vendredi 31 juillet 2015

Le cabinet des rêves 238

Les rêves ont toujours eu de l'importance pour moi. Ils sont -c'est le poète Robert Graves qui l'a dit- "le plus beau des divertissements à l'oeil que l'on connaisse."
Graham Greene. Une sorte de vie
Je suis enseignante (de quoi ?) et je suis en train de corriger des copies.
Une jeune fille entre dans la pièce où je suis pour me rendre compte d'un concours de chant qu'elle a passé et pour lequel je crois comprendre que je l'avais aidée.
Elle m'explique que le jury non seulement l'a très mal notée mais, en plus, lui a dit que sa prononciation espagnole était absolument nulle.
Je ne sais pas du tout quel rôle j'ai joué dans cette histoire alors je reste circonspecte et je l'encourage à m'en dire plus.
Elle me montre la vidéo de sa prestation sur son téléphone.
En fait, il n'y a pas d'image mais on l'entend chanter d'une voix aussi transformée que si la vitesse de diffusion était plus lente que celle de l'enregistrement.
Et, en effet, on n'identifie absolument pas la langue espagnole.
Elle semble me reprocher de ne pas lui en avoir fait la remarque à temps.
Elle dit même que je l'ai toujours félicitée et que sa déception face à la réaction du jury en a été d'autant plus vive.
Dans le même temps, elle me disculpe en ajoutant qu'elle sait qu'un enseignant se doit d'encourager alors qu'un jury doit juger.
Je tente une explication : peut-être que, à la suite de nos rendez-vous de travail, elle s'est tellement appliquée à retenir le texte qu'elle en a oublié la prononciation, le rythme, le sens et que c'est pour cela qu'on a l'impression qu'elle restitue un texte en phonétique.
Je pense que je serais bien incapable de chanter cette chanson mieux qu'elle.
Je me dis : Pourvu qu'on ne s'aperçoive pas que je ne sais pas parler espagnol.

Rêve du 7 juillet 2015

jeudi 30 juillet 2015

Au hasard Cortázar 

Julio Cortázar est né "accidentellement", ainsi que le précisent toutes les notices biographiques le concernant, à Bruxelles, dans la commune d'Ixelles. Quinze ans plus tard, c'est là que naquit également Audrey Hepburn (le même jour mais trente-cinq ans avant que ma soeur aînée) mais aussi, six ans après elle : ma mère qui, trente-cinq ans plus tard me fit naître d'une manière que d'éventuels biographes pourraient qualifier d'"accidentelle" en Nouvelle Calédonie, moi qui, à quarante ans, suis allée habiter à St Gilles.

mercredi 29 juillet 2015

Voyage autour d'une (autre) chambre. 9 : Garder la chambre

Tarkovski a reconfiguré le monde, a donné vie à ce paysage, à cette façon de voir le monde. De nombreux paysages dépendent d'un artiste, d'un écrivain ou d'un mouvement artistique en particulier pour être beaux. Mais ce n'est pas seulement le monde naturel, éternel, immuable, qui nécessite cette espèce de médiation. Walker Evans nous a ouvert les yeux sur les bicoques précaires, les voitures démantibulées et les enseignes décolorées de l'Amérique des années trente. A cet égard, Evans a anticipé le rappel que Bresson s'est fait à lui-même dans Notes sur le cinématographe : "Rendre visible ce qui, sans toi, ne serait peut-être jamais vu." Un peu après, Bresson ajoutera un tour spécifique au cinéma à cette ambition : "Qualité d'un monde nouveau qu'aucun des arts existants ne permettait d'imaginer". Deux questions liées : Est-ce que je considèrerais si beau ce paysage de campagne, ces voitures abandonnées, ces poteaux télégraphiques inclinés et ces arbres sans Tarkovski ? Et : Un autre médium que le cinéma aurait-il pu lui donner vie ?
*Le livre de Geoff DyerZona : a book about a film about a journey to a roomun livre à propos du film Stalker de Tarkovski, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Zona. Un libro sobre una película sobre un viaje a una habitación. C'est de l'espagnol que je fais une traduction libre.

C'est trop tard, ai-je pensé à New York et depuis, je laisse les autres me montrer ce qu'ils voient,  sans sortir de ma chambre.




mardi 28 juillet 2015

Tuesday self portrait


-Vous trouvez que j'ai une tête de directrice ? ajouta la femme et comme Sadie n'avait, de toute évidence, aucune intention de lui répondre, elle continua pour elle-même : 
-On pourrait se tromper et me prendre pour la directrice, parce que je suis corpulente et les gens forts ont cet air-là; de plus, j'ai l'âge qui pourrait convenir. Mais ce n'est pas moi qui dirige ici, je ne dirige d'ailleurs rien nulle part. J'ai beau avoir un crâne autoritaire, je suis plutôt du type français. J'aime mieux m'amuser que donner des ordres. 
-Française… fit Sadie, hésitant. 
-Pas Française, corrigea la femme, de type français -avec un peu de sang français quand même.  
Jane Bowles. Plaisirs paisibles

lundi 27 juillet 2015

Locavores (fragments d'insularité)

La cuisine est un travail manuel, avec une emphase sur travail. La plupart des gens n'ont pas le temps ou l'envie de cuisiner. Mon coeur sursaute quand, au supermarché, je vois ces couples avec deux salaires, hésitant devant les rayons de plats cuisinés, prêts pour le micro-ondes. Et je me souviens de l'année où j'ai habité à Los Angeles, où les ingrédients pour ma fressure se trouvaient seulement dans le grand marché mexicain ou au supermarché, dans le rayon alimentation pour chien. Et dans l'unique poissonnerie du marché biologique de Santa Monica, la morue se vendait exclusivement en tranches parce qu'un poisson entier aurait été une énigme insoluble pour les clients. 
Traduction libre de Lluvia roja de Cees Nooteboom
toute l'année
nous mangeons
l'île



dimanche 26 juillet 2015

Littérature comparée

Et toi -j'ai dit- tu parlerais de quoi si tu avais à l'écrire, ce billet ? Du jour -tu as dit- du jour où, tu sais, il me restait le temps d'un aller-retour à la mer pour y piquer une tête ou de rester dans la chambre où j'étais avec toi et… , tu sais ? Oui -j'ai dit- j'avais pensé à parler de ce jour-là, où, à la mer, tu as préféré la chambre.

Mais, finalement, c'est d'un autre jour que je vais parler. Un jour où tu as mis tes lunettes pendant que j'enlevais les miennes car nous avions chacun un livre. Toi : "Quand je vous ai connu, vous m'avez dit que vous vouliez à la fois être Spinoza et Stendhal. C'était un assez joli programme. Commençons par les choses que vous écriviez quand je vous ai connu. Pourquoi était-ce ça que vous écriviez, comment est-ce venu ?" (1) Moi : "Elle ne lisait pas vraiment. Elle feuilletait nerveusement, rageusement, distraitement, les pages d'un petit volume elle qui d'ordinaire, chaque fois qu'elle ouvrait le premier livre rencontré, s'y plongeait aussitôt tout entière avec le mouvement instinctif d'une créature aquatique rentrant en contact avec son élément naturel."(2) Lire en ta compagnie me fait, je crois, le même effet qu'à toi plonger dans la mer. Mais, si j'avais eu à choisir, moi aussi j'aurais préféré la chambre.  
(1) Simone de Beauvoir. Entretiens avec Jean-Paul Sartre
(2) Vladimir Nabokov. Ada ou l'ardeur

samedi 25 juillet 2015

Une maladie infantile

La mémoire est comparable à une longue nuit agitée. Au fur et à mesure que j'écris ceci, j'ai l'impression d'émerger constamment du sommeil pour saisir et retenir une image qui, je l'espère, va pouvoir entraîner dans son sillage un rêve entier et intact; mais les fragments demeurent fragments; l'histoire en son entier échappe toujours. 
Graham Greene. Une sorte de vie

Un soir à table, je leur révélai ou, plutôt, je leur dis car la révélation fut davantage pour moi d'apprendre qu'ils ne le savaient pas même si leur étonnement fut grand d'apprendre ce que je croyais qu'ils savaient de moi : or, oui, toute mon enfance jusqu'à peu près mon premier âge à deux chiffres fut marquée par le sceau d'une maladive timidité.
Au point que ma joie d'accompagner mon père pour des courses au stock militaire était diminuée de moitié par la terreur que j'éprouvais toutes les fois où il me hissait sur le charriot en me laissant le soin de le garder le temps d'aller chercher un article dans une autre travée et où je craignais que quelqu'un s'en empare et m'emmène dans le même mouvement sans que je puisse protester d'aucune façon puisque, même en des circonstances autrement plus anodines, il était rare que quiconque au-delà de mon cercle familial entende le son de ma voix.
Une autre fois, la timidité ne fut pas seule à me faire garder les lèvres hermétiquement closes : alors que j'accompagnai ma mère qui y accompagnait ma soeur, je redoutai durant toute la séance qui me parut d'autant plus longue, que le dentiste aperçoive, même de loin, une carie et veuille la soigner à tout prix sur le champ si jamais je ne faisais même qu'entrouvrir la bouche.



vendredi 24 juillet 2015

Le cabinet des rêves 237

Nous sommes dans l'appartement de M.
Nous habitons ensemble mais, manifestement, je viens d'arriver car je découvre les lieux.
Il vient d'y faire des travaux de peinture dans la pièce principale -il a repeint tous les murs en blanc- alors les radiateurs sont démontés et il y a du désordre mais les meubles, ainsi que les accessoires que j'aperçois- sont jolis et je me dis que, une fois que tout sera rangé, ça ne manquera pas de charme.
J'ai déjà dû passer une nuit dans l'appartement car, bien que je ne la voie pas, je sais que notre chambre a une fenêtre et que M. juge que c'est la meilleure pièce.
Or, je m'aperçois qu'il y a une autre chambre, au milieu du logement. Sans fenêtre, elle, puisqu'elle est au centre de tout, mais avec plusieurs encadrements de portes.
Un lit occupe le centre.
C'est une pièce neutre, sobre et qui m'enthousiasme.
M., cependant, m'avertit que (pour une raison dont je ne me souviens pas), c'est mieux qu'on dorme dans l'autre chambre.
Je pense (et je lui dis ?) que, dans ce cas, je pourrais, moi, m'en servir pour m'isoler, quelquefois.

Rêve du 5 juillet 2015

jeudi 23 juillet 2015

j'ai perdu la mémoire


de la dernière pluie
je me déserte

mercredi 22 juillet 2015

Voyage autour d'une (autre) chambre. 8 : Non, ma fille, tu n'iras pas voir La boum !

Comme tous les enfants, j'adorais les sables mouvants. Dans les films qui se passaient dans le désert, et spécialement dans le désert nord-africain durant la seconde guerre mondiale, la seule chose que j'aimais voir, c'était les tout-terrains et les hommes aspirés par le sable. Non parce que j'aimais voir les gens mourir mais parce que je ne concevais pas que quelque chose de semblable existe vraiment (évidemment, dans le Gloucestershire, où j'ai grandi, il n'y avait pas de sables mouvants et, pour ce que j'en savais, nulle part ailleurs en Angleterre), parce que ça n'avait pas de sens. En d'autres mots, je les adorais parce qu'ils étaient un phénomène exclusif du cinéma et de la télévision. Les sables mouvants étaient le cinéma.*

*Le livre de Geoff DyerZona : a book about a film about a journey to a roomun livre à propos du film Stalker de Tarkovski, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Zona. Un libro sobre una película sobre un viaje a una habitación. C'est de l'espagnol que je fais une traduction libre.

Plus tard, quand les gens de mon âge furent parents non, je ne les comprenais pas, ceux qui me disaient  de comprendre. Les Pokémons, évidemment, c'est nul !, les programmes télé destinés à la jeunesse trop violents ! mais il fallait que je comprenne, c'est de ça qu'ils parlaient tous dans la cour de récréation et si, dès maintenant leur enfant se sentait exclu, il n'avait pas fini, hein ?!
Non, je ne comprenais pas. 
Le lapidaire Les autres font ce qu'ils veulent ! de mes parents fut définitif. A neuf ans, je ne savais pas ce qu'était un camp de concentration et ils estimaient que j'aurais d'autres occasions d'être renseignée, plus tard et autrement qu'en regardant une série américaine douteuse. D'ailleurs, après le premier épisode, il ne fut plus question d'Holocauste à l'école. 
Si je me lassai rapidement du coup des sables mouvants, du cri de Tarzan, de la démarche de John Wayne, je me forgeai une solide culture concernant Gregory Peck, Robert Redford, Steve Mc Queen, Elizabeth Taylor et, des douze salopards, c'était John Cassavetes que je préférais. Mais, ni d'eux ni d'Arletty ou d'Alain Cuny je n'eus l'occasion de parler dans un couloir du collège. 
En revanche, pour les avoir entendues en boucle  dans la cour et les cours les lendemains de leurs multiples diffusions, je connais des répliques de La soupe aux choux, de toute la série des Gendarmes, de celle des Bronzés… autant de films que je n'ai jamais vus. 

mardi 21 juillet 2015

Tuesday self portrait

Je me souviens encore de l'après-midi où notre professeur d'espagnol s'est tournée vers le tableau et a écrit les mots épreuve, vendredi, prochain, Madame, Bovary, Gustave, Flaubert, français. A chaque mot s'alourdissait le silence et, à la fin, on entendait seulement le triste crissement de la craie. Jusqu'alors nous avions déjà lu de longs romans, presque aussi longs que Madame Bovary, mais, cette fois, le délai était impossible : nous avions à peine une semaine pour affronter un roman de quatre cents pages. 
(…) Madame Bovary était un des rares romans qu'il y avait chez moi, c'est ainsi que, la nuit même, j'ai commencé à le lire, suivant la méthode d'urgence que m'avait enseignée mon père : lire les deux premières pages puis les deux dernières et seulement alors, seulement après avoir découvert le début et la fin du roman, continuer à lire. Si tu n'arrives pas à finir, au moins tu sais qui est l'assassin, disait mon père, qui, apparemment, lisait seulement des livres dans lesquels il y avait un assassin. 
La vérité, c'est que je n'ai pas beaucoup avancé dans la lecture. J'aimais lire mais la prose de Flaubert me faisait simplement piquer du nez. Par chance, j'ai trouvé, la veille de l'épreuve, une copie du film dans un vidéo club de Maipú. Ma mère a tenté de s'opposer à ce que je le voie parce qu'elle pensait qu'il n'était pas adapté à mon âge et moi aussi, je le pensais ou, plutôt, je l'espérais car Madame Bovary me paraissait un porno, tout le français me paraissait porno. Le film était, dans ce sens, décevant mais je l'ai vu deux fois et j'ai rempli les feuilles de l'interrogation recto verso. Cependant, je n'ai pas eu la moyenne, de manière que, pendant pas mal de temps, j'ai associé Madame Bovary à cet échec et au nom du metteur en scène du film que la professeur avait écrit entre des points d'exclamation à côté de ma mauvaise note : Vincente Minnelli ! 
Jamais je n'ai eu à nouveau confiance dans les versions cinématographiques et, depuis lors, je crois que le cinéma ment alors que la littérature non (mais, bien sûr, je ne saurais comment le prouver). J'ai lu le roman de Flaubert longtemps après et j'ai l'habitude de le relire plus ou moins à l'époque de la grippe de l'année. Mon changement de goût n'est pas mystérieux puisqu'il se passe des choses semblables dans la vie de tous les lecteurs. Mais c'est un miracle que nous ayons survécu à ces professeurs, qui auront fait tout leur possible pour nous démontrer que lire était la chose la plus ennuyeuse du monde.  
Traduction libre de Lectures obligatoires in No leer (Ne pas lire) de Alejandro Zambra. 

lundi 20 juillet 2015

Géographie humaine (fragments d'insularité)

Quand les pirates de la réalité nous abandonnent sur une île, il convient de cacher dans notre veste un crayon et un carnet blanc. Parfois, ils nous aident plus qu'un livre. Il s'agit de regarder l'horizon et d'écrire, à l'ombre d'un palmier, ce qui nous vient à l'esprit, ce qui nous arrive, en nous regardant par la serrure de l'imagination. Ecrire, par exemple, que le jour est tranquille, que le soleil illumine l'écume argentée des vagues et que, sur l'azur de la mer, apparait la silhouette d'un bateau. Les voiles et les pages d'une nouvelle rédaction. 
Traduction libre de Luis García Montero.*

Ce sont les villes, les rues, les murs, les humains, qui me fournissent à l'infini de l'inspiration.
Je descends à Barcares au réveil comme à Lisbonne à la pastelaria.
Du café, je remontais mon carnet alourdi de descriptions.
Du rivage de pierre désert, rien que des sensations.

Le (manque de) sommeil que je lègue à la mer.
Le tout petit bruit des ailes des hirondelles. 
Les traces de sel que laisse le soleil en buvant l'eau sur ma peau. 
Ma légèreté de bois flotté. 
La monotonie du clapotis.
Mon maillot encore mouillé, au retour, à vélo.
*Cuando las piratas de la realidad nos abandonan en una isla conviene esconder en la chaqueta un lápiz y  cuaderno en blanco. A veces ayudan más que un libro. Se trata de mirar al horizonte y de escribir, a la sombra de una palmera, lo que se nos ocurra, lo que vive con nosotros, mirándonos por la cerradura de la imaginación. Escribir, por ejemplo, que el día está en calma, que el sol ilumina la espuma plateada de las olas y que sobre el azul del mar aparece la silueta de un barco. Las velas y las páginas de una nueva redacción.
Luis García Montero. Una forma de resistencia.

dimanche 19 juillet 2015

Pensent-ils à ce qu'ils disent

vraiment, les Espagnols qui commandent

un petit chien chaud

???


Sans doute pas davantage que moi lorsque, jeune, je mangeais 
une tête de nègre

Et toi non plus, sans doute, tu n'as pas eu d'arrière pensée le jour où moi : Il restait du pain à la boulangerie ?, où toi : Juste 
un petit blanc

samedi 18 juillet 2015

HEURISTIQUE DU POULET

Je me souviens que, pendant longtemps, je ne suis pas allée à une course d'orientation sans emporter une cuisse de poulet froide et des cornichons.

Je me souviens d'un petit chat 

que j'appelais Poussin pour le distinguer de l'autre, plus âgé, qui vivait dans la même maison et que j'appelais Poulet ou Poulain alors qu'il s'appelle Pera. 






Je me souviens que, à aucun moment, je n'ai décidé d'arrêter de manger du poulet mais que, à un moment, j'ai pourtant arrêté de manger du poulet. 

Je me souviens que, un soir d'été à Bruxelles,  
j'avais vu des poussins se promener. 
Je me souviens avoir été déçue de ne pas savoir qui avait commenté mon billet
(Anonyme a dit…
Toi aussi, tu les as vus ? Devant le bâtiment ING, derrière le palais royal ?Surprenant… J'en ai caressé un au passage.
14 juillet 2011 20:20 )

Je me souviens qu'on m'avait expliqué que le plat Oyakodon signifie, littéralement :  parent enfant bol puisqu'il s'agit d'un bol de riz surmonté d'une garniture au poulet et à l'oeuf. Je ne me souviens pas si j'en ai mangé un jour. 

Je me souviens que j'ai plusieurs fois demandé à ma mère je me souviens que c'était toujours à ma mère que je posais ces questions pourquoi on appelait les policiers des poulets ou des hirondelles. Je me souviens de sa réponse concernant les hirondelles, pas celle des poulets.  
(dans la rue, à Bruxelles)

vendredi 17 juillet 2015

Le cabinet des rêves 236

Je suis avec G.
Nous sommes enceintes toutes les deux et nous en parlons en marchant dans le couloir de la maison au bout duquel il y a la chambre de J.M.
Nous voulons lui annoncer la nouvelle mais il nous interrompt : il a entendu notre conversation. 

Plus tard, je suis sur un balcon au premier ou deuxième étage avec M. 
Il y a du monde dans la rue. Notamment un homme jeune qui lit à voix haute un livre de Moumine en espagnol. 
On voit également un parapluie orné de chiffres colorés, comme issus d'un livre d'apprentissage pour les enfants. 

Rêve du 15 juin 2015

jeudi 16 juillet 2015

-Oui", répondit Ada. "Le mot d'ordre est : Détruire et oublier. Mais tu sais nous avons encore une heure avant le thé."*

La dernière fois que j'ai fait prendre la route à mes cartons, je pensais que le cubage de ma vie était 
définitif. 
Non
: le superflu, toujours, est provisoire. 
Jeter, toujours, me procure la même légèreté.

*Vladimir Nabokov. Ada ou l'ardeur.

mercredi 15 juillet 2015

Voyage autour d'une (autre) chambre. 7 : le déjà-vu

La caméra se déplace de l'Ecrivain sur le Professeur (avec son bonnet à pompon et la matière du manteau clairement mise au point) et sur Stalker et revient en arrière pendant que les trois scrutent les environs avec attention, perplexité, appréhension et, dans le cas de l'Ecrivain, l'insinuation d'une gueule de bois. Ce sont les visages -les expressions- des voyageurs n'importe où, depuis l'équipage de Colomb à la recherche des Amériques aux touristes dans un taxi entre l'aéroport et le centre d'une ville inconnue; du moins ceux de l'Ecrivain et du Professeur. Ils tentent de tout assimiler bien qu'ils ne soient pas sûrs que tout ce qu'ils voient diffère de ce qu'ils ont déjà vu ou de là où ils vont cesser d'être. Sincèrement, ils ne sont pas du tout sûrs que ce qu'ils voient mérite d'être vu, une sensation que tous, nous avons eue, en effectuant, hyperattentifs, le trajet universellement sans intérêt et désolé entre l'aéroport et la luxueuse promesse (hôtels, cafétérias) du centre urbain.*

*Le livre de Geoff DyerZona : a book about a film about a journey to a roomun livre à propos du film Stalker de Tarkovski, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Zona. Un libro sobre una película sobre un viaje a una habitación. C'est de l'espagnol que je fais une traduction libre.



Ça avait commencé à Tours. 
6 mois
3 ans
5 ans 
que j'y habitais et que toujours
au regard quotidien sur la ville
se superposait -à ma guise- 
ma toute première vision
et pas seulement celle du jour où j'y étais allée chercher un studio
mais celle encore d'avant 
de moi toute jeune fille
que la place Plum' avait émancipée. 

Alors bien sûr 
à Narita 
et sans savoir combien de temps
j'allais vivre là
dans la navette vers Tokyo
il me fallait tout voir
tout garder
mais le manque de sommeil
et pas seulement celui des douze heures d'avion
mais celui encore d'avant
m'avait assommée d'un coup
et jusqu'à Shinjuku. 

mardi 14 juillet 2015

Tuesday self portrait

L'oeil n'est qu'un organe grossier. On ne voit pas avec ses yeux (ou seulement un peu), mais avec sa langue, son oreille, sa mémoire des mots (peut-être bien aussi son odorat). Sans énonciation, pas d'éveil de l'image. Engendrés par des textes, donc, les tableaux engendrent eux-mêmes des textes, à l'infini, comme dans une énumération de générations bibliques. Montrer, décrire, énumérer, narrer, comparer, interpréter, juger. Toute image est déjà discours. Tout montage d'images n'est qu'un montage de textes. L'image d'une image est déjà une façon de lire. Lire l'Histoire, les mythes, les personnages, le paysage, les croyances, les objets, les couleurs pures ou mêlées, les corps nus, l'Enfer, le Paradis. Seule la jouissance des mots transcrit celle des images.
Alain Jaubert. Palettes

lundi 13 juillet 2015

La transhumance (fragments d'insularité)

"On dit que les insulaires tendent à croire qu'il n'existe d'autre réalité que la leur. C'est pour cela que les Anglais assurent que ceux qui conduisent du côté opposé c'est tout le reste du monde, pas eux. 

C'est peut-être pour cela aussi que nous, les Majorquins, pensons qu'il n'existe aucun meilleur endroit sur terre que notre île. L'insularité est une chose très étrange."  
Tomeu Seguí  (extrait -que je traduis librement- d'un recueil de témoignages d'auteurs Majorquins de bandes dessinées : Todo hombre es una isla y el diluante de tebeos, un islote -Chaque homme est une île et le dessinateur de bande dessinée, un îlot)
Sur l'autoroute de l'île
on dépasse
aussi 
des bateaux. 

dimanche 12 juillet 2015

SOUS LEURS PAVéS LA PLAGE :

policiers nordiques
actualités politiques
sagas historiques
romans érotiques
depuis qu'ils ont réservé leur chambre d'hôtel, ils ont pensé à ces jours qu'ils passent au bord de la piscine ou dans le sable, à en tourner les pages. 
Pendant ce temps, tu dresses une impatiente liste
 de 
films français, québécois, asiatiques 
d'essais philosophiques
tu attends l'hiver, 
ta saison de culture intensive. 

samedi 11 juillet 2015

Et puis en fait, non,


finalement, non, après cette fois-là, le petit blanc ne voulut plus retourner à la mer. 
Car c'eut été devoir à nouveau passer devant le champ où les molosses, même attachés, même éloignés, imposent des émotions de train fantôme à son coeur d'hirondelle. 
Alors, tous les soirs, il simule une enquête à mener, une piste à suivre, il prend des airs de détective affairé, chargé de rapporter des indices au plus vite à son patron* et me fait comprendre qu'il est temps de tourner les talons, de rentrer à la maison, de retourner au bureau, que, désolé mais je peux comprendre, quand même, il n'a pas que ça à faire que de m'emmener à la mer, lui. 

*

vendredi 10 juillet 2015

Le cabinet des rêves 235


J.C. est invitée (à l'improviste, je crois) à manger chez mes parents (mon père est à table et j'ai l'air d'être la seule à savoir que, normalement, il est mort). 
Sur la table, il n'y a, cependant, que des chips goût saucisson et des tomates marinées, préparées quelques jours avant par ma soeur et auxquelles je trouve une saveur bizarre, comme si elle n'avait pas enlevé la marinade à temps. 
Ma mère déplore, en se tournant vers mon père, qu'il y ait si peu de produits destinés aux végétariens à Auchan. 

Rêve du 15 juin 2015

jeudi 9 juillet 2015

La vie des pages (22)

Sur les tables 
les nouveautés
 Sur ma table
un café
Souvent j'y vais
en hiver, en été
mais j'aime, aussi, les rencontres inattendues, dans les bibliothèques de hasard, avec des livres qui, je crois, n'attendent plus personne
Il ne pouvait reprocher leurs terreurs à ces gens : il faut ne croire à rien pour n'avoir pas peur de la grande brousse, la nuit. Rien dans cette forêt qui puisse captiver un esprit romanesque. Elle est complètement vide. Elle n'a jamais été humanisée, comme le furent les bois en Europe par des enchanteurs, des charbonniers et des chaumières de frangipane; personne ne s'est jamais promené sous ces arbres en pleurant sur un amour perdu, personne n'y a écouté le silence et n'a communié avec son coeur comme le firent les poètes "lakistes". D'ailleurs, on n'y trouve jamais de silence; ici, lorsqu'un homme désire se faire entendre la nuit, il faut qu'il élève la voix pour dominer le perpétuel crissement des insectes, comme s'il était au milieu de quelque montreuse usine où des milliers de machines à coudre seraient activées sans répit par des myriades d'ouvrières besogneuses. Pendant une heure environ seulement, dans la pleine chaleur de midi, le silence règne, les insectes font la sieste.
Mais si, comme ces Africains, l'on croit à quelque sorte de divinité, n'est-il pas tout aussi possible qu'un Dieu existe dans ces régions solitaires que dans les espaces vides du ciel où les hommes l'ont une fois pour toutes logé ? Il semble aujourd'hui vraisemblable que ces bois demeureront inexplorés plus longtemps que les planètes. Les cratères de la lune sont déjà mieux connus que la forêt voisine où l'on peut pénétrer, à pied, quand on le veut. L'odeur âcre et aigre de chlorophylle montant des végétaux en décomposition et de l'eau stagnante des marais s'abattit sur le visage de Querry comme le masque du dentiste. 
Graham Greene. La saison des pluies. Traduit de l'anglais par Marcelle Sibon. Editions Robert Laffont, collection "Pavillons"
et dont les publicités nichées dans les dernières pages me donnent des nouvelles de l'actualité éditoriale d'une année où j'étais loin d'être née, où de nombreux auteurs étaient loin d'être morts. 

COLLECTION "PAVILLONS"
dirigée par Armand Pierhal

La collection "Pavillons" compte aujourd'hui près de deux cents titres. Depuis le premier volume paru en 1945, elle s'est efforcée à la fois de rechercher la qualité et de stimuler chez ses lecteurs le goût de la découverte : le nombre des auteurs ne se compte plus qu'elle a lancés en France, de Graham Greene à Hans Hellmut Kirst et de Nino Buzzati à Betty Mac Donald. Le lecteur qui a lui-même le goût de la nouveauté aura toujours la possibilité de choisir entre des livres aussi divers que les romans hindous de Kamala Markandaya, Soldats inconnus, le grand livre du guerre finlandais de Vaïno Linna ou Celle qui court sur les vagues, la féerie du Russe Alexandre Grine. 

En 1960 "Pavillons" a publié notamment : 

Dino Buzzati
L'écroulement de la Baliverna 
nouvelles traduites de l'italien par Michel Breitman

Un recueil de contes allégoriques, psychologiques et humoristiques, où le réel se mêle au fantastique, par l'auteur du Désert des Tartares, qui est unanimement reconnu comme l'un des plus grands écrivains d'aujourd'hui. 
"Tout le grotesque et tout le pathétique de la vie moderne, évoqués avec une verve qui rappelle le meilleur Ionesco." L'Express. 


Tenessee Williams
La statue mutilée
nouvelles traduites de l'anglais par Maurice Pons

Onze nouvelles dont les héros sont "les maudits" qui peuplent l'univers familier du grand écrivain américain. 
"Un livre très chargé et très beau, scandaleux aussi, merveilleux." Claude Mauriac (le Figaro)



Budd Schulberg
Qu'est-ce qui fait courir Sammy ?
roman traduit de l'anglais par Georges Belmont

L'ascension rapide et prodigieuse d'un jeune arriviste américain qui, de garçons de courses qu'il était, finit par devenir, grâce à une activité fébrile et un certain manque de scrupules, un des plus grands producteurs de Hollywood. Une satire sociale des mielleux du cinéma américain dans la veine du Babbit de Sinclair Lewis. 

mercredi 8 juillet 2015

Voyage autour d'une (autre) chambre. 6 : H is for house

Cela n'a pas été un exemple d'amour au premier regard : la première fois que j'ai vu Stalker, cela m'a laissé un peu ennuyé et indifférent. Cela ne m'a pas submergé (pour le dire un peu stupidement : je n'aurais jamais pensé que, trente ans plus tard, je finirais pas écrire un livre dessus) mais c'est une expérience qui ne m'est pas sortie de la tête. Quelque chose m'est resté, à l'intérieur. A cette époque, je vivais à Putney et un jour, ma copine d'alors et moi nous promenions à Richmond Park. C'était l'automne et un oiseau survola la pente jusqu'à un groupe d'arbres, il battit des ailes et vola d'une manière qui m'a rappelé comment était entré en volant le deuxième oiseau, dans la vaste chambre de sable. Immédiatement, j'ai eu envie de retourner voir le film et, depuis lors, le désir de le revoir -encore et encore- ne m'a jamais quitté.
J'ai eu envie de le voir immédiatement mais cela n'était pas possible. J'ai dû attendre qu'il repasse au cinéma. Evidemment, c'est très pratique de pouvoir voir Stalker -ou au moins le consulter- à la maison, en DVD, chaque fois qu'on en ressent la nécessité. Mais cela me plait que mes visites dans la Zone restent à la merci de l'affiche des cinémas ou des programmes des festivals. A Londres ou dans n'importe quelle ville où j'ai habité, je consultais toujours le Time Out, le Pariscope ou le Village Voice avec l'espoir que Stalker passerait. Si c'était le cas quelque part, le voir se changeait en priorité, en événement qui conditionnait le reste de la semaine. Ainsi, la Zone demeurait spéciale, éloignée du quotidien (dont, en même temps, elle continuait à faire partie). Y arriver était toujours une petite expédition, un pèlerinage cinématographique.*

*Le livre de Geoff Dyer, Zona : a book about a film about a journey to a room, un livre à propos du film Stalker de Tarkovski, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Zona. Un libro sobre una película sobre un viaje a una habitación. C'est de l'espagnol que je fais une traduction libre.



Il y a ce qu'on aimerait ne jamais oublier. 
Il y a ce qu'on aimerait oublier à jamais. 
Il y a ce qu'on regrette d'avoir oublié.  
Il y a ce qu'on avait oublié avoir oublié. 

Ni madeleine ni thé, ce soir-là au studio mais un DVD emprunté de manière anodine, nonchalamment introduit dans le lecteur, un des courts (1) choisi au hasard dans le menu. 
Et, alors que je ne m'y attends nullement : 
un choc exactement de la même nature, une impression extrêmement forte que je reconnais pour l'avoir vécue à l'identique il y a 27 ans devant un film du même metteur en scène, la joie intense d'un moment poétique dont je sais qu'il est en train de s'imprimer dans ma vie, de s'imbriquer dans mon puzzle personnel. 
Et, dans le même temps : 
la stupéfaction d'avoir oublié (mais -depuis- quand ?) non pas le film qui m'avait procuré ce bouleversement (2) mais d'avoir oublié qu'il avait autant marqué mes années de formation, d'oublier de le compter dans mes grands films. (3) 

(1) 
J'ai rendu le DVD, au terme de la durée de mon emprunt. Pour écrire ce billet, j'ai cherché une copie de H is for house sur internet et, habituée à y trouver les choses les plus improbables, j'ai dû m'apercevoir que, cette fois, ce n'était pas si facile : Cette vidéo n'existe pas, disent la plupart des liens. 

(2) 
Je n'ai jamais revu Drowning by numbers. Il est bien trop tard à présent, il rejoint les chaussons aux pommes, le ragoût de mouton, les livres de Julien Gracq… dans la catégorie de ce dont je préfère garder un bon souvenir plutôt que de me confronter à la réalité peut-être décevante.   

(3)
"J'imagine que, pour n'importe qui, il est rare de voir ses grands films -ceux qu'il ou elle considère comme grands films- passé trente ans. Après quarante ans, c'est extrêmement improbable. Après cinquante, impossible." 

Addendum : quelques jours après avoir vu les films de Greenaway et pendant la rédaction de ce billet, une lecture qui fait écho.

mardi 7 juillet 2015

Tuesday self portrait

-Aimez-vous les plaisirs simples et paisibles ? demanda-t-elle avec gravité. 
Mr Drake se sentit fort soulagé lorsqu'elle eut parlé et ses joues reprirent leur teinte normale. 
-Donnez-moi une idée plus claire de ce que vous entendez par des plaisirs simples et je vous dirai mon sentiment, répondit-il sans se compromettre, et en se reprenant tous les trois mots car il était aussi consciencieux que timide. 
Mrs Perry hésita un instant. 
-Des plaisirs paisibles, je veux dire sans foule ni grands festins. 
Elle se creusa la cervelle pour trouver d'autres exemples. 
-Je veux dire des plaisirs ordinaires, comme ces pommes de terre rôties, plutôt que du whisky et des orchestres de danse. Ou bien un pique-nique mais pas de ceux où il y a mille choses en trop, que l'on finit par jeter dans le fossé. 
Jane Bowles. Plaisirs paisibles

lundi 6 juillet 2015

L'apprentissage du paysage (fragments d'insularité)

Comment ai-je pu penser qu'un jour je pourrais parfaitement maîtriser le paysage du voyage alors que

tous les jours
le ciel invente
une nouvelle géographie.

dimanche 5 juillet 2015

Baby's coming back to me (1)

Comment naissent les rituels ?
Combien de temps nous faut-il pour les reconnaître comme tels ? 
Combien de temps leur faut-il pour ne plus en être ?

La première fois ce fut fortuit : que je sois à la fenêtre de ce que tu nommes fort à propos mon donjon pendant que tu remontais à vélo la route depuis la mer (2) mais, ensuite, ce fut une sorte de rendez-vous : ce moment où nous agitions le bras, 
toi en bas
en haut moi 
et même depuis qu'il fait trop chaud au studio et que je reste à lire dans l'air brassé de la chambre,  je suis sûre que tu déposeras en rentrant, sur la table du goûter, ta petite récolte de pirate. (4)
(1)
C'est ce que chante Jarvis Cocker

(2)
C'est la même route que le petit blanc -adepte, lui aussi, des rituels- voulut dévaler dès le lendemain du jour où je l'avais emmené à la mer (4), tirant sur sa laisse tout en se retournant souvent pour vérifier que je parvenais à le suivre. 

(3)

(4)

samedi 4 juillet 2015

LA FIN DES SENTIMENTS

J'ai connu un garçon qui ne m'a jamais autant dit qu'il m'aimait que lorsqu'il a été bien sûr que je ne l'aimais plus. 
J'ai connu un homme qui croyait m'aimer mais ce n'était pas moi. 
J'ai connu un garçon qui m'a aimée parce que son meilleur ami m'aimait. 
J'ai connu des hommes qui et d'autres pas. 
J'ai connu un garçon qui m'a aimée au point d'écrire à mon père pour lui demander ma main. 
J'ai connu un garçon qui m'aimait parce qu'il aimait toutes les filles. 
J'ai connu un homme qui mais en fait non.
J'ai connu un homme qui s'aimait plus qu'il ne m'aimait, moi. 
J'ai connu un garçon qui m'aimait mais je ne le savais pas. 
J'ai connu un garçon à qui je n'ai pas dit que je l'aimais parce que je n'étais pas sûre qu'il allait répondre moi aussi. 
J'ai connu un garçon dont on pensait qu'il m'aimait mais dont je savais, moi, qu'il aimait les garçons. 
J'ai connu des garçons qui avaient cessé de m'aimer mais qui ne le disaient pas. 
J'ai connu des garçons dont les mères ne m'aimaient pas. 
J'ai connu un homme dont la femme ne m'aimait pas. 
J'ai connu des hommes. 
Merci, encore merci, à tous ceux qui ont répondu (ou répondront : elles restent à disposition) aux enquêtes sentimentales et à 
Amélie, Franck, Robin, Emmanuel... et Nicole, J., Magalie, Jean-Yves, Wictoria, Sandrineet Sébastien, Cat et Phil, Chantal, Drolma Japon, JM, Denise, ainsi qu'à l'homme le plus sentimental… et au gros jaune 
qui y ont prêté leur voix.  

vendredi 3 juillet 2015

Le cabinet des rêves 234

Nous entrons dans un restaurant, je regarde le menu et je demande à M :
-Qu'est-ce que c'est, des sèches prévoyantes ?
-Ah ! ça, c'est parce que c'est bientôt Noël alors quand le cuisinier prend un peu d'avance et prépare les sèches en avance, on les appelle comme ça.

Rêve du 9 juin 2015

jeudi 2 juillet 2015

L'anniversaire du reste de la vie

Sa voiture s'appelait George (1), sa caravane Rocinante (2), leur combi Wolkswagen Fafner (3), quant à moi, au volant de la Fourgonnette, imprégnée de leurs récits et impressions de voyages, le coude à la fenêtre, traversant le paysage sec et chaud de l'île, sur fond de parfaite bande son, je ne pensais plus du tout à ma destination. 
C'est au retour que j'ai vraiment réalisé. 
Cette incursion si exceptionnelle dans le monde hypermarché et climatisé où, descendant de la voiture surchauffée, j'avais introduit une pièce d'un euro dans la fente du caddie ergonomique et facile à manoeuvrer dans lequel j'avais déposé quelques articles que les doigts manucurés de la jeune caissière avaient à peine effleurés m'a fait me souvenir du temps où les charriots lourds et métalliques étaient éparpillés sur tout le parking, qu'un employé était payé pour les rassembler en longues très longues et bruyantes files, où les caissières apprenaient par coeur le clavier caché sur lequel elles tapaient les codes et les prix des articles étiquetés, m'a fait me souvenir que j'avais bien connu le vingtième siècle. 
C'est au retour que j'ai vraiment réalisé que, à un jour près, cela faisait dix ans que j'avais quitté ma vie d'avant, cette vie d'avant l'île, d'avant Lisbonne, d'avant Bruxelles, d'avant Tokyo, quand j'avais dans la poche une clé de voiture, un jeton de caddie, une liste de courses, à mon chevet un réveil à heure fixe, à mon doigt une alliance. 
Dix ans qui, je le mesure maintenant, m'ont changée bien davantage que les trente-cinq précédents. 

(1)

Un été, alors que nous lisions tous les premiers volumes que Mme Karénine consacrait à la vie palpitante de George Sand, nous avions une grande voiture spectaculaire qui démarrait toujours avec brio, pour tomber en panne dès la première montée, et nous la baptisâmes "Alfred de Musset", tandis que la petite mais infatigable machine qui remplaça "Alfred" fut naturellement nommée "George". Mais c'était le temps où les cartes routières contenaient des indications de pentes soigneusement racées comme des feuilles de température, et même "George" renâclait parfois devant l'état des routes autour de Lenox; je me souviens en particulier d'une nuit d'été où Henry James, Walter Berry, mon mari et moi restâmes assis au bord du chemin presque jusqu'à l'aube pendant que notre chauffeur essayait de persuader "George" de nous ramener au Mount.
Edith Wharton. Les chemins parcourus.


(2)
J'ai pensé que je pourrais écrire un peu en route, peut-être des essais, probablement des notes et sûrement des lettres. J'ai pris du papier, du papier carbone, une machine à écrire, des crayons, des carnets. Non seulement cela mais aussi des dictionnaires et une encyclopédie abrégée et une douzaine de livres de référence plus gros. Je crois que notre capacité à nous mentir à nous-même est sans limite. Je savais très bien que je ne prends que rarement des notes et que, si je le fais, ou je les perds ou je ne peux pas les relire. Je savais aussi, après trente ans de pratique que je ne peux pas écrire à chaud. Il faut que cela fermente. Je dois faire ce qu'un ami appelle "tourner en rond". Et, en dépit de cette connaissance de moi-même, j'ai équipé Rocinante avec le matériel suffisant pour écrire dix volumes. Qui incluait également 60 kilos de ces livres que je n'arrivais pas à lire… et je ne serais pas capable de le faire en voyage, évidemment.
Le livre de John Steinbeck, Travels with Charley a été traduit en espagnol par José Manuel Álvarez Flórez. C'est cette version que je traduis librement. 



(3)
"Un jour de mai 1982, Julio Cortázar et Carol Dunlop prennent l'autoroute du Sud en direction de Marseille. C'est le début d'une aventure et d'un jeu merveilleux, à la limite de la légalité, qui se déroulent pendant trente-deux jours sur l'A6. Les protagonistes sont l'écrivain, sa compagne et un vieux Combi Volkswagen, rebaptisé pour l'occasion Fafner, comme le dragon légendaire de Wagner. 



mercredi 1 juillet 2015

Voyage autour d'une (autre) chambre. 5 : l'évaluation de compétences

Dans le récit de Kenzaburo Oé (1), monsieur Shigeto commente "l"excellente interprétation du chien dans cette scène". Son épouse est d'un autre avis : "Une bonne interprétation, de la part d'un chien, est une simple coïncidence, à l'exception de chiens stars comme Lassie ou Rintintin et même leur comportement n'était pas une interprétation au sens propre puisqu'ils avaient toujours le même rôle." La dame se fait écho de l'opinion de Béla Balázs qui affirme que "les plantes et les animaux ne jouent pas pour le metteur en scène". Si c'est vrai, cela correspond aussi à ce que Tarkovski exigeait de ses acteurs humains. Donatas Banionis -Kris, dans Solaris- était gêné par le manque d'intérêt du metteur en scène pour la motivation psychologique des personnages et ses exigences que ceux-ci avancent un nombre précis de pas ou restent immobiles un nombre déterminé de secondes. Pour Banionis, cela n'était pas jouer mais "se poser" ou "compter un, deux, trois". Les chiens ne savent pas compter mais celui-là fait tout ce qu'on lui demande, comme le pion du cinéaste sur un plateau de jeu, agitant la queue, accompagnant Stalker, sa femme et sa fille. On présume que si le chien était entré dans la Chambre, il aurait voulu rester comme ça, avec sa vie facile de chien. Ou peut-être pas. Peut-être qu'il se sentait seul, errant dans la Zone, et, entrant dans une chambre sans savoir que c'était la Chambre, il se voyait accordé son plus grand désir : être adopté par une bonne famille humaine qui l'emporterait chez elle. (Ce serait trop cynique de suggérer que son plus grand souhait serait de devenir une star canine de cinéma, n'est-ce pas ?)*
J'ai fait office de psychologue pendant les trois semaines qu'elle a passées chez nous. 
Cependant, ne souhaitant pas que la thérapie de cette jolie majorquine se limite à des séances de caresses consolantes et de léchage abondant de mes mains, j'ai transformé sa présence en séjour linguistique. 

Les tentatives de bilinguisme menées sur les bêtes se sont vite avérées limitées. 
Le gros jaune (2), en effet, panique dès que je blague, dans le doute bat de la queue à tout propos, attend que son maître lui traduise ce que je viens de lui dire
Quant au petit blanc (3), il n'entre dans aucune catégorie d'aucun panel, ne peut être considéré comme sujet d'étude : après s'être fait passer pour le chat, il picore son repas dans ma main, à la manière d'un oiseau mais son cerveau est sans doute encore plus petit que celui d'un moineau. Il ne comprend que les sons : de sa laisse, de la porte, des croquettes.  

Les conclusions de l'immersion d'un chien lambda dans un contexte linguistique francophone sont les suivantes : 
les compliments ont été immédiatement -et sans doute durablement- maîtrisés. 
Les structures négatives étaient en cours d'acquisition. 
L'usage de l'impératif n'a, à aucun moment, été compris. 

*Le livre de Geoff Dyer, Zona : a book about a film about a journey to a room, un livre à propos du film Stalker de Tarkovski, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Zona. Un libro sobre una película sobre un viaje a una habitación. C'est de l'espagnol que je fais une traduction libre.


(1)
Nous continuions imperturbablement, Monsieur Sigetô en tête, à parler de Stalker, et alors que nous étions revenus sur la séquence où le guide retourne vers son appartement en portant sa fille sur ses épaules, comme Monsieur Shigetô chantait les louanges du jeu du chien, il y eut tout un échange entre lui et sa femme. Pour elle, en dehors de quelques vedettes de téléfilm comme Lassie ou Rintintin -et même dans ces cas, elle suggérait que dans la mesure où leur rôle était strictement défini, on ne pouvait guère parler de jeu-, si un chien se trouvait bien jouer, ce ne pouvait être qu'un pur hasard. Révélant, de manière tout à fait inattendue, une culture cinématographique si riche qu'elle en paraissait anarchique, elle entreprit de citer toutes les scènes célèbres dans lesquelles intervenait un chien, et il était comique de constater qu'elle était parfois amenée ainsi à corroborer l'opinion de son mari.
Celui-ci, bientôt, essaya de tirer une conclusion de leur discussion.
"En somme, il n'y a peut-être pas de films où les animaux aient un jeu réfléchi de part en part en dehors des dessins animés de Disney. A propos, Betty Boop était à l'origine un chien mâle. Je l'ai vu dans un film montré par un collectionneur en projection privée.
-Donc, tu es d'accord avec moi. Mais il y a une chose qui m'a échappé, c'est la raison pour laquelle tu fais intervenir Betty Boop dans le débat", dit sa femme satisfaite dans l'ensemble, mais en présentant malgré tout une objection partielle.
Kenzaburô Ôé. Une existence tranquille.

(2)


















(3)