mardi 31 mars 2015

Tuesday self portrait

Il y en a qui sont signés par des écrivains qui ne purent recevoir aucun duché, aucune charge ni aucun titre du roi Felipe ni du roi Juan ensuite, parce qu'ils étaient morts prématurément, comme les jeunes suicidés Richard Middleton et Hubert Crackanthorpe. Le premier était un homme au grand talent revêche qui finit par se tuer au chloroforme à vingt-neuf ans, au numéro 10 de la rude Joncker de Bruxelles, en 1911, sans avoir encore publié le moindre livre (cela commença à se faire en 1912). De lui, l'archiduc Machen a écrit ceci : "Il était impatient, il ne voulait pas attendre, il ne pouvait pas se détendre… Je ne me rappelle pas l'avoir entendu rire; pas ouvertement ni généreusement, avec délectation… D'une façon générale, son humour était teinté d'amertume." Et selon un des contemporains qui l'avaient assez fréquenté, Middleton mit fin à ses jours par pure "haine de la vie", qu'il appelait "le mal intolérable". Près de la bouteille de chloroforme, il laissa une petite carte en travers de laquelle était écrite cette phrase : "Les esprits brisés et contrits, Tu ne mépriseras." Le second, d'un talent moindre, et réaliste, et d'un caractère plus paisible, se jeta pourtant dans la Seine en 1896, à l'âge de vingt-six ans, pour des raisons plus circonstancielles que de principe, après que sa femme fut partie avec un autre homme. Son cadavre ne fut retrouvé que des mois plus tard, et il était semble-t-il si défiguré que son frère ne put l'identifier que grâce à ses boutons de manchette. Ils étaient tous les deux très francisés, Middleton était un sectateur strict de Baudelaire, Crackanthorpe de Maupassant. A propos de la mort parisienne du dernier, un journal anglais alla jusqu'à affirmer que cela avait été "le châtiment de Dieu pour avoir adoré des idoles françaises".
Javier Marias. Dans le dos noir du temps

lundi 30 mars 2015

Lille (fragments d'insularité)

Quitter Lille pour aller vivre sur une (autre) île c'était tourner le dos aux autoroutes, échanger une clé de contact contre une clé d'antivol. 
Après cela, je n'ai plus conduit que pour déménager.
C'est sans doute pour cela que je n'avais jamais vu avant de vivre ici cette voiture qui porte le nom d'une (autre) île. 

dimanche 29 mars 2015

"Está aqui um "franciu" a dizer umas coisas que não se comprende nada !"

Lisbonne était dans l'air de ce vendredi, au parc. 
Et pas seulement parce que Portugal de Cyril Pedrosa alourdissait mon sac mais plutôt parce que les fraises achetées le matin même au marché parfumaient le tien et que, comme ce jour-là tu avais rincé les cerises à un point d'eau du cimetière
tu allas à la fontaine les laver, ce qui me fit une fois de plus penser que je n'avais rien à envier à Meryl Streep

samedi 28 mars 2015

Une enquête sentimentale

Vous est-il arrivé
souvent
rarement
jamais
de tomber amoureux d'une personne sans le lui dire ?
Avez-vous déjà porté des bretelles ?
Combien d'heures êtes-vous capable de dormir d'affilée si on ne vous réveille pas ?
Vous est-il arrivé d'être victime d'un canular ?
Avez-vous déjà été témoin d'un vol ?
Jouez-vous 
souvent
de temps en temps
jamais
au ping pong ?
Avez-vous déjà acheté un disque à un artiste de rue ?
Sautez-vous 
souvent
rarement
jamais 
des pages d'un roman que vous lisez ?
Avez-vous déjà fait le mur ?
Vous arrive-t-il de passer une journée sans être informé de l'actualité ?

ICI, des voix sentimentales

vendredi 27 mars 2015

Le cabinet des rêves 220


J'accompagne mon père à Auchan pour faire des courses. 
Après avoir garé la voiture, il s'éloigne immédiatement pendant que je m'attarde (pourquoi) sur le parking, après avoir claqué ma portière. 
Je m'aperçois non seulement que j'ai laissé mon sac et mon manteau sur le siège passager mais que je ne parviens pas à ouvrir la porte (je ne crois pas avoir la clé, je pense que j'essaie de l'ouvrir avec une pièce de monnaie). 
Un instant, je pense laisser mes affaires et rejoindre mon père mais, aussitôt après, je pense au risque de vol, et qu'il est plus raisonnable de retrouver mon père pour lui demander la clé. 
Alors que je marche vers le magasin, je me fais aborder par une femme qui est en train de fouiller dans son sac qu'elle tient serré devant elle pendant qu'elle me demande si je n'ai pas quelques francs
Il fait très sombre sur le parking, j'ai un peu peur, je pense que c'est peut-être une arme qu'elle va sortir de ses affaires. 
Malgré tout, je continue d'avancer -ou, plutôt, je recule. Enfin, je m'éloigne d'elle à reculons- et je lui dis que ça fait longtemps que les francs n'existent plus. 
Elle referme son sac sans rien en sortir et continue son chemin. 
Moi, je m'aperçois que mon père est occupé à la consigne des bouteilles et qu'il n'est pas encore entré dans le magasin. 
Je lui reconnais l'attitude qu'il avait quand il était concentré, je pense Il est aussi vieux que quand il est mort. 
Comme je lui explique mon problème, il me propose de me raccompagner à la voiture pour en ouvrir la portière mais je l'assure que je ne veux pas le retarder, je vais m'en sortir toute seule, il n'a qu'à me donner la clé. 

Rêve du 8 mars 2015

jeudi 26 mars 2015

La vie des pages (en nous)

Il ne s'agit pas seulement de relire un livre.
Il s'agit de relire un livre qu'on a lu quand les suivants n'étaient pas encore écrits, de le relire après avoir lu tout ceux qui ont suivi.
Alors, l'impression qu'on avait, jusqu'à présent, du même sillon creusé avec obstination se change en lecture d'anticipation.
Il s'agit de devenir lecteur omniscient.

Tout ce qui nous arrive, tout ce dont nous parlons ou qui nous est relaté, ce que nous voyons de nos propres yeux ou qui sort de notre bouche ou entre dans nos oreilles, tout ce à quoi nous assistons (et dont, par conséquent, nous sommes en partie responsables), doit avoir un destinataire extérieur à nous-mêmes, et ce destinataire nous le sélectionnons en fonction de ce qui nous arrive ou de ce que l'on nous dit, ou encore de ce que nous disons. Chaque chose doit tôt ou tard être racontée à quelqu'un -pas toujours à la même personne, pas nécessairement-, et chaque chose est mise en réserve comme on le fait lorsqu'on examine et qu'on élimine et qu'on attribue de futurs cadeaux un après-midi d'emplettes. Tout doit être raconté au moins une fois, même si, comme l'avait décrété Rylands avec toute son autorité littéraire, il y a un temps pour cela. Ou, en d'autres termes au bon moment et parfois pas du tout, si on n'a pas su reconnaître ce moment ou si on l'a délibérément laissé passer. Ce moment se présente (le plus souvent) de façon immédiate, pressante et sans ambiguïté, mais bien d'autres fois, il se présente confusément et seulement après des lustres et des décennies, comme c'est le cas pour les plus grands secrets. Quoi qu'il en soit, aucun secret ne peut ni ne doit être gardé à jamais envers quiconque, et il doit absolument trouver ne serait-ce qu'un destinataire une fois dans la vie, une fois dans sa vie de secret. 
Javier Marias. Le roman d'Oxford

mercredi 25 mars 2015

Dans de nombreuses espèces animales, la mue est le phénomène physiologique de renouvellement ponctuel de l'apparence externe, marqué par l'abandon des reliquats de l'ancienne. 

Cependant, à ranger/sortir toujours les mêmes habits, en hiver/en été, depuis des années, il me semble enfiler toujours la même peau, chaque saison un peu plus usée. 

mardi 24 mars 2015

Tuesday self portrait

Tant et si bien qu'un beau jour, pris d'une ardeur furieuse, celui-ci résolut de fabriquer une machine à composer des vers. Pour ce faire, Trurl commença par recueillir huit cent vingt tonnes de littérature cybernétique, ainsi que douze mille tonnes de poésie, et se mit résolument à l'étude. Lorsqu'il ne parvenait plus à digérer la cybernétique, il passait immédiatement à la poésie lyrique, et vice versa. Au bout d'un certain temps, il comprit que la construction de la machine proprement dite ne serait qu'une bagatelle en comparaison de sa programmation. En effet, le programme qui se trouve incorporé dans la cervelle du premier poète venu est l'oeuvre de la civilisation dans laquelle il a vu le jour. Cette civilisation elle-même a été engendrée par celle qui l'a précédée, laquelle à son tour est le fruit d'une civilisation antérieure, et ainsi de suite jusqu'au commencement de l'univers; en ce temps-là, les informations se rapportant au futur poète gravitaient encore de façon chaotique à l'intérieur du noyau de la nébuleuse primitive. Ainsi donc, afin de programmer la machine, il fallait pouvoir répéter au préalable, sinon l'évolution du cosmos tout entier, du moins une bonne partie de celle-ci. Tout autre que Trurl eût reculé devant pareille tâche, mais notre vaillant constructeur ne songea point un instant à capituler. Il commença par confectionner une machine à simuler le chaos, et l'esprit électrique planait en son sein au-dessus des eaux électriques -puis il ajouta le paramètre de la lumière et celui des nébuleuses primitives, s'approchant ainsi peu à peu de la première période glaciaire. Or tout cela fut possible grâce au fait que la machine parvenait à simuler en cinq milliardièmes de seconde cent septuplions d'événements différents en quatre cents octillions de lieux à la fois. Et si, par hasard, l'un d'entre vous estime que Trurl s'est trompé quelque part, qu'il refasse donc lui-même tout le calcul. 
Stanistas Lem. La cybériade.

lundi 23 mars 2015

L' (a)ile (fragments d'insularité)

-Marga Meliá : 
Dans Veu de Mar, le livre que Emilio Garrido a écrit sur toi, on affirme qu'à Majorque, tu t'es toujours sentie un peu incomprise pour avoir quitté l'île, c'est vrai ?
J'ai été beaucoup critiquée, on m'a dit que mon accent avait changé... (Elle rit) Mais ma carrière a été possible grâce au fait d'avoir vécu en Catalogne. Je n'aurais pas pu faire tout ce que j'ai fait en restant à Majorque. C'est un lieu trop petit, trop fermé : on doit en sortir, respirer et apprendre à en avoir la nostalgie. J'ai une maison à Majorque et j'y vais souvent. (Elle sourit)

Marga Meliá. Soportando el paraíso. Conversaciones con veinte artistas mallorquines.
En guise de remède à l'insularité
on m'a très vite conseillé
de quitter l'île régulièrement
même peu de temps
mais je crains alors
que le désir d'en partir
soit plus fort
que celui d'y revenir. 

dimanche 22 mars 2015

Book of days

Il y a des cerveaux qui sont des centres cérébraux perpétuellement sur le qui-vive -sous les lampions toujours allumés des sens- dont les circonvolutions se croisent comme les carrefours des avenues new-yorkaises. Il y a des esprits calmes, mais travailleurs, comme un village de pêcheurs. Ils aiment les pauses ensommeillées (Descartes dormait onze heures par jour), mais quand ils se réveillent, ils jettent leurs nasses dans la réalité et attendent patiemment d'attraper quelque chose. Il y a des esprits qui étaient des esprits mais se sont décatis, ont gaspillé les pensées qui les habitaient, les ont laissées s'entasser sous le sable des secondes, se transformant en pensées de musée visitées par de rares pensées-touristes. 
Sigismund Krzyzanowski. Rue Involontaire
Ta toute première visite au libraire qui fut le mien ressemblait, après mes récits, à un pèlerinage.
Tu lui dessinas mon portrait en trois auteurs et partis avec un autre, que je ne connaissais pas mais que je n'aurais pas mieux choisi. 
Tu feuilletas le livre au café, me dis-tu, où tu y improvisas une dédicace dans une posture que je te connais tant : 








Avant même de me l'offrir, tu avais déjà envie de le lire, me dis-tu. 
Je l'ai fini et il t'attend. 

samedi 21 mars 2015

Une enquête sentimentale

Y a-t-il (eu) un grenier dans votre vie ?
Avez-vous le sens du rythme ?
Quand vous écoutez de la musique, la choisissez-vous pour conforter votre humeur du moment ou en changer ?
Vous est-il arrivé de recevoir un télégramme ?
La météo influence-t-elle 
beaucoup
un peu
pas du tout
le déroulement de vos journées 
?
Vous arrive-t-il de penser que des "forces mystérieuses" encouragent  ou, au contraire, empêchent vos actions ?
Êtes-vous animé par une/des passion(s) ?
Avez-vous un siège préféré ?
Commettez-vous 
souvent
parfois
jamais
des erreurs d'achat 
?
Avez-vous une bonne mémoire olfactive ?
ICI, des voix sentimentales

vendredi 20 mars 2015

Le cabinet des rêves 219


Nous sommes à la table de la cuisine, J.M. est en face de moi. 
Il a les cheveux courts et bouclés d'un côté. 
De l'autre : des petites fleurs jaunes et blanches (du type pâquerettes) ainsi que des feuilles très vertes, petites. 
Je crois d'abord qu'il s'agit d'une décoration mais je m'aperçois qu'il s'agit vraiment de sa chevelure. 
Je trouve ça vraiment beau. 
C'est le matin et il va partir retrouver ses amis. 
Je pense qu'il vaut mieux ne pas lui faire remarquer, qu'il ne va pas avoir l'occasion de se regarder dans une glace avant de s'en aller et que, s'il se voyait, il pourrait se sentir ridicule, avoir envie de tout couper alors que ça lui va tellement bien. 

Rêve du 2 mars 2015

mercredi 18 mars 2015

Le temps de l'avent

en réalité, je sais d'où je viens.
Je viens d'un temps où habiter de l'autre côté de la terre rendait précieuses les voix de mes grand-mères tellement elles étaient chères. 
D'ailleurs : 
quand ces voix me sont-elles devenues familières, 
quand me suis-je habituée à elles malgré l'éloignement, 
quand n'ai-je plus fait attention à leur accent
?
Car : 
il est arrivé tôt dans ma vie ce paradoxe de l'accent 
dont on me disait que c'était moi qui l'avais
alors que c'était dans la langue des autres que moi, je l'entendais
Je viens d'un temps ancien où l'on pesait ses mots afin de connaître le prix de l'envoi. 
S'il y a une préhistoire à ce que nous sommes, la mienne est là :
malgré les offres des opérateurs, je suis de l'ère de l'écrit et ma mère, dont je n'entends la voix que quelquefois, m'a dit qu'elle relisait mes lettres. 

Mais, l'autre fois, j'ai compté les semaines et de conclure par je te raconterai a joyeusement rendu très proche le jour d'aéroport où nous pourrons nous parler de vive voix.   

Déterminisme du paysage


Tu aurais dû écrire une lettre que quelqu'un aurait pu vraiment recevoir me dit l'enfant, les mains dans l'eau de la vaisselle, que je vis à la cuisine après qu'il eut goûté de banane et de purée de cacahouète, avant que, pour ma part, je tartine du pain de sésame et si je n'eus pas encore saisi les raisons de ce que d'aucuns auraient peut-être appelé mon échec, j'en aurais été, ainsi, éclairée. 
Six mois et demi ! fanfarona-t-il avant que j'aie terminé de compter mes doigts et d'ajouter ça me fait bizarre, c'est la première fois que je vis un truc comme ça plus de deux jours. Je l'informai que, dans ma langue, un truc comme ça se disait une histoire d'amour puis sortis marcher dans la poésie, certes un peu simpliste mais toutefois irrésistible du crépuscule, pensant qu'une brève remise à niveau serait suffisante avant que je recommence à lui donner des cours privés de coucher de soleil cet été. 

mardi 17 mars 2015

Tuesday self portrait

C'est à travers les relations avec autrui, et par leur intermédiaire, qu'on prend conscience de son propre vieillissement; soi même, on a toujours tendance à se voir sous les espèces de l'éternité. Certes, ses cheveux avaient blanchi, son visage s'était creusé de rides; mais tout cela s'était fait insensiblement, sans que rien vienne le confronter directement avec les images de sa jeunesse. Jed fut alors frappé par cette incongruité : lui qui avait réalisé, au cours de sa vie d'artiste, des milliers de clichés, ne possédait pas une seule photographie de lui-même. Jamais non plus il n'avait envisagé de réaliser d'autoportrait, jamais il ne s'était considéré, si peu que ce soit, comme un sujet artistique valable. 
Michel Houellebecq. La carte et le territoire

lundi 16 mars 2015

Mes festins (fragments d'insularité)

-Marga Meliá : 
Comment est la cuisine traditionnelle majorquine ?
On dit toujours qu'elle est très lourde, très grasse… Je ne suis pas d'accord. Il y a beaucoup de plats de notre cuisine qui sont végétariens comme la coca de verduras, les cocarrois, les sopas mallorcinas ou le tumbet. Nous avons une offre très variée mais quand on parle de cuisine majorquine, je ne sais pas pourquoi on l'associe immédiatement à une nourriture lourde comme la lechona al horno
(…) Majorque a toujours été une terre avec beaucoup de métissages, il y est passé beaucoup de monde et chaque culture a laissé sa trace. Je crois que c'est une bonne évolution et que ce métissage continue à nous enrichir. Ce ne sont pas des invasions, plutôt des influences que nous devons filtrer et adapter à nos goûts. Ce qui me paraît important, c'est que les gens, quand ils viennent dans mon restaurant, sachent clairement qu'ils sont à Majorque et nulle part ailleurs. Je ne veux pas faire une cuisine qu'on pourrait manger à New York ou à Tokyo ou à Paris, sans trop de personnalité et très cosmopolite. Je veux faire une cuisine que les gens identifient avec l'île et que, quand ils rentrent chez eux, ils se rappellent de ce qu'ils ont mangé à Majorque, de ce qu'ils ont goûté et qui leur a laissé quelque chose de l'essence majorquine… 

Marga Meliá. Soportando el paraíso. Conversaciones con veinte artistas mallorquines. 
Il y a des constantes. 
Les mots me régalent de ce que je ne mange pas. 
Ainsi : coca de patata

dimanche 15 mars 2015

Las cartas de amor

Faudra-t-il en prendre l'habitude ?, de devoir répondre autrement aux questions à peine après les avoir posées ? 
Ainsi, alors que je m'étais dit : Non !, en publiant l'enquête, le chat,  quelques jours après, m'avait forcée à admettre : Maintenant… si !
Cette semaine, il ne m'était venu à l'esprit aucun exemple précis me concernant. 
Pourtant, dès le lendemain, je me sentis étrangère comme rarement à la lecture des lettres primées au concours.
(

Entrega de premios del Concurso de cartas de amor

Sábado 14 Marzo 2015, 12:00

Cartes damorDile a la persona deseada las palabras mágicas... Éste 14 de marzo se premiaran las cartas de amor que han participado en la 10a edición del Concuros de Cartas de Amor






)
Ce n'était pas la langue qui me donnait ce sentiment : ma lettre* était écrite en castillan mais : alors ?
Alors : j'étais la seule à être amoureuse.  
*
M.,
en las fotos, nos ven juntos, el año de nuestro encuentro, 1985, riendo o mirando al océano Atlántico o tú sentado a mi lado y tengo un libro abierto.
Nuestra adolescencia nos hizo gustarnos el tiempo de un período de estancia deportiva, nos hizo encontrarnos de vez en cuando durante las competiciones, nos hizo escribirnos, nos hizo perdernos de vista.
El tiempo pasó.
Seguiste corriendo. 
Seguí leyendo. 
1985 era un recuerdo lejano. 
Hubo otras chicas, en tu vida, otros chicos, en mi vida. Luego una mujer, un marido. Luego separaciones.
Hubo otros países, en tu vida, otros países, en mi vida.
Dejaste de correr, empezaste a leer. 
Siempre leía, empecé a escribir. 
Empezaste a leerme. Y un día, me escribiste.

Ahora, vivo contigo en Mallorca, en las fotos, nos ven juntos, riendo o mirando al mar Mediterráneo o tú sentado a mi lado y tenemos un libro abierto.

Ahora, 
una vez a la semana
en Palma, 
una empanada, 
la biblioteca

contigo
quiero
todo
pero
sobretodo
te quiero


samedi 14 mars 2015

Une enquête sentimentale

Vous faites-vous rapidement une opinion des gens ?
Vous est-il arrivé d'être en conflit avec un de vos enseignants ?
Si vous ne l'êtes pas, pourriez-vous être gardien de phare ?
Parlez-vous 
souvent
rarement
jamais
à voix haute quand vous êtes seul ?
Y a-t-il une occasion où vous vous êtes particulièrement senti étranger ?
Vous arrive-t-il de penser que l'herbe est plus verte chez le voisin ?
Y a-t-il un endroit qui vous permet de vous ressourcer ?
Votre orientation scolaire a-t-elle été un problème ?
Avez-vous (eu) un grand-parent "préféré" ?
Y a-t-il une occasion où utiliser un téléphone portable vous a vraiment tiré d'embarras ?
ICI, des voix sentimentales

vendredi 13 mars 2015

Le cabinet des rêves 218

El imperio del miedo 
Durmiendo, nos vio. 
Helena soño que hacíamos fila en un aeropuerto igual a todos los aeropuertos y estábamos obligados a pasar, a través de una máquina, nuestras almohadas. 
En cada almohada, la almohada de anoche, la máquina leía los sueños. 
Era una máquina dectetora de sueños peligrosos para el orden público. 
Eduardo Galeano. Los sueños de Helena
L'empire de la peur. 
Dormant, elle nous vit.
Helena rêva que nous faisions la queue dans un aéroport pareil à tous les aéroports et nous étions obligés de passer, à travers une machine, nos oreillers.
Dans chaque oreiller, l'oreiller de la veille, la machine lisait les rêves.
C'était une machine détectant les rêves dangereux pour l'ordre public.
Nous sommes couchés, tous les deux sur le côté gauche. 
Un insecte très noir vole au-dessus de nous. 
Je le vois comme si je nous voyais de plus loin, comme si, en même temps que d'être couchée, je pouvais nous observer. 
Je ne parviens pas à dinstinguer de quel insecte il s'agit : sans doute que je ne porte pas mes lunettes. 
J'essaie de me rassurer en me disant qu'il doit s'agir d'une simple mouche mais je n'en suis pas sûre et redoute que ce soit un insecte plus dangereux. 

Rêve du 28 février 2015

jeudi 12 mars 2015

Agatha et moi

C'est en CM2, un soir de classe de neige (1), alors que je mangeais en face de lui, que Gilbert P. me fit vivre sans s'en apercevoir -je crois- et pour la première fois, une expérience qui -fort heureusement, même si elle est, somme toute, anodine et indolore- ne se reproduisit pas si souvent dans ma vie et dont je ne parlerai pas maintenant.
Gilbert P., sans autres exceptions que les prescriptions littéraires scolaires, ne lisait que des romans d'Agatha Christie. 
Non. Je recommence. 
Gilbert P., sans nulle autre exception que les prescriptions littéraires scolaires, ne lisait que les romans d'Agatha Christie. 
Je veux dire tous. Et plusieurs fois. Un vrai spécialiste. 
Pour ma part, je n'en avais lu aucun (2)Je n'étais spécialiste de rien. 
Le jour où on nous demanda d'imaginer une intrigue policière (3), nos rédactions nous valurent la même honorable note et, l'une comme l'autre, elles furent lues à la classe pour démontrer à tous que, réunies en une seule, la copie de Gilbert P. (4) et la mienne (5) en auraient donné une parfaite.  
Cette histoire a une morale, à défaut d'une fin. 
Car c'est à quelques kilomètres d'où Agatha Christie créa un de ses drames policiers (6) que, lentement, j'accomplis mon destin en écrivant tous les jours, sur rien. 

(1)
S'il y avait un petit logo dans mon cerveau comme sur le bureau de mon ordinateur, alors je saisirais avec la souris tout le dossier classe de neige et je viderais la poubelle immédiatement, qu'il n'en reste rien, que je n'aie jamais vécu cela ou, puisque c'est trop tard, que je n'aie plus jamais à m'en souvenir, s'il vous plait. Mais je ne sais pas à qui demander.

(2)
Plus tard mais quand ?, je m'y résolus, trouvai les Dix petits nègres mieux que ce à quoi je m'étais attendu. Puis, je m'arrêtai là.

(3)
Si nous ne devions pas en compter les mots, elle ne devait toutefois pas dépasser une copie double. Nous utilisions encore, à ce moment-là, des petits formats.

(4)
Il avait décrit un meurtre, évoqué les armes et les motifs, emmené l'enquêteur sur une fausse piste avant de lui faire, magistralement, démasquer le coupable.

(5)
J'avais décrit l'hiver, la soirée d'hiver, la cheminée crépitante à l'intérieur, le silence neigeux à l'extérieur, le moteur d'une voiture, assourdi. Il ne m'était resté que trois lignes pour planter là un cadavre auquel je n'avais plus eu le temps d'inventer un passé.

(6)


mercredi 11 mars 2015

Hier plus ou moins que demain

Je ne suis plus seule
En terrasse pourtant : seule seule, si.  
Je sonde leurs gestes, leurs regards, les inflexions de leur voix comme je sonderais leurs coeurs. 
Premières vacances ou dernière chance ?

mardi 10 mars 2015

Tuesday self portrait

Depuis longtemps il voyait dans les cheveux grisonnants un symptôme, un synonyme de tristesse intérieure, et il s'y était donc résigné comme à une fatalité -mais tout cela allait changer. Il referma la porte derrière lui. L'intérieur, qui embaumait l'après-shampoing, les lotions et les produits capillaires, avait l'air classique -pas le genre d'endroit où se faire teindre les cheveux dans une autre couleur qu'orange ou rouge vif vous reléguait parmi les ringards sans espoir. Il y régnait presque l'atmosphère d'une clinique ou d'un centre de remise en forme. Un homme à la chevelure brune informe -était-ce une astuce subtilement suggestive si les coiffeurs avaient eux-mêmes souvent l'air d'avoir besoin d'une coupe ? -lui demanda s'il avait un rendez-vous. 
"Non, je n'en ai pas. Mais j'aimerais savoir si vous n'auriez pas un trou là, maintenant…"
-Coupe plus shampoing ?
-Oui. En réalité, je me demandais…" Jeff se sentait aussi gêné qu'un personnage de roman des années cinquante en train d'acheter des capotes anglaises. "Serait-il possible, peut-être, de me teindre les cheveux ?"
Le gars, qui jusque là n'avait eu l'air que très peu intéressé, retrouva soudain toute sa motivation. 
"Oui, répondit-il. La teinture est un art, comme tout le reste. Nous le faisons exceptionnellement bien. On jurerait que c'est vrai. 
-Sylvia Plath, non ?
-Tout à fait."
Un coiffeur qui citait de la poésie. Eh bien, c'était vraiment un salon haut de gamme. Ou peut-être ce genre de truc était-il devenu courant dans ce coin de Londres. 
Geoff Dyer. Voir Venise, mourir à Varanasi

lundi 9 mars 2015

l'île sur l'île (fragments d'insularité)

La ville n'est pas loin, il est des endroits d'où l'on voit ses lumières la nuit, sa lumière plutôt, et le jour sa fumée. On distingue même, par temps très clair, les môles du port, des deux ports, ils avancent bras minuscules dans la mer vitreuse, on les sait à plat mais on les voit levés. On voit les îles et les promontoires, il s'agit seulement de se retourner au bon endroit, et la nuit bien entendu les phares, à feux fixes et tournants. Le ciel même bleu semble plus bas, vu de ce plateau, on a beau se raisonner, l'impression demeure. C'est là qu'on voudrait se coucher, dans un creux bien tapissé de bruyère sèche, et s'endormir, une dernière fois, un après-midi. Il ferait du soleil, la tête serait parmi la vie minutieuse des tiges et des corolles, on s'endormirait vite, on quitterait vite des choses charmantes. C'est un ciel sans oiseaux, quelques oiseaux de proie tout au plus, pas d'oiseaux-oiseaux. Fin du passage descriptif. 
Samuel Beckett. Mercier et Camier.
Il faisait si clair, ce matin-là, qu'on voyait Minorque du haut de la Talaya.
Le lendemain, il avait tant plu, tant venté 
: mes chaussures auraient pris l'eau
, je n'avais pas quitté la maison
.

dimanche 8 mars 2015

"Prenons par la rive gauche"


Les mots avec lesquels tu inauguras notre journée dans la ville sans fleuve, me firent penser à ceux que je t'avais lus plus tôt dans la semaine (1) mais aussi à ceux, beaucoup plus flous dans mon souvenir (2), de Pascal Quignard.
Ces mots suffirent à donner à nos pas l'impulsion de l'inattendu et c'est ainsi que l'on nous vit rencontrer S. (3), boire un earl grey au Rialto living, mais aussi parler du roi dans le plus improbable des endroits. (4)



(1)
Peu après, dans une des vieilles plantations françaises, la femme, ma cliente, me dit qu'elle a déjà oublié tous les autres fleuves mais qu'elle se souvient tout de même de la Seine, ainsi, nous parlons de la Seine un bon moment. Des ponts et des promenades à côté de l'eau et je me rends compte rapidement qu'il n'y a rien de plus triste que de parler d'un fleuve qu'on ne peut pas voir. 
Traduction libre d'un extrait de Tokyo ya no nos quiere de Ray Loriga.

(2)
Puisqu'ils concernaient le Léthé, faut-il s'en étonner ? Une fois rentrée, j'ai pu les relire ici.

(3)
Tu te souviens de lui ? me demandas-tu une fois que nous l'avons eu quitté.
Oui, je m'en souvenais : tu m'avais dit ne plus l'avoir croisé depuis des années, tu m'en avais parlé le matin de la nuit où tu avais rêvé de lui

(4)

samedi 7 mars 2015

Une enquête sentimentale

Avez-vous 
souvent
rarement
jamais 
l'impression de vous noyer dans un verre d'eau 
?
La mélancolie vous est-elle familière ?
Combien de professions avez-vous déjà exercées ?
Quel est le premier programme télévisé dont vous gardez le souvenir ?
Pratiquez-vous 
souvent
rarement
jamais 
l'ironie 
?
Avez-vous déjà rencontré des difficultés pour franchir une frontière ?
Êtes-vous davantage insensible ou trop sensible ?
Êtes-vous déjà allé dans un désert ?
Si non, êtes-vous tenté de le faire ?
Aimez-vous les visites guidées ?
Y a-t-il une tâche ménagère que vous aimez accomplir ?
ICI, des voix sentimentales

vendredi 6 mars 2015

Le cabinet des rêves 217


J'accompagne J.M. à son lieu de rendez-vous : une galerie marchande dont les commerces sont fermés (définitivement ou pour la pause de midi ?). 
Il descend les escaliers pour regarder la vitrine d'une boutique obscure. 
Je suis donc seule quand arrive C.
Elle porte une robe qui lui tombe juste en-dessous du genou, je devine qu'elle la trouve très élégante. 
Elle est en rollers. Elle est débutante mais elle est très fière des figures qu'elle sait effectuer. 
Je lui dis que, si elle veut, elle peut venir à la maison, voir le fantôme du chat. 
En effet, le chat, mort la veille, est venu nous visiter, M. et moi, plus jeune et se roulant en boule sous nos caresses sur un plaid. 
J'ajoute, juste après, que je ne suis pas sûre que le fantôme soit visible par quelqu'un d'autre que nous. 
Je pense aussi : J.M. lui a-t-il annoncé que le chat était mort ?

Rêve du 2 mars 2015

jeudi 5 mars 2015

La vie des pages (20)

Pour arriver au tome VII de Proust, certains sacrifices sont nécessaires et l'un d'entre eux est de ne pas perdre de temps à cuisiner. De plus, ce qui serait agréable à deux semble infernal seul. C'est presque comme se masturber. Cuire un beefsteak et se le manger après, quelle horreur !
(traduction libre d'un extrait d'une lettre adressée aux Jonquières par Julio Cortázar)

Avant de partir, je notai l'emplacement de la tombe de Cortázar au cimetière Montparnasse comme je l'aurais fait de son adresse. 

mercredi 4 mars 2015

Un dernier jour parfait


Ce fut un dimanche délicieux. 
De ceux qui embaument la première paella de la saison, qui permettent de prendre le café dans la cour, qui font se tourner nos têtes et s'allonger les bêtes vers le soleil, qui font penser qu'on se sent renaître, non ?, qui permettent de descendre à la mer sans prendre de veste et de rentrer doucement par la route de campagne fleurie, de se dire que la neige des sommets est en train de fondre, qu'il sera temps de bientôt ranger une des couettes, qu'est-ce que tu en penses ?
Ce fut un dimanche délicieux, a peut-être pensé la belle en se pelotonnant comme souvent contre le gros chien jaune, un jour parfait pour en rester là. 
On l'enterra 
 sous la lune et le mandarinier,
le soir aussi était printanier. 

mardi 3 mars 2015

Tuesday self portrait

Ce monarque éclairé avait également une théorie qu'il s'était hâté de mettre en application. C'était la doctrine du bonheur universel. C'est là chose notoire, l'homme ne rit point parce qu'il est gai, mais il est gai parce qu'il rit. Lors que l'on proclame universellement que tout va bien, l'humeur des populations se redresse instantanément. Les sujets de Mégeric étaient donc tenus -pour leur bien, s'entend- de répéter à voix haute qu'ils se trouvaient dans une forme éblouissante; en outre, au banal et vague "bonjour", le roi crut bon de substituer ce terme de salutation, de loin plus avantageux : "Hourra !" Les enfants âgés de moins de quatorze ans étaient autorisés à dire "Youpi" et les vieillards : "Hou ha !"
Stanislas Lem. La cybériade.