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mercredi 27 août 2014

Là, c'est le jour où j'ai répondu que 
non

-ah bon ??? 
-Non, même ce qui date d'il y a… je ne sais pas, moi… 4 ans, 6 ans… je ne renie rien de ce que j'ai écrit. Parce que toi si ???

mercredi 20 août 2014

Là, c'est le jour où j'étais 
à New York, 

Lexington avenue, plus exactement. Là où Brandon Moy rencontre totalement par hasard son grand ami d'adolescence, Albert Fergus, vingt ans après qu'ils se sont perdus de vue. Sur le trottoir, devant le restaurant Continental, où Albert retrace à grands traits sa vie : voyage au Mexique, drogues diverses, femmes fabuleuses, vie dans une grotte puis dans une communauté de moines bouddhistes, combats de boxe, dettes, écriture d'un récit de science fiction, emploi de scénariste à Los Angeles puis de découvreur de jeunes talents et toi ?
Que dire ? Son appartement confortable tout près d'ici ? Son travail d'avocat immobilier dans l'une des tours jumelles ? Son mariage devenu un peu terne avec Adriana qu'il connaît depuis la fac ? Son adorable  fils dont la naissance lui a toutefois fait renoncer à une grande part de sa liberté ?
C'est au moment où Brandon élude la question de son ami que, quittant des yeux mon livre et relevant la tête, je me suis aussitôt retrouvée sur la place du marché, où les gens qui passaient étaient nombreux à porter les mêmes chaussures que les miennes ainsi que des ensaimadas qu'ils allaient partager en famille. 

La vida de los demás nos parece cada vez más formidable. Miramos a nuestro alrededor y encontramos siempre personas que viven en casas como las que nosotros querríamos poseer si tuviéramos dinero para comprarlas, amigos que frecuentan los círculos sociales en los que desearíamos alternar, a compañeros de trabajo que siguen amando a sus esposas con el apasionamiento brioso que nosotros ya ni siquiera somos capaces de recordar, y vecinos de edificio que viajan cada trimestre a un lugar remoto y paradisiaco del planeta para conocer sus templos o sus playas. Si tienen una edad parecida a la nuestra, esos mismos individuos nos mira a su vez con una enviad parecida y creen que somos felices porque disponemos de tiempo para leer los libros que a ellos se les van amontonando en la biblioteca, porque desempeñamos un trabajo sosegado o porque las mujeres caen rendidas a nuestros pies sin demasiado esfuerzo. A veces, incluso, las causas de la envidia son idénticas : deseamos de la vida de alguien lo mismo que él desea de la nuestra. A los cuarenta años, en suma, la felicidad se convierte en un asunto que concierne solamente a los demás. 
Luisgé Martín. La misma ciudad. 

mercredi 13 août 2014

Là, c'est le jour où j'ai pensé à Jean-Paul Kauffmann* en examinant l'étagère "novel en francès"

et où, malgré tout, je me suis dit que si mes ravisseurs s'approvisionnaient là, il ne faudrait pas que ma détention soit trop longue. 
*« La lecture plus que la littérature m’a sauvé. Les mots me suffisaient, ils instauraient une présence. Ils étaient mes complices. Du dehors, ils venaient à mon secours (…) Enfin, je pouvais compter sur un soutien de l’extérieur. Le sens était secondaire. »

mercredi 6 août 2014

Là, c'est le lendemain du jour où j'ai vu une femme marcher

et où je me suis demandé si elle se rendait vraiment compte que c'était elle qu'on sifflait, elle qu'on complimentait car, forcément, elle devait en recevoir, des marques d'admiration, peut-être même des remerciements car oui, il aurait fallu la remercier tellement c'était joli, ce qu'elle faisait, dans la rue, marcher tout simplement, ce spectacle ordinaire d'une femme qui marche sans hésiter, sans se retourner, une silhouette parfaite et menue et semblant danser comme une ballerine dans sa robe fleurie dont l'ourlet ondulait légèrement, frôlait ses jolis genoux à chacun de ses pas, c'était un beau cadeau qu'elle faisait à la rue, qu'elle nous faisait à nous, simplement en marchant, comme ça, guidée par sa canne blanche. 
Le lendemain, donc : une femme en fauteuil roulant. Et ses deux filles : de vraies sirènes. 

mercredi 16 juillet 2014

là, c'est le jour où j'ai laissé dans le livre que je rendais à la bibliothèque le ticket de caisse de mon passé qui m'avait servi de marque-page


AD Delhaize
Porte de Hal
N° Entreprise 0433 352 844

16/03/13  12:34

4KG ORANGES                3,65
POIS CHICHES                 0,67
TOFU BIO                         1,65


TOTA(A)L                         5,97

Num'ro Carte : 041-3xxxx27 82 0015
Num'ro Terminal : 4464
No. Transaction : 516

BANCONTACT               5,97
RENDU/TERUG              0,00

TELLEMENT PLUS POUR VOTRE ARGENT
LES OEUFS DE PÂQUES SONT ARRIVéS
DANS VOTRE MAGASIN
NOUS VOUS SOUHAITONS DE JOYEUSE
FÊTE DE PÂQUES
A TRèS VITE

Sur le comptoir il y avait un hortensia bleu dans un pot, devant l'horloge qui sonnait neuf heures. L'horloge avait un son fêlé, humide, un son noyé; c'est un son que les horloges n'ont jamais, mais ceux qui les entendent ont l'impression que c'est un son fêlé, humide, noyé. Il y a des choses que l'on entend comme on entend les horloges : l'amour, les cheveux blancs, la séparation, l'oubli. Toutes les choses faites de silence et d'oubli, comme la terre et le sang.
-Dis donc, si on allait au Bruxelles...
Blai Bonet. La mer.


mercredi 9 juillet 2014

Là, c'est le jour où j'ai lu un vers de W.H. Auden :"A home, the centre where the three or four things that happen to a man do happen",

dans le livre de Geoff Dyer, Yoga para los que pasan del yoga, où j'ai été intriguée par le titre du poème , Detective story, où j'ai voulu le lire in extenso et où je l'ai trouvé cité par un Anglais qui a vécu au Japon avant d'emménager à Bruxelles.




















Detective story
 
For who is ever quite without his landscape,
The straggling village street, the house in trees,
All near the church, or else the gloomy town house,
The one with the Corinthian pillars, or
The tiny workmanlike flat: in any case
A home, the centre where the three or four things
that happen to a man do happen? Yes,
Who cannot draw the map of his life, shade in
The little station where he meets his loves
And says good-bye continually, and mark the spot
Where the body of his happiness was first discovered?
An unknown tramp? A rich man? An enigma always
And with a buried past but when the truth,
The truth about our happiness comes out
How much it owed to blackmail and philandering.
The rest’s traditional. All goes to plan:
The feud between the local common sense
And that exasperating brilliant intuition
That’s always on the spot by chance before us;
All goes to plan, both lying and confession,
Down to the thrilling final chase, the kill.
Yet on the last page just a lingering doubt:
That verdict, was it just? The judge’s nerves,
That clue, that protestation from the gallows,
And our own smile… why yes…
But time is always killed. Someone must pay for
Our loss of happiness, our happiness itself.
 
W.H. Auden





mercredi 25 juin 2014

Là, c'est le jour où j'ai voulu en savoir davantage

sur le voyage de Gertrude Stein à Majorque, où j'ai appris que cette phrase-là, elle l'avait écrite à son ami Robert Graves -dont je venais, tout juste, de voir la description dans le Journal de Virginia Woolf*- et qu'elle y avait écrit un long poème charnel sur sa relation avec Alice Toklas. 

Baise mes lèvres. Elle les a baisées.
Baise mes lèvres à nouveau. Elle les a baisées à nouveau.
Baise mes lèvres encore et encore et encore à nouveau et elle les a     [baisées encore et encore et en corps à nous vaut.
J'ai des plumes.
De grands poissons.
Penses-tu à des abricots. Nous les trouvons très beaux. Ce n'est pas [seulement leur couleur c'est leur noyau qui nous charme. Nous y [trouvons une différence.
Lève bas-ventre est si étrange.
Je suis venue pour en parler.
Un choix de raisins secs bon leurs raisins les raisins sont bons.
Différence ton nom.
Questionne et jardine.
Il pleut. N'en parle pas.
Mon bébé est chou tout rose. Je veux lui dire une chose.
Chandelles de cire. Nous avons acheté beau cou beaucoup de [chandelles de cire. Certaines sont décorées. Personne ne les a [allumées.
Je ne fais pas mention des roses.
Exactement.
Questionne et beurre.
Je trouve le beurre très bon.
L'Éve bas-ventre est si douce.
Lève bas-ventre grassement.
N'est-ce pas que cela t'étonne.
Tu me désirais intensément.
Dis-le à nouveau.
Fraise.
Lève transporte bas-ventre.
Lève douceur bas-ventre.
Chante jusqu'à moi dis-je.
Certaines sont des épouses pas des héros.
Lève bas-ventre simplement.
Chante jusqu'à moi dis-je.
Lève bas-ventre. Un réfléchi.
[...]

Gertrude Stein. Lève bas-ventre. Traduction de Christophe Lamiot Enos.

*Imaginez un homme aux yeux comme des boulons, chemise bleue, tête nue, les cheveux ébouriffés, en pardessus bleu, planté sur le seuil, le regard fixe, à quatre heures et demie, vendredi. "Mrs Woolf ?" Et moi qui craignais et devinais là quelque génie national; quelque jeune homme résolu à épancher son coeur, je l'expédiai en hâte au sous-sol où il déclara : "Je suis Graves. Je suis Graves." Tout le monde le dévisagea. Il avait l'air d'avoir traversé les airs à cent à l'heure, pour se poser un instant là. Enfin, il monta. Et moi, maligne que je suis, je compris que m'avancer la bouilloire à la main, que j'avais saisie avec une lavette, était précisément la méthode, l'attitude, la pose qui convenait. Le pauvre garçon n'est qu'emphase, professions de foi et affectation. Il a une frustre ressemblance avec Shelley malgré un nez bosselé et des traits brouillés. Mais avoir conscience d'être un génie ne vaut rien à personne. Il resta jusqu'à sept heures et quart (nous devions aller voir César et Cléopâtre, une pièce étrange, romantique, ampoulée de Bernard Shaw à ses débuts et nous dûmes le lui dire, car il était englué dans les délices d'une description de sa manière de vivre, comme jamais abeille ne le fut dans son miel. Il fait la cuisine; sa femme, le ménage. Ils ont quatre enfants à l'école communale; les villageois leur donnent des légumes; ils se sont mariés à l'église; sa femme porte son nom de Nancy Nicholson, refuse d'aller à Garsington, lui a déclaré : Il me faut une maison qui ne coûte rien, au bord d'une rivière, dans un village au clocher carré, proche, mais pas trop, de la voie ferrée -toutes choses qu'il lui a procurées, n'ignorant pas qu'elle sait ce qu'elle veut. Du fait qu'elle porte son nom de Nicholson, ses amis se sont partagés en deux clans, les moutons et les chèvres. Dans tout ce bavardage nous n'avons vu que l'égocentrisme habituel des jeunes gens - d'autant plus que celui-là nous a fourni l'information, qu'on ne lui demandait pas, qu'il descend du doyen recteur évêque von Ranker. Etc., etc., et cela, uniquement pour avoir l'occasion de dire qu'il méprise ces gens. Ce n'en est pas moins un charmant jeune homme, ingénu, écervelé; mais pourquoi notre âge nous vaut-il de subir ces pesantes justifications ? Assurément autrefois on pouvait vivre simplement sans avoir à le proclamer. J'ai cherché, peut-être, puisque c'est là ma faiblesse, à m'insinuer dans ses bonnes grâces, mais L. est resté implacable. Puis on nous offrit un billet d'entrée pour un match de coupe, Graves étant venu à Londres, pour la première fois depuis six ans, tout exprès pour y assister. Il ne peut voyager en train sans être malade; est passablement fier de sa sensibilité; mais que voulez-vous ? Il faut bien qu'il y ait aussi des gens sensibles, des benêts bredouillants, bégayants qui peut-être mettent en valeur leur petit coin de l'Oxfordshire.
Virginia Woolf. Journal. Lundi 20 avril 1925 

mercredi 18 juin 2014

Là, c'est le jour où, parmi tous les hommes en short, d'en voir un seul en costume, élégant,

m'a rappelé le temps où le contraire était mon ordinaire.

Moi, par exemple, j'ai pour habitude de ne pas faire confiance aux individus qui portent des sandales du genre moine, je les tiens tous pour des imposteurs et des traitres; ni à ceux qui sont en bermuda ou en culotte courte (je parle des hommes), ce qui me conduit à ne faire confiance aujourd'hui en été à aucun homme ou presque, surtout en Espagne, paradis des tenues ignominieuses et éhontées. 
Javier Marias. Poison et ombre et adieu (Ton visage demain III).

mercredi 11 juin 2014

Là, c'est le quatrième 
ou 
cinquième jour 
où

je n'avais toujours pas d'inspiration mais, quand j'ai pensé je devrais peut-être arrêter d'écrire, ça a sonné comme 
arrêter de vivre.
Quand il m'arrive de me réveiller de bonne heure, je me complais surtout dans l'idée d'une entière journée de solitude; d'une journée tranquille, où n'avoir pas à donner le change, me laisser paisiblement glisser dans les eaux profondes de mes pensées; naviguer dans le monde souterrain.
Virginia Woolf. Journal. 27 juin 1925

mercredi 4 juin 2014

Là, c'est le jour où je suis sortie du cinéma

en sachant que, quelque soit le nombre d'années que je passerais à l'étranger, je me sentirais toujours chez moi quand je verrais un film français. 

mercredi 21 mai 2014

Là, c'est le premier jour de ma vie où j'ai vu un homme 

prétexter de son taux de cholestérol pour demander de l'argent aux passants

mercredi 7 mai 2014

Là, c'est le jour où la poste fit diligence et

ajouta à mes propres questions celles de Jean-Yves Pranchère :
"qu'ai-je perdu ?
qu'ai-je retrouvé ?
qu'est-ce que je cherche à retrouver ?"
"Nous voudrions préserver l'éphémère -comme s'il ne tenait pas sa beauté de sa vocation de ne pas durer."
Jean-Yves Pranchère. Une enquête de l'administration des choses perdues.

mercredi 30 avril 2014

Là, c'est le jour où le voyage retour nous a paru interminable mais sans doute moins qu'il n'a semblé l'être au stewart qui souriait encore en nous disant au revoir après avoir

 contrôlé le passeport de chaque passager
 installé gentiment le groupe senior aux tables de la cafétéria
 secondé le serveur dans le bon déroulement du repas
débouché les bouteilles de vin
débouché les bouteilles de soda
débouché les bouteilles d'eau
 enclenché le programme dans la salle télé
 fermé la porte de communication sans jamais s'impatienter chaque fois qu'un passager omettait de le faire
 changé la chaîne quand le film s'est achevé
 branché le micro
 réglé le son et la lumière
 enfilé une cravate
 énuméré tous les numéros du bingo
 orienté tous les passagers 
qui cherchaient les toilettes
 qui cherchaient l'accès au pont
 qui cherchaient leur enfant
 qui cherchaient le distributeur de café
 félicité le gagnant du bingo
 fait applaudir la salle
 annoncé l'arrivée prochaine
 demandé que chacun regroupe ses affaires
 fait former une file pour la récupération des bagages
 indiqué la porte qui s'ouvrirait quand le bateau serait à quai
 demandé aux jeunes sportives de ne pas s'impatienter bruyamment
 aidé à l'installation de la passerelle


mercredi 23 avril 2014

Là, c'est le jour où, 

-mais ça aurait pu aussi être un autre : un jour à Palma que j'avais appelé Girouette, à voir passer de l'autre côté de la vitrine où je prenais mon café, autant de femmes en bottes et collants que d'autres en nu-pieds et jupes courtes- c'est le jour où, donc, descendant la route de Barcares en frissonnant dans le vent, j'avais, en voyant le couple marchant devant moi -lui : bermuda, chaussures tenues à la main, polo, elle : mini-short, tongs, débardeur- fait le compte des épaisseurs qui me couvraient -débardeur, tee-shirt à manches courtes, tee-shirt à manches longues, pull- c'est le jour où, donc,
j'ai pensé que nous n'avions pas tous la même manière d'être humains. 

mercredi 16 avril 2014

Là, c'est la nuit où, en l'entendant tirer la chasse d'eau,

j'ai pensé que le voisin allait peut-être mettre autant de temps que moi à se rendormir.