frais avec de la confiture de mûres, ils seront gagnés à nos moeurs. Ils s'apercevront qu'ils ne peuvent pas se passer du savoir-faire d'hommes qui savent faire croître les épis pacifiques, ni de l'adresse des femmes qui savent employer les fruits bienveillants."J.M. Coetzee. En attendant les barbares.
dimanche 28 décembre 2014
Every time you go away
-J'ai besoin de te prendre dans mes bras, maintenant.-Demain, un baiser.-Un autre très long, dit Goyo.Après avoir raccroché, il regarda le mur où un miroir rectangulaire lui renvoya son visage enfantin. Il sentit qu'il allait éternuer et au moment de le faire, il essaya de ne pas fermer les yeux. Impossible. Goyo était là de nouveau. Parler au téléphone était parfois désespérant. Il savait que les hésitations de Eloïse ne participaient à aucune stratégie et avec sa voix seule, il se sentait incapable de la tranquilliser. Il avait besoin de la toucher.Il se mit debout. Nerveux, il se dirigea vers la porte. C'était de la chimie, pensait-il, les enzymes, la bouche de l'estomac. Un phénomène physiologique comme n'importe quel autre : le corps s'altérait quand on tombait amoureux. Il aurait pu étudier comment cette altération avait lieu, il aurait pu savoir comment se mettait en marche le mécanisme, mais il préférait l'ignorer. Il y avait l'assemblée et les algues et la vie mais aussi le désir d'une reddition sans conditions et il connaissait le lieu où c'était possible : le corps de Elo, dans ses bras.En sortant de la chambre, il revint se voir dans le miroir, il semblait avoir un corps fermement constitué, rien ne ferait penser à qui le verrait que le manque de Eloïse avait creusé des trous à l'intérieur, des creux où battait une douleur agréable, douce et supportable sauf que, de temps en temps, des bulldozers perçaient une nouvelle zone de son corps.Traduction libre d'un extrait* de El padre de Blancanieves de Belén Gopegui.
Je me suis endormie juste après ta voix.
J'ai rêvé de chatons et ils avaient besoin de moi.
Mes réveils ne ressemblent à rien sans toi.
*-Necesito abrazarte ahora.-Mañana, un beso.-Otro muy largo -dijo Goyo.Después de colgar, miró hacia la pared en donde un espejo rectangular le devolvió su cara aniñada. Sintió que iba a estornudar y en el instante de hacerlo intentó no cerrar los ojos. Imposible. Allí estaba Goyo de nuevo. Hablar por teléfono era desesperante a veces. Sabía que las vacilaciones de Eloísa no formaban parte de una estrategia y sólo con su voz se sentía incapaz de tranquilizarla. Necesitaba tocarla.Se puso de pie. Nervioso, se dirigió a la puerta. Era la química, pensaba, las enzimas, la boca del estómago. Un fenómeno fisiológico como cualquier otro : el cuerpo se alteraba durante el enamoramiento. Podría estudiar cómo se llevaba a cabo esa alteración, podría saber de qué manera se ponía en marcha el mecanismo, pero qué hacía con la necesidad de no saber. Existían la asamblea y las algas y la vida, pero también el deseo de una rendición sin condiciones, y él conocía el lugar donde eso era posible, el cuerpo de Elo abrazado al suyo.Al salir de la habitación aún volvió a verse en el espejo, parecía tener un cuerpo firmemente unido, nada haría pensar a quien le viera que la carencia de Eloísa había excavado hoyos en su interior, huecos donde latía un dolor placentero, suave y soportable si no fuera porque, de tanto en tanto, las palas excavadoras horadaban una nueva zona de su cuerpo.
mercredi 17 décembre 2014
(depuis moi les chiens ont des noms de couleur)
des yeux sans fin sans fond
je les sonde mais en vain
de ses années de vagabond nous ne savons rien
en lui d'obscurs instincts
des alarmes sans raison
un sommeil sous tension
la peur de l'abandon
un jour disparu
deux ans après réapparu
nous n'aurons jamais d'explication
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