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dimanche 7 août 2016

D'autres jours

Il y a les jeudis.
Et il y a d'autres jours, les jours où quand 
le bus arrive, je te vois assis et où quand
tu te lèves, quand tu m'embrasses, au bout 
de ton bras il y a un livre de poésie*.


*
ENVÍDIAME, YO PUEDO AMARTE AÚN

Cuando ya no es posible cuando ya
y ya no y es que todo es demasiado
yo puedo amarte aún.

Cuando tú y cuando entonces y después
y me dijiste y puede que si hubiéramos
yo puedo amarte aún.

Cuando ella y cuando él y las llamadas
y las veces que no te respondía,
cuando acaso y en éste mismo instante;
no después sino ahora y no hace falta
decírtelo de nuevo pero sí :
yo te amo por encima de nosotros.

Ben Clark. Los últimos perros de Shackleton.

lundi 29 février 2016

La carte et le territoire (fragments d'insularité)

L'idée de l'île m'intéresse beaucoup en général. Les insulaires du monde entier, nous qui sommes nés sur une île, nous avons une manière de comprendre le territoire très différente de celle des habitants du continent. Même si on vit de nombreuses années sur une île, ce n'est pas la même chose que de naître et grandir sur une île, avec l'idée que notre monde est ce monde limité. Les insulaires sont capables d'embrasser mentalement le territoire, c'est à dire, de créer une étrange correspondance entre la carte mentale et le territoire. Par conséquent, en allant sur le continent, n'importe quel insulaire ressent une sensation d'euphorie et de désarroi. Il se rend compte que son monde était un monde très concret et cela lui fait éprouver pas mal de nostalgie de cette sécurité. Physiquement, on est capable d'identifier la frontière et, dans le cas des îles plutôt petites comme Ibiza, Formentera et Minorque, on est aussi capable de penser l'île. Et moi, dans mes poèmes, je m'occupe de la penser."
Ben Clark, extrait* d'une interview dans le Diario de Ibiza.
Neuf mois exactement avant ma naissance, mes parents qui vivaient en Nouvelle Calédonie, étaient partis passer quelques jours sur l'île voisine : Ouvéa. 
Quand j'étais petite, nous habitions en Guadeloupe, nous partions en vacances sur les îles voisines : les Saintes. 
Maintenant, j'habite aux Baléares et, tous les printemps, je vais sur l'île voisine : Minorque
*
"la idea de la isla me interesa mucho en general. Los isleños de todo el mundo, los que hemos nacido en una isla, tenemos una forma de entender el territorio muy distinta a los habitantes del continente. Aunque uno haya vivido muchos años en una isla, no es lo mismo que nacer y crecer en una isla, con la idea de que tu mundo es ese mundo limitado. Los isleños son capaces de abarcar mentalmente el territorio, es decir, se crea una extraña correspondencia entre el mapa mental y el territorio. Por lo tanto, al salir al continente, cualquier isleño siente una sensación de euforia y de desamparo. Se da cuenta de que su mundo era un mundo muy concreto y eso le provoca bastante nostalgia de esa seguridad. Físicamente uno es capaz de identificar la frontera y, en el caso de las islas más bien pequeñas como Ibiza, Formentera y Menorca, uno es incluso capaz de pensar la isla. Y yo en mis poemas me dedico a pensarla."

dimanche 28 février 2016

La médecine

Ainsi et comme souvent, il nous aura suffi d'y poser le bon diagnostic pour immédiatement guérir notre vie, de penser qu'elle manquait singulièrement de poésie ces derniers temps pour l'en trouver tout aussitôt emplie. 
Le vrai legs de Shackleton serait peut-être celui-là : nous faire comprendre que les forces hostiles de ce monde peuvent être domptées, qu'il ne faut rien de plus que faire face aux vagues, faire face au vent, que le froid est un mot très petit dans presque toutes les langues mais que l'amour, en revanche, ne connaît ni de distances ni de directions et que, pour se confronter à lui, toute détermination est faible et les projets ne servent à rien. 
Traduction libre d'un extrait de l'introduction de Los últimos perros de Shackleton de Ben Clark :  

Quizá sea este el verdadero legado de Shackleton : hacernos entender que las fuerzas hostiles de este globo pueden ser domadas; que no hay más que enfrentarse a las olas, plantarle cara al viento, que el frío es una palabra muy pequeña en casi todos los idiomas, pero el amor, en cambio, no entiende de distancias ni de rumbos, que al enfrentarse a él toda determinación es poca y los planes no sirven para nada.