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mardi 13 octobre 2015

Tuesday self portrait

9
PLATS FRANÇAIS PEU CONNUS
APPROPRIéS AUX CUISINES
AMéRICAINES ET ANGLAISES

Ces plats devraient mettre de la variété dans les menus américains et anglais. En France, ils ne sont plus ni des nouveautés ni des créations, et n'ont plus le mérite d'être originaux, ce qui, selon la définition d'un cousin de Gertrude Stein, qualifie ce que font certains six semaines avant que le reste du monde le fasse. Au contraire, la plupart d'entre eux reflètent une lente évolution dans une nouvelle direction, ce qui est la manière dont se crée le grand art -quand tout l'environnement est prêt et qu'une personne voit la chose et la fait, rejetant ce qu'elle considère superflu dans le passé. Même la manière de cuire un oeuf peut être découverte de cette façon. Elle devient alors la manière classique. C'est un plaisir pour nous, et peut-être pour l'oeuf. 
Il est entendu, bien sûr, qu'il y a toujours ceux qui se précipitent, ajoutent irrévérencieusement une goutte ou une pincée tirée d'une bouteille, une boîte de conserve ou un paquet, et pensent qu'ils ont découvert une saveur qui manquait. Ceci, qui est littéralement une question de goût, n'est pas discutable. C'est même un plaisir de s'incliner devant une telle constatation.  
Alice Toklas. Le livre de cuisine d'Alice Toklas. 

mardi 8 septembre 2015

Tuesday self portrait

Notre modeste Présent est cette parcelle de temps dont nous avons une connaissance directe et véritable, le souvenir tout frais du Passé récent étant perçu encore comme une partie du moment présent. En ce qui concerne la vie quotidienne et l'habituelle satisfaction du corps (dont la santé est passablement bonne, qui a encore des forces, qui respire la verte brise, qui savoure l'arrière-goût de la plus exquise nourriture qui soit au monde : un oeuf à la coque), il n'est pas important que nous ne puissions jamais jouir du véritable Présent, qui est un instant de durée zéro, représenté par une belle tache de graisse, tout comme le point adimensionnel de la géométrie est représenté par un point de bonnes dimensions à l'encre d'imprimerie sur du papier palpable. L'automobiliste normal peut, si l'on en croit les psychologues et les policiers, percevoir, visuellement, une unité de temps ne dépassant pas en étendue un dixième de seconde. Il serait intéressant de mesurer le temps qu'il nous faut pour détecter un espoir déçu ou comblé. Les odeurs peuvent être très brutales et, chez la plupart des gens, les sens de l'ouïe et du toucher réagissent plus rapidement que celui de la vue. 
Vladimir Nabokov. Ada ou l'ardeur.  

mercredi 2 septembre 2015

L'IDENTIFICATION (1 : la méprise)

Comment choisissez-vous vos lectures ?
Moi qui retourne les livres avant toute chose, j'aurais pu ne pas aller plus loin que la quatrième de couverture de celui-là*, en y voyant une recommandation d'un écrivain que je n'apprécie pas : 
"Hilarant et diablement intelligent, un roman plein de vie." 
Jonathan Franzen
Cependant, j'ai fait comme pour les autres : 
en lire le début pour voir. 
Et quelques pages au milieu, 
pour voir aussi. 
(et quand ils sont en espagnol : pour être sûre de pouvoir les comprendre)
Or, la première phrase du deuxième paragraphe de la première page :
"Desde el piso iba a pie por la calle de las Huertas".
Or aussi :
La rue des oeufs !, m'étonnais-je intérieurement et la reconnaissant puisque nous l'avions empruntée à Madrid, que je me souvenais l'avoir photographiée parce que je trouvais ça… quoi ? joli, charmant, chouette… d'être dans la rue des oeufs, moi qui aime tant ça, les oeufs.
Mais : Mais non ! Las huertas, pas los huevos ! 
La photo que j'avais prise, ce devait être une photo de la rue des oeufs alors que la calle de las Huertas… qu'est-ce que c'est, las Huertas ? Les vergers, ah d'accord.
J'ai emprunté le livre. 
Et j'ai cherché parmi mes souvenirs de Madrid ma photo de la rue des oeufs.
Or encore :
Je l'avais enregistrée sous le nom de la rue des oeufs, ayant fait la même erreur il y a un an exactement. 
Pourtant : sur l'illustration, il y a des boeufs. 

*Saliendo de la estación de Atocha est un roman américain de Ben Lerner que je lis dans sa version espagnole grâce à la traduction de Cruz Rodríguez Juiz. Il existe en français, traduit cette fois par Jakuta Alikavazovic et publié aux éditions de l'olivier. 



samedi 18 juillet 2015

HEURISTIQUE DU POULET

Je me souviens que, pendant longtemps, je ne suis pas allée à une course d'orientation sans emporter une cuisse de poulet froide et des cornichons.

Je me souviens d'un petit chat 

que j'appelais Poussin pour le distinguer de l'autre, plus âgé, qui vivait dans la même maison et que j'appelais Poulet ou Poulain alors qu'il s'appelle Pera. 






Je me souviens que, à aucun moment, je n'ai décidé d'arrêter de manger du poulet mais que, à un moment, j'ai pourtant arrêté de manger du poulet. 

Je me souviens que, un soir d'été à Bruxelles,  
j'avais vu des poussins se promener. 
Je me souviens avoir été déçue de ne pas savoir qui avait commenté mon billet. 
(Anonyme a dit…
Toi aussi, tu les as vus ? Devant le bâtiment ING, derrière le palais royal ?Surprenant… J'en ai caressé un au passage.
14 juillet 2011 20:20 )

Je me souviens qu'on m'avait expliqué que le plat Oyakodon signifie, littéralement :  親 parent 子enfant 丼bol puisqu'il s'agit d'un bol de riz surmonté d'une garniture au poulet et à l'oeuf. Je ne me souviens pas si j'en ai mangé un jour. 

Je me souviens que j'ai plusieurs fois demandé à ma mère je me souviens que c'était toujours à ma mère que je posais ces questions pourquoi on appelait les policiers des poulets ou des hirondelles. Je me souviens de sa réponse concernant les hirondelles, pas celle des poulets.  
(dans la rue, à Bruxelles)

mardi 5 mai 2015

Tuesday self portrait


Qui pensera à me donner un chausson aux pommes en automne à cinq heures, ou un oeuf à la coque avec des lichettes beurrées au début du printemps, sans que j'aie même à en suggérer le désir. 
C'est, paraît-il, la petite faculté qu'attendent toujours les femmes de leurs maris, depuis qu'ils se sont substitués aux mamans le matin, au lit. 
Je tenterai d'acquérir cet équilibre d'une vraie dame qui, après le plat du jour, se retire de son assiette avec netteté, comme si elle n'avait pas de souvenir d'enfance. 
Une telle personne cependant n'a peut-être presque plus faim parce qu'elle a un mari ?
Ainsi, peu à peu, il y aura quand même des jours où manger ne sera plus utile.
Raphaëlle Billetdoux. Jeune fille en silence. 

dimanche 18 janvier 2015

What Do You Think About ?

A nouveau, j'étais assise en haut des marches (1), à nouveau avec les animaux (2), à nouveau je lisais (3). 
Mais, cette fois, j'entendais le bruit des ustensiles, de l'eau qui coulait, je sentais l'odeur des pommes de terre que tu faisais sauter, cette fois et pour la première fois, tu étais en train de nous cuisiner une tortilla. 
Descendue à la cuisine, je la trouvai fumante et belle dans nos assiettes. 
Pendant qu'elle refroidissait un peu, je te soumis l'expérience de pensée de la machine à expériences. 
Supposez qu'il existe une machine qui puisse vous faire vivre toutes les formes d'expériences que vous souhaitez. 
Des neuropsychologues géniaux seraient capables de stimuler votre cerveau de telle sorte que vous pourriez croire et ressentir que vous êtes en train d'écrire un grand roman, de vous faire un bon ami, de lire un livre intéressant ou de faire n'importe quoi d'autre qui correspond à vos désirs. Mais, en fait, vous seriez en permanence dans la machine, avec des électrodes branchées sur le crâne. C'est vous qui fixeriez le programme des expériences que vous souhaiteriez avoir pour deux ans disons. Ensuite, vous auriez quelques heures hors de la machine pour choisir le programme des deux années suivantes. Bien entendu, une fois dans la machine, vous ne sauriez pas que vous y êtes; vous penseriez que tout arrive vraiment. 
Vous brancheriez-vous ?
Tu me répondis... je souriais.


(1) jamais je n'oublie que c'est là que tu rédigeas le brouillon du tout premier mail que tu m'écrivis, il y a presque trois ans, maintenant.

(2)

(3)
C'est avec ces interrogations à l'esprit que des philosophes ouverts aux disciplines empiriques ont commencé à s'intéresser aux travaux des sociologues et des psychologues portant sur les jugements moraux spontanés de toutes sortes de personnes, un peu partout dans le monde, philosophes et non-philosophes, d'âges, de sexe, de niveau d'éducation, de religion, de langue, de culture, de catégorie sociale différents. 
Ils ont proposé de poser au plus grand nombre les questions étranges que les philosophes professionnels se posaient à eux-mêmes (et aux autres philosophes) : 
"Est-il permis de tuer une personne pour prélever ses organes et sauver ainsi la vie de cinq autres personnes en attente de greffe ?"
"Est-il permis de détourner un tramway qui risque de tuer cinq personnes vers une voie d'évitement où une seule sera écrasée ?"
"L'inceste peut-il être pratiqué en toute innocence ?"
"Est-il immoral de nettoyer les toilettes avec le drapeau national ?"
Et c'est ainsi qu'est née la philosophie morale expérimentale ! 
Ruwen Ogien. L'influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine. 

samedi 3 janvier 2015

Une enquête sentimentale

Connaissez-vous votre groupe sanguin ?
Quelle est votre chanson d'amour préférée ?
Vous arrive-t-il d'être gêné par vos voisins ?
Avez-vous déjà fait quelque chose par vengeance ?
Si vous recevez des cadeaux qui ne vous plaisent pas, qu'en faites-vous ?
Dites-vous
souvent
rarement
jamais
"Je ne l'ai pas fait exprès"
?
Pourquoi (n') aimez-vous (pas) voyager ?
Comment vous consolez-vous d'un chagrin ?
Avez-vous déjà écrit quelque chose sur votre main afin de ne pas l'oublier ?
Quelle est votre manière préférée de manger des oeufs ?
ICI, des voix sentimentales

vendredi 17 octobre 2014

Le cabinet des rêves 197

Je suis avec Dominique Fabre qui mange des oeufs "arméniens" qu'il a cuisinés lui-même. 
Il m'explique qu'il a travaillé dans un restaurant arménien à un moment où il y avait une pénurie d'huile et qu'il fallait faire attention pour qu'il y en ait assez pour tous les plats. 
Comme son assiette est vraiment très huileuse, je lui dis qu'il n'y a qu'au moment où l'huile faisait défaut que j'aurais pu les goûter, ces oeufs-là !
Pendant qu'il mange, j'ai son livre à la main et nous en parlons. 
Je l'ai apporté parce que je savais que j'allais le voir et pouvoir lui demander de me le signer. 
Je lui demande si la typographie particulière (certains mots sont en gras et semblent se renvoyer les uns aux autres) est de sa propre initiative ou si c'est la particularité d'une nouvelle collection lancée par son éditeur. 
Il me répond sur le ton de l'évidence que, si j'ai feuilleté le livre, je n'ai même pas besoin de lui poser la question.
Etonnée (et un peu vexée), je reprends le livre, en regarde attentivement les premières pages qui pourraient me donner un indice mais je ne vois aucun élément de réponse. 

Rêve du 29 septembre 2014

jeudi 9 octobre 2014

Loin d'eux (2 : les meubles)

Dès l'été 1952, Julio Cortázar trouve de quoi subvenir à ses besoins  et à sa vie libre : 
mon unique ressource était de 15000 francs par demi-journée de travail chez un exportateur de livres. Perspectives : l'Unesco en janvier. Ergo : je pouvais bien lâcher ce seul travail, misérablement payé, et passer la fin de l'année à Buenos Aires. Mais soudainement, (ça fait une semaine), la situation s'est retournée. L'exportateur a doublé mon salaire.(…) Non seulement il a doublé mon salaire mais il m'a aussi fait savoir que, si j'acceptais de rester avec eux, j'aurais, en peu de temps, de quoi vivre tranquille. La raison de cette subite faveur est qu'ils ont besoin d'un hispanophone qui a une expérience dans les livres (et tu vois que je tombe bien) et ils savent que j'ai été à la Chambre du Livre et que je peux travailler bien pour eux. L'Unesco cesse donc d'être intéressant. Ici, je travaille seulement le matin et un soir par semaine. Il me reste donc du temps pour vivre comme je veux, c'est à dire dans une fainéantise scandaleuse : des lectures, des tableaux et du vin blanc. L'Unesco signifie l'esclavage tout le jour et, même si c'est sûr qu'ils payent bien, ça ne sert à rien. (1) 
C'est fin 53 qu'il se marie avec Aurora, une jeune femme qui a, comme lui, un goût prononcé pour les fromages français, les virées en vespa dans le centre de Paris, les heures passées au Louvre et la lecture, bien sûr la lecture :
Il y a deux jours, samedi 22, à la Mairie du 13ème, un maire à la poitrine décorée de la bande tricolore et aux cheveux en brosse, très français et très sympathique nous a mariés. Nous aussi, nous lui avons été sympathiques. Lipa Burd et sa femme Esther Herschkovich ont été nos témoins et, tous les quatre, nous sommes allés célébrer la noce dans un restaurant chinois de la rue Monsieur Le Prince, où, entre autres barbaries indescriptibles, nous avons succombé à l'immortalité dorée d'un poulet à l'ananas qui était vraiment Mallarmé. (2) 
Puis, en 54, de retour à Paris après quelques mois passés en Italie, ils emménagent tous deux dans un appartement qui leur ressemble, qui leur permet de s'adonner à leur vie légère mais centrée sur leurs essentiels : la lecture, l'écriture :   
Mon cher Eduardo : 

(…) je t’écris aujourd’hui samedi 10, une soirée grise, un maté amer, Aurora qui lit Le canard Enchainé vautrée dans un fauteuil (parce que nous avons 2 fauteuils, je tiens à te le faire remarquer*). Nous nous sentons vraiment at home dans ces deux grandes pièces sur la charmante rue Mazarine. Nous avons 2 fenêtres au second étage, et à part un jeune zazou qui s’exerce au trombone près d’ici, et l’une ou l’autre engueulade* automobile, nous jouissons du silence et de la tranquillité. Face à nos fenêtres, l’Hôtel de Belgique* dresse son sinistre squelette, peut-être pour me rappeler mes origines. A quelques mètres, il y a la maison où mon cher Robert Desnos a vécu 10 ans. Et il se murmure que la nôtre fut celle du cardinal Mazarin lui-même, mon homonyme. Dans une pièce, nous avons la chambre. Il y a un grand lavabo et j’ai fabriqué à Aurora une cuisine d’urgence, même si, trois fois par semaine, nous pouvons cuisiner où il se doit. En fait, ce n’est pas un problème puisque nous déjeunons dehors, et le soir, notre réchaud à alcool suffit pour faire du café et des œufs à la coque. Le quartier est merveilleux parce qu’il y a le marché de la rue de Buci où tout coûte moins cher. Quant à la seconde pièce, c’est notre « vis comme tu veux », c’est à dire que nous y avons les livres, la radio, une paire de fauteuils et l’ambiance que nous aimons. En plus, c’est une grande joie de ne pas voir le lit quand on lit ou qu'on écrit. Au bout de près d’un an à vivre dans des pièces uniques en Italie, le fait de « passer d’une ambiance à l’autre » nous enchante. (3)
(* en français dans le texte)

J'ai tiré de la rue mon fauteuil et ma table basse. Ils y retourneront un jour. 
Aucun meuble ne m'appartient, ni ici, ni ailleurs et y penser me rend toujours aussi légère. 
J'ai vécu loin de mes meubles mais je préfère maintenant : sans. 
Plutôt que de me soucier d'ameublement, de rénovation, de décoration, j'habite dans des appartements en ville par procuration : je me sens chez moi dans des livres qui, souvent eux non plus, ne sont pas à moi. 
Toutes les citations de Julio Cortázar sont une traduction que je fais librement depuis ses lettres publiées aux éditions Alfaguara sous le titre Cartas a los Jonquières. 
Comme, dans ce volume, la traduction en espagnol des phrases en français dans le texte, c'est, ici, la version originale qui apparait en notes de bas de pages. 

(1) mi único recurso eran 15.000 francos por media día de trabajo chez un exportador de libros. Perspectivas : Unesco en enero. Ergo, bien podía yo largar ese solo trabajo, miserablemente remunerado, y pasar mi tiempo hasta fin de año en B.A. Mas he aquí que repentinamente (hace una semana) las cosas dieron un vuelco. El exportador me dobló el sueldo. (…) No sólo me dobló el sueldo sino que me hizo saber que si acepto quedarme con ellos, tendré en poco tiempo lo suficiente para vivir tranquilo. La causa de este súbito favor es que necesitan un hispanohablante con experiencia en libros (y ves que caigo justo), y saben que he estado en la Cámara del Libro y que puedo trabajar bien para ellos. Unesco deja pues de ser interesante. Aquí trabajo solamente la mañana, y una tarde por semana. Me queda pues tiempo sobrado para vivir como yo quiero, es decir en una vagancia escandalosa, lecturas, cuadros y vino blanco. Unesco significa la esclavitud el día entero, y si es cierto que te pagan muy bien, no te sirve de mucho. 

(2) Hace dos días, sábado 22, en la Mairie du 13 nos casó un maire condecorado, con banda tricolor al pecho y pelo cepillo, muy francés y muy simpático. Nosotros también le fuimos simpáticos. Tuvimos de testigos a Lipa Burd y a su mujer Esther Herschkovich, y los cuatro nos fuimos a celebrar la boda a un restaurant chino de la rue Monsieur Le Prince, donde entre otras barbaridades indescriptibles sucumbimos bajo la dorada inmortalidad de un pollo al ananás que era verdaderamente Mallarmé. 

Mi querido Eduardo : 
(…) te escribo hoy sábado10, con una tarde gris, mate margo, Aurora que lee Le Canard Enchainé repantigada en un sillón (porque tenemos 2 sillones, je tiens à te le faire remarquer). Nos sentimos realmente at home en estas dos grandes piezas sobre la encantadora rue Mazarine. Tenemos 2 ventanas en el segundo piso, y aparte de un joven zazou que se ejercita en el trombón cerca de aquí, y una que otra engueulade automovilística, gozamos de silencio y paz. Frente a nuestras ventanas alza su tétrica osamenta el Hôtel de Belgique, quizá para recordame mis orígines. A pocos metros está la casa donde vivió 10 años mi querido Robert Desnos. Y hay quien susurra que nuestra casa fue la del mismísimo cárdenal Mazarine, mi tocayo. En una pieza tenemos el dormitorio. Tiene un gran lavabo y yo le he fabricado a Aurora una cocina de emergencia, aunque tres veces por semana podemos cocinar en donde corresponde. En realidad no es problema pues almorzamos fuera, y de noche basta nuestro réchaud a alcohol par hacer café y unos huevos pasados por agua. El barrio es una maravilla pues está el mercado de la rue de Buci donde todo cuesta menos. En cuanto a la segunda pieza es nuestro "vive como quieras", es decir que tenemos los libros, la radio, un par de sillones, y la atmósfera que nos gusta. Además es una gran alegría no ver la cama cuando se está leyendo o escribiendo. Después de casi un año de vivir en piezas solas en Italia, esto de "trasladarse de un ambiente a otro" nos encanta. 

lundi 22 septembre 2014

Une chambre à moi (1)

Depuis longtemps, je n'avais pas ouvert la boîte de Mamy et le bruit du couvercle m'a emmenée ailleurs alors même que passaient des gens, dans la rue, qui parlaient fort comme chez eux, qui m'ont semblé être chez moi. 
Je dis encore chez toi. Je dis aussi chez nous. Chez vous, parfois. 

Je garde une trace de mon grand appartement (2) dans la mémoire de mon appareil photo comme un foyer nomade, portatif, permanent.  
Et je me demande parfois : qui dort dans cette chambre, depuis qu'elle n'est plus à moi ? 

(1) "Si Mrs. Seton et sa mère, et la mère de sa mère avaient appris le grand art de gagner de l'argent, si elles avaient, comme leurs pères et leurs grands-pères, fait des legs destinés à la création de chaires ou de maîtrises de conférences, et de prix, et de bourses affectées à une personne de leur propre sexe, nous aurions pu dîner seules ici, de façon très acceptable, avec un perdreau et une bouteille de vin; nous aurions pu, sans pour cela faire preuve d'une confiance exagérée, escompter une vie agréable et honorable à l'abri d'une profession généreusement rétribuée. Nous aurions pu explorer ou écrire; flâner à travers les lieux les plus vénérables de cette terre; rester en contemplation, assises sur les marches du Parthénon, ou nous rendre à dix heures au bureau, puis rentrer tranquillement chez nous à quatre heures et demie pour écrire un petit poème."
Virginia Woolf. Une chambre à soi. 

(2) celle, aussi, d'un train où j'ai passé onze heures à l'aller, onze heures au retour, où je me suis sentie si bien.













jeudi 18 juillet 2013

Chroniques d'une chambre en ville


 la promesse du ciel bleu m'éveille
pour mon rendez-vous avec le soleil
je me parfume au pain grillé
au Darjeeling aux oeufs brouillés

jeudi 30 mai 2013

Chroniques d'une chambre en ville

Le soir, seul dans sa chambre, Nietzsche mangeait quelques tranches de jambon et un oeuf avec du pain et se couchait tôt. ("Comment peut-on devenir un penseur si on ne passe pas au moins un tiers de la journée sans passions, loin des gens et des livres ?") 
Alain de Botton. Les consolations de la philosophie. 
je connais maintenant
 le temps que la bouilloire me laisse vacant 
avant de siffler 
pour m'appeler

mardi 23 avril 2013

Tuesday self portrait

Vous ne trouvez pas ça bizarre que ce petit moineau sale, au demeurant tout à fait insignifiant, puisse m'emplir de bonté et de tendresse, ce que jamais une poule n'a réussi à provoquer chez moi ? "Cot cot cot !" dit la poule en pondant peut-être un oeuf. "Cocorico !" lance le coq et c'est l'heure du petit déjeuner, de l'oeuf à la coque ou dur, mais alors de préférence accompagné d'un petit anchois. 
Chez les oiseaux de moindre taille, rien de semblable.
Torgeir Schjerven. La Vénus buissonnière.

samedi 23 mars 2013

Une diététique des frontières

 J'ai dit : et après l'Afrique du Sud ? 
Il a dit : et l'Inde ? 
J'ai dit : non ! et vous ?
Il a dit les parfums, les couleurs.
Il a dit : j'ai pensé à la Nouvelle Zélande.

Plus tôt dans la semaine
elle avait dit d'autres parfums
d'autres couleurs
mais aussi les palmes
le tuba
les poissons venus manger 
dans sa main. 


Il suffit de m'y asseoir, à cette table près de la fenêtre.
Et tous les jours, pendant que j'écale mes oeufs,
on me sert une part du monde, sur un plateau. 

vendredi 22 mars 2013

Le cabinet des rêves 115

58

Evidemment, la fameuse "baguette qui endort"
pourra prendre le nom domestique de "fatigue",
huit heures par jour de travail,
ou une longue marche et trop
d'événements au cours d'une seule journée -comme dans le cas de Bloom.
Toujours est-il que Bloom s'endormit et rêva
que quelqu'un lissait pour lui les jours à venir.
Lassé d'être mal reçu et trahi, Bloom rêva
qu'être heureux n'est pas un bien superflu,
comme le sont certains bijoux et autres ornements à la beauté éphémère.
Gonçalo M. Tavares. Un voyage en Inde.
Je suis un cours de yoga dont le public est très diversifié : des femmes à l'allure "pro" mais aussi d'autres et un homme, équipé pour le ski (et qui porte ses skis). 
Au bout d'un moment, nous ne sommes plus que deux ou trois. 
La prof nous prévient qu'il lui reste quelques postures à nous faire faire mais qu'elle a un coup de fil important à passer. Elle tente de parler discrètement mais je l'entends demander à sa soeur la composition des oeufs en chocolat qu'elle a achetés pour Pâques. 

Rêve du 21 mars 2013