Affichage des articles dont le libellé est Lisbonne. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Lisbonne. Afficher tous les articles

dimanche 21 août 2016

Cours intensifs


A moi à qui les conducteurs de bus ne disent plus Au revoir ! mais A demain !, m'est soudain revenu le souvenir de ta leçon inaugurale du temps où, toi sur l'île, moi à Lisbonne* et peu favorisés par les trajectoires low cost, nous étions malgré tout reliés par une latitude commune et où tu assurais ma formation à distance en matière de paysages. 
Tu m'avais avertie qu'à partir du 15 août, tu verras, la lumière change du tout au tout. J'étais débutante et je n'avais pas vu.
Un matin de cette semaine, en revanche, en même temps que tout était pareil à tous les matins, j'ai vu que oui, tu as raison, tout était différent. 

*

samedi 14 mai 2016

Poème de table en version originale (sous-titrée*)

A fréquenter les cafés sans parler français, 
j'écris de la poésie minuscule en version originale.

Poema de mesa


Una vez a la semana voy a la pastelería 
tomar un desayuno, escribir mi diario. 
Solía hacer lo mismo cuando vivía en Lisboa,
cada mañana bajaba rapidamente la escalera hasta
la calle, hasta la pastelería. 
No hablaba portugués pero me conocían
todos los camareros y sabían
lo que quería, siempre un café americano
a veces un bocadillo, a veces un huevo. 
Allá también, escribía mi diario
notaba lo que nos decíamos, mi novio
y yo, durante una parte de la noche. 
El aquí, yo allá, su cara, la mía,
cada noche en la pantalla. 
Tiempo de exil, de ordenador, tiempo de empiezo, 
en español ya sabía decir enamoramiento
Aquí y ahora en Palma como en Lisboa
escribiendo mi diario miro
a la gente que sale, que llega, 
estoy acostumbrada a mirar la vida
que, sin mí, siempre pasa. 


*
Une fois par semaine je vais à la pâtisserie
prendre mon petit déjeuner, écrire mon journal. 
Je faisais la même chose quand je vivais à Lisbonne, 
chaque matin je descendais rapidement l'escalier jusqu'à
la rue, jusqu'à la pâtisserie. 
Je ne parlais pas portugais mais tous les serveurs
me connaissaient et savaient
ce que je voulais, toujours un café allongé
parfois un sandwich, parfois un oeuf. 
Là-bas aussi, j'écrivais mon journal
je notais ce que nous nous disions, mon fiancé
et moi, pendant une partie de la nuit. 
Lui ici, moi là-bas, son visage, le mien, 
toutes les nuits sur l'écran. 
Temps d'exil, d'ordinateur, temps du commencement, 
en espagnol, je savais dire énamourement
Ici et maintenant à Palma comme à Lisbonne
en écrivant mon journal je regarde 
les gens qui sortent, qui entrent, 
je suis habituée à regarder la vie
qui, sans moi, toujours passe. 


mercredi 9 mars 2016

OPEN SPACE

Il y avait dans l'air un pénible résidu d'hiver et il ne me vint d'autre idée, pour lutter, que d'aller travailler au café. 
C'est une habitude copiée 
Je travaillais, je corrigeais des copies, je déjeunais à la brasserie Paul, rue Grand-Pont. C'était un long corridor, aux murs recouverts de glaces écaillées; les banquettes de moleskine crachaient leur crin; au fond, la salle s'élargissait, des hommes jouaient au billard et au bridge. Les garçons s'habillaient à l'ancienne, en noir, avec des tabliers blancs, et ils étaient tous très vieux; il y avait peu de clients parce qu'on mangeait mal. Le silence, la nonchalance du service, l'antique lumière jaunie me plaisaient. Contre la désolation de la province, il est bon de se ménager ce que nous appelions, d'un mot emprunté au vocabulaire tauromachique, une querencia : un endroit où on se sent à l'abri de tout. 
Simone de Beauvoir. La force de l'âge.
et ancienne, une habitude urbaine que j'ai depuis 
 Tokyo 
  Lisbonne 
  mais qui perdure à Palma
.
Oubliant où j'étais et croyant sur parole son enseigne, 
j'eus tort d'entrer dans ce café.  
A l'intérieur j'y trouvai
tout le contraire d'un bureau. 

dimanche 14 février 2016

Les belles plantes

Un jour que j'habitais à Lisbonne, tu vins m'y rendre visite. 
Alors que nous attendions le métro, à la station de l'aéroport où j'étais allée t'attendre, tu me tendis le cadeau que tu m'avais apporté. 
Sur la feuille de Canson A4, tu avais dessiné un moment d'attente, pendant ton escale à Madrid. 
Maintenant, quand je vois les plantes d'aéroport, je sais qu'elles ont cela en commun avec moi : avoir posé, pour toi. 


mercredi 14 octobre 2015

L'identification (6 : les routines bienheureuses)

Après le Prado, j'avais l'habitude d'aller jusqu'à un petit café qui s'appelait Le Coin, où je mangeais un sandwich au chorizo et où j'avais coutume d'être le seul client, à moins qu'il y ait des touristes, puisqu'il n'était pas encore l'heure du déjeuner des espagnols. Ensuite, je marchais un peu jusqu'au Retiro, le plus grand parc de la ville, je cherchais un banc, sortais mes livres, mon dictionnaire de poche et mon Lorca et je fumais un joint. 
Si le soleil brillait et que je tombais juste dans la proportion de tabac et de haschich, s'il y avait des gens autour mais loin, que je pouvais entendre parler sans savoir dans quelle langue, une vague d'euphorie m'envahissait. Il restait des heures et des heures de lumière, pour les espagnols, ce n'était même pas le soir, il restait des mois et des mois de ma bourse, elle avait à peine commencé mais elle ne se prolongerait pas trop… A telle date, je retournerais à ma vie, un peu plus intéressant grâce à mon séjour à l'étranger, probablement plus mince mais, pour les autres, inchangé. Je n'avais pas besoin de me forger une vie à Madrid, au-delà des routines les plus simples, je n'avais pas à me préoccuper de me créer une communauté. J'avais le jour infini, des mois et des mois de jours infinis et, malgré tout, la date de retour délimitait cette sensation d'infini et l'empêchait d'être une menace.* 

*Saliendo de la estación de Atocha est un roman américain de Ben Lerner que je lis dans sa version espagnole grâce à la traduction de Cruz Rodríguez Juiz. Il existe en français, traduit cette fois par Jakuta Alikavazovic et publié aux éditions de l'olivier

Un jour d'avril 2013, je partis à Lisbonne pour y habiter jusqu'à la fin du mois d'août. 
Quatre mois comme une quarantaine, comme une parenthèse à l'intérieur de ma vie. 
(on disait aussi : l'enterrement de ma vie de jeune fille)
Une fois louée ma chambre en ville, dans une rue que les touristes ne fréquentaient pas 
,
je mis peu de jours à établir mon itinéraire.  
D'abord la pâtisserie en bas de chez moi où mon café était prêt avant que je m'assoie 
.
La bibliothèque, ensuite 
.
Le parc pour y lire, pour y dormir
.
Et puis, parfois, j'allais au Tage. 

jeudi 13 août 2015

Dedans les gens

Ecrire est regarder ou l'excuse pour regarder. Tous ceux qui vivent du conte devraient regarder jusqu'à avoir mal aux yeux. Moi, je justifie mon indiscrète curiosité en me disant à moi-même que je le fais pour vous.  
Traduction libre d'un extrait de Don de gentes de Elvira Lindo.*

On dit souvent que les personnes qui perdent l'usage d'un de leurs sens 
: l'ouïe ou la vue
 développent l'usage de l'autre 
: la vue ou l'ouïe. 
Le jour où je n'ai plus compris leurs conversations
 j'ai commencé à regarder les gens autrement 
 à New York, (9 W 42nd St),
à Lisbonne
à Bruxelles
ici, aussi, 
qu'ils soient de là ou d'ailleurs, 
j'imagine de la vie des gens
ce qui nous rend, tous, 
banals autant qu'uniques : 
Une cicatrice de varicelle, là. Une peluche aimée, égarée, jamais oubliée. Un parfum de glace préféré. Un zéro en géométrie. Un régime commencé, abandonné, recommencé, abandonné, recommencé, aband… Des larmes à la mort de la mère de Bambi. Une frayeur au volant. Un fard piqué au tableau. L'impatience du retour de chaque saison. Un cauchemar récurrent. L'habitude de colorer des oeufs à Pâques. Un mauvais souvenir de vacances. 
etc.


*Escribir es mirar o la excusa para mirar. Todos aquellos que vivimos del cuento deberíamos mirar hasta que nos dolieran las ojos. Yo justifico mi entrometida curiosidad diciéndome a mí misma que lo hago para ustedes.
Elvira Lindo.

dimanche 2 août 2015

A la verticale du bleu

Alors que je viens de quitter notre matelas, que je m'allonge dans la mer, je pourrais presque m'y rendormir, je pense tout bas. 
Les yeux ouverts je vois parfois, comme le reflet de moi, un avion dans son bleu sauf que mon ventre : plat, le sien : plein. 
Je me souviens de quand ils volaient bas et que nous comptions les semaines avant de les prendre toi vers moimoi vers toi. (1)
(1) 
Un temps scandaleusement récent tellement, à nous, il parait ancien. (2)

(2) 
Quoi ? Seulement deux ans ?! Je suis restée incrédule en le disant, l'autre soir, alors que j'évoquais ce temps-là avec le garçon dans la cuisine. 
Presque deux ans et demi, tout de même ! a-t-il largement recompté, l'air de celui qui sait de quoi il parle (3), l'air de vouloir me consoler. 

(3)
Je me l'étais fait répéter de nombreuses fois au début de l'été dernier, sachant que Avec tous ces prénoms "en A", aussi ! ne serait pas une excuse recevable -d'autant moins de ma part à moi qui ai deux soeurs "en INE"- avant de me sentir capable de demander sans me tromper Elle va bien … ? mais maintenant je l'ai oublié, ce prénom qui, d'ailleurs, assez rapidement, n'a plus été approprié. 
Pas davantage qu'il les garde secrètes, le garçon ne fait la publicité de ses amours. Pourtant, nous avons mis peu de temps avant de connaître le prénom suivant. Et ce soir-là, le soir de la cuisine, il venait déjà de fêter les un ans de son premier baiser avec C. (4) Un an ?! alors que j'aurais juré qu'il y avait nettement moins longtemps.

(4)
Elle porte, elle aussi, un prénom "en A". 

lundi 20 juillet 2015

Géographie humaine (fragments d'insularité)

Quand les pirates de la réalité nous abandonnent sur une île, il convient de cacher dans notre veste un crayon et un carnet blanc. Parfois, ils nous aident plus qu'un livre. Il s'agit de regarder l'horizon et d'écrire, à l'ombre d'un palmier, ce qui nous vient à l'esprit, ce qui nous arrive, en nous regardant par la serrure de l'imagination. Ecrire, par exemple, que le jour est tranquille, que le soleil illumine l'écume argentée des vagues et que, sur l'azur de la mer, apparait la silhouette d'un bateau. Les voiles et les pages d'une nouvelle rédaction. 
Traduction libre de Luis García Montero.*

Ce sont les villes, les rues, les murs, les humains, qui me fournissent à l'infini de l'inspiration.
Je descends à Barcares au réveil comme à Lisbonne à la pastelaria.
Du café, je remontais mon carnet alourdi de descriptions.
Du rivage de pierre désert, rien que des sensations.

Le (manque de) sommeil que je lègue à la mer.
Le tout petit bruit des ailes des hirondelles. 
Les traces de sel que laisse le soleil en buvant l'eau sur ma peau. 
Ma légèreté de bois flotté. 
La monotonie du clapotis.
Mon maillot encore mouillé, au retour, à vélo.
*Cuando las piratas de la realidad nos abandonan en una isla conviene esconder en la chaqueta un lápiz y  cuaderno en blanco. A veces ayudan más que un libro. Se trata de mirar al horizonte y de escribir, a la sombra de una palmera, lo que se nos ocurra, lo que vive con nosotros, mirándonos por la cerradura de la imaginación. Escribir, por ejemplo, que el día está en calma, que el sol ilumina la espuma plateada de las olas y que sobre el azul del mar aparece la silueta de un barco. Las velas y las páginas de una nueva redacción.
Luis García Montero. Una forma de resistencia.

dimanche 28 juin 2015

L'adresse

Elle s'appelle avenue alors que je la dirais plus volontiers route. Elle porte le nom d'une direction possible, d'une ville sans charme (1) du centre de l'île. Elle-même n'a aucune particularité, aucune distinction, se contente d'être bordée de maisons dont je me dirais, si je faisais partie de ceux qui, innombrables, passent en voiture devant Mais qui peut supporter d'habiter là ?, sauf que : nous. Aussi, quand, de la cour ou du studio, j'entends la voix enregistrée et monotone du bus à impériale touristique, je ne sais pas ce qu'elle pourrait mentionner d'autre que cette maison, à votre droite, oui, eh bien, dans cette maison si modeste et sans cachet apparent vivent un peintre de talent et celle qui, volontiers et souvent, lui sert de modèle

(1) quoique. A mes yeux de citadine aimant les villes usées (2) et habitant dans un village vitrine, des immeubles ordinaires (3) en ont, du charme, à certaines heures de la journée ou de la saison. 

(2) Lisbonne, ainsi, me plut dès le premier jour où je l'habitai. 























(3)

dimanche 29 mars 2015

"Está aqui um "franciu" a dizer umas coisas que não se comprende nada !"

Lisbonne était dans l'air de ce vendredi, au parc. 
Et pas seulement parce que Portugal de Cyril Pedrosa alourdissait mon sac mais plutôt parce que les fraises achetées le matin même au marché parfumaient le tien et que, comme ce jour-là tu avais rincé les cerises à un point d'eau du cimetière
tu allas à la fontaine les laver, ce qui me fit une fois de plus penser que je n'avais rien à envier à Meryl Streep

mercredi 24 décembre 2014

Les professionnels des sentiments

C'était l'été, c'était à Lisbonne et, ensemble, nous avions assisté à notre premier lever de lune, sur le Tage. 
C'était aussi les premières enquêtes sentimentales que j'enregistrais, ils en étaient les pionniers

De nouveaux lieux nous sont communs



et ils sont toujours sentimentaux


lundi 22 décembre 2014

Ma vie sans les fleuves (fragments d'insularité)

Il y en eut dans ma vie
 et qui ont compté
oui.
Maintenant la mer tout autour
mais des fleuves
non
et plus non plus de ponts.


lundi 25 août 2014

Voyage autour de ma chambre
chapitre 8 : à Amsterdam

Ce n'était pas rien d'aller en ville pour la première fois. Car je le savais : désormais, il n'y aurait plus qu'elle. Elle seule pour me consoler, en cas de besoin, de l'absence de toutes les autres. Une quintessence de ville, en somme.  
Après avoir appris par coeur les ruelles de Tokyo, celles de Lisbonne, pris mes petits déjeuners à New York ou à Bruxelles, j'espérais trouver du charme à Palma et aux cinquante kilomètres qui m'en séparaient. 
Mais il faisait très chaud, ce jour-là et les rues me parurent trop piétonnes, trop bruyantes, trop commerçantes à moi qui étais déjà devenue familière des heures tranquilles de la mer
Ce n'est qu'en pénétrant dans les salles désertes et fraîches de la Fondation Juan March que j'avais retrouvé une raison d'avoir quitté ma chambre.  

"A un moment, les conditions météorologiques commencèrent à empirer. Le vent redoubla. Il commença à pleuvoir avec force et, aussitôt, se leva une espèce de tempête maritime. Nous voulions nous éloigner de la pluie fouettée par le vent mais, pour cela, nous devions continuer à marcher dans ces conditions, au moins pendant un moment. Nous mîmes le cap sur la relative tranquillité du Musée Van Gogh, où les tableaux tournoyaient dans une mer jaune. Mais, en fait, nous ne voyions aucun tableau. Le temps avait empiré jusqu'à l'extrême alors tous ceux qui étaient à Amsterdam n'avaient qu'un seul objectif en tête : échapper à la pluie, échapper à la pluie au Musée Van Gogh. Tout le monde était mouillé et dégageait de la vapeur et il paraissait possible qu'à n'importe quel moment, une débandade trempée se produisit. De temps en temps, un éclat de soleil sur le blé mouvant en Arles ou une nuit illuminée par les bougies à Rome -des étoiles, des étoiles- prenaient vie dans le fond. Des arbres chargés de fleurs apparaissaient, des visages de couleurs pigmentées brillaient mais, surtout, les dos mouillés des visiteurs abondaient. Le jaune assoiffé de Arles soulignait le fait qu'ici, à Amsterdam, nous avions un genre de jour automnal qu'il était impossible de distinguer des ultimes sursauts de l'hiver. Chaque fois davantage de visiteurs se massaient dans le musée. Les tableaux étaient comme les derniers canots de sauvetage du Titanic et seule une poignée de chanceux réussissaient à apercevoir un brin de tournesol stupéfiant ou la chaise vide de Gauguin (qui, pour ce que j'en savais, n'était même pas là). Les autres devaient s'aventurer vers les dessins ou n'importe quel autre exemple d'art qui se trouverait sur leur chemin. Les champignons, par chance, n'étaient pas si forts qu'ils auraient dû l'être et nous ne tardâmes pas à ressortir sous la pluie. Aussi incroyable que cela ait pu paraître, le temps avait encore empiré pendant que nous étions au musée. Le temps, pour résumer une longue histoire météorologique, était passé de mal en pis à encore pire."

Le livre de Geoff DyerYoga for People Who Can't Be Bothered to Do It, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Yoga para los que pasan del yoga.

Vocabulaire noté : 
-capullo : petit con
-poner rumbo a : mettre le cap sur
-no aguantaba más : je ne supportais plus
-me doy cuenta : je me rends compte
-achispado : pompette

jeudi 24 juillet 2014

Chroniques casanières

ce n'est plus au réveil
que j'ai rendez-vous avec le soleil
mais le soir que je mange en
tête à tête avec le couchant

dimanche 13 juillet 2014

Come sunday

Je ne voyage pas : je déménage.
Lille-Bruxelles, en passant par Tokyo, il fallut un camion. 
Bruxelles-ici, en passant par Lisbonne, une voiture y suffit. 
Certains matins, à la Linière, bien avant la nécessité des cartons, des dons, je m'éveillais avec, au plus profond, ce besoin d'épure, de vide quand bien même ce que j'éprouvais tant le désir de jeter était invisible aux yeux, était en boîte. 
Lettres d'amour, de désamour, de non-amour, j'aurais aimé les déposer entre les mains de ceux que je voyais, à la fin du marché aux puces, ramasser comme je le faisais aussi parfois : vieilles photos, anciennes enveloppes, vies de papier invendues et vouées aux pavés, déposer entre leurs mains les traces de moi trop souvent déménagées en leur souhaitant la plus inspirée des libertés pour inventer à ces écritures un nouveau destin, inventer à mes anciennes amours, mes jeunes amitiés une autre fin. 
J'ai jeté beaucoup de lettres et les tiennes, quelques semaines sans doute avant que tu viennes sonner à ma porte, que signaient les mots d'amour que jamais pourtant, adolescents, nous n'avions prononcés, qui décrivaient les ambiances plus longuement que le manque que, lui, je connaissais pour éprouver le même. 

J'ai inauguré un carnet dans lequel je dessine avec la nonchalance de celle qui n'en attend rien, je laisse venir les traits que m'inspirent les scènes domestiques, les fenêtres ouvertes, le sommeil animal et toi, toi sans les mains. 
Quant aux ambiances, c'est toi qui en es toujours le spécialiste. 

dimanche 11 mai 2014

Waiting for you

J'aurais pu tout aussi bien ne pas. 
Je veux dire : ne pas compter les jours. Ne pas, du même coup, chercher à retrouver à quelle occasion la plus récente je les avais précédemment comptés (et c'était en t'attendant).  
Le soir, j'ai su que toi aussi, mais pour d'autres raisons, tu t'étais souvenu de ce mois de mai de l'année dernière.
J'ai souri de nos pensées siamoises.

lundi 24 février 2014

Villes d'eau

des envies de villes m'arrachent le coeur
(parfois)
les ruelles de Lisbonne, les rives de l'East River, les ciels de Bruxelles, la foule de Tokyo, la grande bibliothèque de Montréal
je me soigne à Barcares comme d'autres à Vichy
avant de remonter sur ma terrasse en tête à tête avec le soleil
 en pensant à tous ceux qui vivent en ville et rêvent de la chambre avec vue qu'ils ont réservée sur l'île

vendredi 27 décembre 2013

Le cabinet des rêves 155


Je vais me marier bientôt et je m'aperçois que j'ai complètement oublié de me laisser pousser les cheveux. 
Je me demande s'ils seront assez longs pour les accrocher et chez qui je vais aller : 
je crains que mon ancienne coiffeuse soit davantage tentée de faire une démonstration de ses talents que de réaliser ce qui m'irait le mieux. 

Rêve du 16 octobre 2013

lundi 4 novembre 2013

Je me souviens

Ce qui reste d'un voyage; ce en vue de quoi, à contre-prévoyance, le voyage avait lieu, frisant ses catastrophes, et qu'il aura perdu sur la route du retour, jusqu'au retour de ce qui ne fut pas refoulé mais perdu, dans aucun inconscient ni par aucun intérêt à la perte, et qui, revenant, sera donc, pour l'attente de rien, cadeau; ce qui reste d'un voyage est souvenir, mais de quoi, de la douceur de l'impasse, ou plus équivoquement du don que se faisaient l'un de l'autre l'impasse et la douceur, le bord et le rebroussement.
 Michel Deguy. Poèmes II 197-1980

Le souvenir que j'ai de ces mois d'avant l'île ressemble un peu à un film en 3D vu sans les lunettes adaptées, un film en version originale non sous-titrée. 

samedi 26 octobre 2013

Une enquête sentimentale

Avez-vous un moyen infaillible pour parvenir à vos fins ?
Tombez-vous souvent malade ?
Que ressentez-vous quand vous entendez la sonnerie de votre téléphone ?
Comment choisissez-vous les films que vous allez voir au cinéma ?
Vous regardez-vous quand vous vous brossez les dents ?
Quel est votre moyen de déplacement préféré ? 
Pourquoi ?
Avez-vous le sentiment qu'on prend suffisamment soin de vous ?
Qu'est-ce qui vous est le plus naturel : 
passer inaperçu 
ou
vous faire remarquer 
?
Regardez-vous avec plaisir les photos de votre passé ?

Si vous aimez les enquêtes, il y en a d'autres ICI.