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dimanche 28 juin 2015

L'adresse

Elle s'appelle avenue alors que je la dirais plus volontiers route. Elle porte le nom d'une direction possible, d'une ville sans charme (1) du centre de l'île. Elle-même n'a aucune particularité, aucune distinction, se contente d'être bordée de maisons dont je me dirais, si je faisais partie de ceux qui, innombrables, passent en voiture devant Mais qui peut supporter d'habiter là ?, sauf que : nous. Aussi, quand, de la cour ou du studio, j'entends la voix enregistrée et monotone du bus à impériale touristique, je ne sais pas ce qu'elle pourrait mentionner d'autre que cette maison, à votre droite, oui, eh bien, dans cette maison si modeste et sans cachet apparent vivent un peintre de talent et celle qui, volontiers et souvent, lui sert de modèle. 

(1) quoique. A mes yeux de citadine aimant les villes usées (2) et habitant dans un village vitrine, des immeubles ordinaires (3) en ont, du charme, à certaines heures de la journée ou de la saison. 

(2) Lisbonne, ainsi, me plut dès le premier jour où je l'habitai. 























(3)

dimanche 14 décembre 2014

Wake up

Ce qui a été surestimé n'est peut-être pas tant la bite que l'acte sexuel. Peut-être n'est-ce pas si nécessaire. Epicure disait : "C'est naturel mais pas aussi nécessaire que manger ou boire." On n'a pas tant d'envies, après tout. Je ne le dis pas parce qu'à mes 75 ans, vous penserez que déjà… ça ne dure même pas une seconde. Mais : et si ce n'était pas si important ? Parce que la vérité c'est que, dans la vie d'un couple bien assorti ou d'un couple d'amants, le sexe occupe une place relativement petite. Je veux dire, même pour les amants les plus doués. Il y a une grande partie qui est : parler ou faire des choses ensemble.
Álvaro Pombo participe à une conversation sur le thème "Surévaluation de la bite" dans le numéro 5 (nov-déc 2014) de la revue El estado mental. 



-Quelle heure il est ?
Tu revenais d'être allé ouvrir au chat (1) qui miaulait dans la cour. (2)
-Sept heures et demi. 

Cela  va durer encore longtemps ?, je me demande, parfois. (3)

Tu avais ton visage d'adolescent, ton rire d'adolescent (4), quand tu m'as décrit le lit télécommandé dans lequel tu t'imaginais aller au lycée, suivre les cours… tout faire sans jamais le quitter tellement il était douillet. (5)
Je mesure mieux maintenant à quel point tes Tu veux un café ? quand nous sommes encore sous la couette sont chevaleresques. 

(1)













(2) Un temps, j'ai cru qu'elle décelait l'instant où on s'éveillait -malgré les fenêtres et nos yeux fermés- avant de constater qu'elle miaulait au moment où ça l'arrangeait, elle.

(3) Que tu aies encore des anecdotes inédites à me raconter, oui, ça me réjouit toujours.

(4)
















(5) Puis tu m'as appris quelques préceptes d'Epicure, nous avons soulevé des questions sentimentales,  commenté les bienfaits des plumes d'oie, etc.

lundi 5 mai 2014

L'à-venir

Quelques photos (
photo Hervé Guibert),


un tableau (
peinture Benoît Drunat),

et puis ?
Que restera-t-il après moi ?

On dirait cette époque faite sur mesures pour moi, qui permet à ma vie de tenir dans une machine (

  • Hauteur : 2,41 cm
  • Largeur : 32,5 cm
  • Profondeur : 22,7 cm
  • Poids : 2,06 kg)           

  • dont l'obsolescence est programmée.
    Dont je m'efforce de croire que la mémoire est ma mémoire quand je vide la corbeille que j'ai emplie des traces d'un passé que je voudrais oublier. 
    Dont j'aimerais croire que ma mémoire survivra à la sienne quand disparaissent sans la responsabilité de ma volonté des traces d'un passé que je voudrais garder. 

    J'écris l'intime minuscule, quotidien sur des pages qui disparaitront sans doute avant moi.

    Que restera-t-il après moi ?
    ni remords, ni regrets,
    j'y veille(rai).

    lundi 14 avril 2014

    "et qu'est-ce qui vous manque le plus ?"

    J'ai toujours l'impression de les surprendre mais pas seulement : souvent aussi de les décevoir. 
    Toujours l'incrédulité teinte leurs yeux bridés. 
    A quoi s'attendent-ils donc, en me posant la question ? 
    Car, bien sûr, les pique-niques avec vue sur le Mont Fuji me manquent, les traversées nocturnes des cimetières fleuris, les heures de lecture sur les toits des grands magasins, les autres passées dans les parcs et celles dans les trains. Le goût du matcha, celui des sobas et des motchis me manque. Les lotus, les cafets de rien, les étoiles au-dessus des ruelles et les glaces à minuit me manquent. Mais plus que tout et que rien -rien ni même la mer-, jamais, ne remplacera : la foule. La foule de Tokyo qui me consolait de tout y compris d'être moi, oui elle me manque.

    dimanche 23 mars 2014

    本当の気持ち

    Ta tête reposait sur mon épaule, ma main était sur la tienne. 
    Nos yeux, rivés sur l'écran, ne voyaient pourtant pas le même film. 
    Moi, c'est simple, j'étais là-bas. 
    Tout. 
    les inflexions de voix 
    les séchoirs à pinces sur les balcons 
    les cartables des écoliers
     les bustes inclinés
     les parois en papier
     les formules  
    -de remerciement 
    d'encouragement
     d'accueil
     de salutation
     de désolation- 
    les chaussures à talons
     les chaussons
    Tout me ramenait à ce qui avait été mon quotidien dans un autre temps.
    A la fin : 
    -C'est peut-être comme si toi, je ne sais pas, tu voyais un film qui se passerait aux Canaries. 
    -Non : c'étaient les films français qui me faisaient cet effet.*

    *et, récemment, tu m'avouas Je perds mon espagnol ! et je dois me forcer à imaginer le temps où tu ne parlais ni aux bêtes ni à personne, ni ne jurais dans l'atelier dans ta langue maternelle.

    lundi 14 octobre 2013

    HOME

    C'était devant un café comme partout ailleurs et pourtant -ou alors : justement- c'est là que je l'ai sentie, cette impression si précise : à nouveau j'étais des villes.
    A quoi ça tient ? Une pulsation supplémentaire ? Un flux différent ? Ou cette assurance d'être singulière qui me vient de la multitude ?
    C'est là que j'ai su que jamais plus de ma vie je n'aurais de sensations provinciales, que je serais toujours et où que j'habite : capitale.  

    Cette troisième visite rendait la ville déjà petite et sa cartographie simpliste. 
    Et les kilomètres de paysage qui m'en séparent ne résisteront sans doute pas longtemps à l'apprentissage des voyages hebdomadaires même si je fais confiance aux ciels changeants pour les préserver de la monotonie. 
    Aux ciels et au suspens : verrai-je un jour le visage de ceux qui ont tourné leurs fauteuils en rotin face à la baie vitrée de leur jardin d'hiver devant laquelle passe la quatre-voies qui mène à Palma ?