lundi 7 septembre 2015

Le pneu était crevé (fragments d'insularité)

 
-Ecoute, je n'ai pas ce modèle en réserve. Mais je peux te le commander. En attendant, je t'en prête un. Quand le tien arrive, je t'appelle et tu me le rends, ok ?
Deux mois que je roule avec le pneu prêté par le marchand. 
Ici, le provisoire dure longtemps. 

dimanche 6 septembre 2015

LES SOINS PALLIATIFS

rouge, 
noir, 
bleu, 
vert, 
orange, 
rose, 
violet...
NON !
Le gros chien ne lève la tête/me regarde/remue la queue qu'à l'énoncé de sa couleur. Depuis la mort du chat, je vérifie qu'il respire encore quand, longtemps, il dort. Je le couvre de compliments stupides, de caresses. Et comme tu lui promets d'aller encore une (dernière) fois respirer les fleurs, j'aimerais vous accompagner, moi qui ne l'ai pas connu courant après les chèvres

samedi 5 septembre 2015

45


ans

Nous devons décrire et expliquer un immeuble dont l'étage supérieur a été érigé au dix-neuvième siècle; le rez-de-chaussée date du seizième siècle, et un examen attentif de la maçonnerie révèle qu'il a été reconstruit à partir d'une tour d'habitation du onzième siècle. Dans le cellier nous découvrons des murs de fondation romains, et sous le cellier une cave filled-in, dans le sol de laquelle on trouve des outils de pierre et des restes de faune glaciaire dans les couches inférieures. Ce pourrait être une sorte d'image de notre structure mentale. 
C.G. Jung. L'esprit et la terre.

vendredi 4 septembre 2015

Le cabinet des rêves 243


Nous sommes, M. et moi, dans une voiture que mon père conduit. 
A ma grande surprise, il nous emmène devant un de mes anciens logements. 
Comme c'est dans une impasse et qu'il ne peut s'y garer, il fait demi-tour pour aller dans une autre rue et il s'arrête devant un garage qu'il ouvre. 
Je découvre d'anciennes affaires qui m'appartiennent, dont j'avais oublié l'existence et dont je savais encore moins qu'elles étaient stockées là. 

Rêve du 7 août 2015

jeudi 3 septembre 2015

Toujours

j'ai un peu le coeur battant quand je m'y rends mais toujours le prodige m'y attend car toujours l'arbre dont je suis seule à profiter est toujours aussi chargé de fruits et dans la lumière du couchant ma vie m'apparait toujours autant être un conte de fée. 

mercredi 2 septembre 2015

L'IDENTIFICATION (1 : la méprise)

Comment choisissez-vous vos lectures ?
Moi qui retourne les livres avant toute chose, j'aurais pu ne pas aller plus loin que la quatrième de couverture de celui-là*, en y voyant une recommandation d'un écrivain que je n'apprécie pas : 
"Hilarant et diablement intelligent, un roman plein de vie." 
Jonathan Franzen
Cependant, j'ai fait comme pour les autres : 
en lire le début pour voir
Et quelques pages au milieu, 
pour voir aussi. 
(et quand ils sont en espagnol : pour être sûre de pouvoir les comprendre)
Or, la première phrase du deuxième paragraphe de la première page :
"Desde el piso iba a pie por la calle de las Huertas".
Or aussi :
La rue des oeufs !, m'étonnais-je intérieurement et la reconnaissant puisque nous l'avions empruntée à Madrid, que je me souvenais l'avoir photographiée parce que je trouvais ça… quoi ? joli, charmant, chouette… d'être dans la rue des oeufs, moi qui aime tant ça, les oeufs.
Mais : Mais non ! Las huertas, pas los huevos ! 
La photo que j'avais prise, ce devait être une photo de la rue des oeufs alors que la calle de las Huertas… qu'est-ce que c'est, las Huertas ? Les vergers, ah d'accord.
J'ai emprunté le livre. 
Et j'ai cherché parmi mes souvenirs de Madrid ma photo de la rue des oeufs.
Or encore :
Je l'avais enregistrée sous le nom de la rue des oeufs, ayant fait la même erreur il y a un an exactement. 
Pourtant : sur l'illustration, il y a des boeufs. 

*Saliendo de la estación de Atocha est un roman américain de Ben Lerner que je lis dans sa version espagnole grâce à la traduction de Cruz Rodríguez Juiz. Il existe en français, traduit cette fois par Jakuta Alikavazovic et publié aux éditions de l'olivier



mardi 1 septembre 2015

Tuesday self portrait

Il y a des moments où il faut se précipiter à la poursuite de l'espérance. L'air dans lequel on vivait, on le sent soudain qui se solidifie autour de vous comme du ciment. Ce qui vivait autour de vous n'est plus qu'une peinture sur la pierre qui vous emmaillote. Un jour on perd une fleur de sauge, l'autre jour on perd un arbre, puis un lambeau de forêt, puis un fleuve tout entier avec ses roseaux et ses poissons : ce qui était là devant vous, dressé en profondeur avec ses volumes et toutes les délicieuses avenues qui y sont entrecroisées de tous les côtés, on se précipite, saisi d'angoisse, et en effet, on le touche, peint, plat, plâtreux, mort. Comme si, brusquement, on était dans un canton de l'existence où il ne reste plus que des symboles, on habite des fresques de la vie. Elles vous entourent des quatre côtés avec des murs. La perspective et la couleur jouent cruellement avec vos désirs. Dans l'alanguissement du ciel le plus océanique votre main ne trouve pas d'issue. C'est alors qu'il faut mourir, c'est plus logique. Il est impossible de rester en désaccord. L'accord est la seule joie du monde; et de ce côté il est encore là, et soumis à votre volonté; ou bien, c'est alors qu'il faut s'arracher et non pas fuir mais poursuivre. C'est l'effort le plus barbare du monde mais le plus beau. Quand il faut faire le premier pas, avec les gestes tous entravés de bandelettes de pierre, avec une âme, un coeur et un foie de goudron, et la cire qui vous cachette les narines et votre ventre est mou comme un épi malade et on vous a retiré les entrailles avec un crochet de fer. Et faire le premier pas; et puis les autres pas !

Jean Giono. Vie de Mademoiselle Amandine in Rondeur des jours