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lundi 1 septembre 2014

Dernier voyage autour de ma chambre
chapitre 9 : en Lybie

Parfois c'est dans la rue, au marché, en entendant des gens parler. 
Je mets un petit moment avant de réaliser que si je comprends sans effort, c'est parce que…  c'est du français. 

"Aussitôt que je m'en suis rendu compte,j'ai observé un homme qui s'approchait de moi lentement.
-Salaam alaykum !
-Alaykum salaam !
Au bout de ces salutations, nous avons découvert que le français était la meilleure langue pour communiquer entre nous.
-Qu'est-ce que vous faites ici ?*
-Je suis touriste. 
Ce n'était pas la première fois que ma réponse ne suscitait pas de surprise mais plutôt une totale incompréhension.
-Touriste ?
-Oui. 
-Avec un groupe ?
-Non. 
-Et vous êtes tout seul ?
-Oui. Je suis tout seul. 
Peut-être est-ce parce que nous parlions en français mais cette question (Vous êtes tout seul ?) avait acquis ce que je suis tenté de qualifier, de manière hâtive, un caractère existentiel.
Un peu avant de voyager en Lybie, j'avais rompu avec ma fiancée. J'étais seul, j'avais passé seul une grande partie de ma vie et, selon toutes les probabilités, j'allais mourir seul. Et, évidemment, c'est parler à un autre être humain qui me l'a fait comprendre. Pendant que je m'étais promené seul, j'étais content, dans la Zone. Mais aussitôt que j'ai commencé à bavarder avec ce type, j'ai senti sur mes épaules le poids terrible de la solitude.
J'ai pris congé de mon nouvel ami et j'ai continué à marcher. Je devais être seul pour ne pas me sentir seul.
(…) J'en avais déjà assez d'être assis dans le forum, mais la perspective de rentrer à l'hôtel était encore plus triste. J'avais envie d'avoir quelqu'un avec qui parler mais, aussitôt que le désir est devenu réalité -j'ai remarqué qu'il y avait quelqu'un debout à côté de moi- j'ai désiré qu'on me laisse tranquille.
Mon nouvel ami s'appelait Ahmed et il a dit :
-Manchester United… Leeds… Arsenal… Chelsea…
-Tottenham Hotspur ? j'ai demandé
-Tottenham Hotspur, il a répété. Newcastel United… Aston Villa.
Après cette brève réactivation, il a titubé de nouveau avant de s'embarquer dans un sous-ensemble du même style de conversation.
-Dennis Bargkamp. Kanu. Viera. Gascogine… Zola.
La preuve, d'une certaine façon, de l'avènement d'une nouvelle ère aussi bien du football anglais que, par extension, du langage international des relations diplomatiques."

*en français dans le texte

Le livre de Geoff DyerYoga for People Who Can't Be Bothered to Do It, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Yoga para los que pasan del yoga.

Vocabulaire noté : 
-no es que nos importe un bledo : on en a rien à foutre !
-nos largamos de aqui : nous partons d'ici
-de mala gana : de mauvaise grâce
-bonachón : bon enfant
-mascar chicle : mâcher du chewing gum

lundi 25 août 2014

Voyage autour de ma chambre
chapitre 8 : à Amsterdam

Ce n'était pas rien d'aller en ville pour la première fois. Car je le savais : désormais, il n'y aurait plus qu'elle. Elle seule pour me consoler, en cas de besoin, de l'absence de toutes les autres. Une quintessence de ville, en somme.  
Après avoir appris par coeur les ruelles de Tokyo, celles de Lisbonne, pris mes petits déjeuners à New York ou à Bruxelles, j'espérais trouver du charme à Palma et aux cinquante kilomètres qui m'en séparaient. 
Mais il faisait très chaud, ce jour-là et les rues me parurent trop piétonnes, trop bruyantes, trop commerçantes à moi qui étais déjà devenue familière des heures tranquilles de la mer
Ce n'est qu'en pénétrant dans les salles désertes et fraîches de la Fondation Juan March que j'avais retrouvé une raison d'avoir quitté ma chambre.  

"A un moment, les conditions météorologiques commencèrent à empirer. Le vent redoubla. Il commença à pleuvoir avec force et, aussitôt, se leva une espèce de tempête maritime. Nous voulions nous éloigner de la pluie fouettée par le vent mais, pour cela, nous devions continuer à marcher dans ces conditions, au moins pendant un moment. Nous mîmes le cap sur la relative tranquillité du Musée Van Gogh, où les tableaux tournoyaient dans une mer jaune. Mais, en fait, nous ne voyions aucun tableau. Le temps avait empiré jusqu'à l'extrême alors tous ceux qui étaient à Amsterdam n'avaient qu'un seul objectif en tête : échapper à la pluie, échapper à la pluie au Musée Van Gogh. Tout le monde était mouillé et dégageait de la vapeur et il paraissait possible qu'à n'importe quel moment, une débandade trempée se produisit. De temps en temps, un éclat de soleil sur le blé mouvant en Arles ou une nuit illuminée par les bougies à Rome -des étoiles, des étoiles- prenaient vie dans le fond. Des arbres chargés de fleurs apparaissaient, des visages de couleurs pigmentées brillaient mais, surtout, les dos mouillés des visiteurs abondaient. Le jaune assoiffé de Arles soulignait le fait qu'ici, à Amsterdam, nous avions un genre de jour automnal qu'il était impossible de distinguer des ultimes sursauts de l'hiver. Chaque fois davantage de visiteurs se massaient dans le musée. Les tableaux étaient comme les derniers canots de sauvetage du Titanic et seule une poignée de chanceux réussissaient à apercevoir un brin de tournesol stupéfiant ou la chaise vide de Gauguin (qui, pour ce que j'en savais, n'était même pas là). Les autres devaient s'aventurer vers les dessins ou n'importe quel autre exemple d'art qui se trouverait sur leur chemin. Les champignons, par chance, n'étaient pas si forts qu'ils auraient dû l'être et nous ne tardâmes pas à ressortir sous la pluie. Aussi incroyable que cela ait pu paraître, le temps avait encore empiré pendant que nous étions au musée. Le temps, pour résumer une longue histoire météorologique, était passé de mal en pis à encore pire."

Le livre de Geoff DyerYoga for People Who Can't Be Bothered to Do It, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Yoga para los que pasan del yoga.

Vocabulaire noté : 
-capullo : petit con
-poner rumbo a : mettre le cap sur
-no aguantaba más : je ne supportais plus
-me doy cuenta : je me rends compte
-achispado : pompette

lundi 18 août 2014

Voyage autour de ma chambre
chapitre 7 : à South Beach

1,0 / 5
Décevant
"2 nights to forget" 
Well, from the moment I walked to the front desk I thought it was going to be awful. I usually expect a smiling person on the other side of the desk making eyes contact but it wasn't the case. Overall the hotel stuff wasn't that friendly and the room was absolutely rubbish.. dusty, dirty and smelly! Never again, rather spend more next time.
3,0 / 5
Bien
"Not bad!!! Good location. Would go back../" 
I just needed a clean comfortable room for 2 days down in South Beach and that's what I got. The TV reception was could've been better, but who's in South Beach to watch TV in their hotel room? The staff was polite and didn't bug me to check out right at 11am. I was left alone and walked out about 30 hr after check out without a peep. 

1,0 / 5
Décevant
"hotel was poor bad service" 
The hotel has poor clean service, the bathroom tub with a moled and very dirty had to call for cleaning supplies, door in room had a pad lock with tape around the door, the room also had power cords going in and outside the room... that worse Hotel in history... don't book or stay here sleep on beach 1st

3,0 / 5
Bien
"Close to South Beach and Deco" 
ConforQuaint, walking distance to South Beach, lots of shops and restaurants. Relatively inexpensive.

3,0 / 5
Bien
"Needs a profesional carpet cleaner!"
It's ok for someone who want's a hotel only to have a shower, get dressed and sleep. But please, CLEAN THE STICKY, DIRTY AND STINKY CARPETS!!!


1,0 / 5
Décevant
"never again"
Our stay was not a very good experience. After 5 days, we had to ask to have our linens change. We also had to request wash cloths, hand towels, and plastic cups. We will never stay there again, or will we refer our friends to this sorry place.

1,0 / 5
Décevant
"Don't recomend." 
Hotel lloks nice when you enter front desk, everything changes upstairs.Fridge was not working, Internet - very poor signal, breakfast - bagel, old croisants, jelly,creamy cheese, apple, juice and coffee, everything on plastic plates and cups. Don't pick that hotel if your criterion is breakfast, eat sth in loacl place. Great location though.

2,0 / 5
Correct
"pictures on website are an illusion" 
This is a place to stay on a budget. If you're okay with a dingy place. The up keep of the hotel is sub par. The room was greatly disapointing. The bathroom was gross,I wore flip flops in the shower. Would not return. Only good thing about the hotel was the location .


Je pense souvent à leur premier jour, eux dont je vois les serviettes sécher à la fin de la journée, sur leur balcon. Le caddie lourd de bagages à l'aéroport, le bus ou la voiture de location, la fatigue sans doute, l'excitation. Réservée longtemps à l'avance, leur semaine avec vue et buffet à volonté est ce qui leur a fait supporter la pluie, le métro, les examens, la vie en somme. N'éprouvent-ils pas une légère déconvenue lorsqu'ils s'aperçoivent que la route  jusqu'à la plage n'est pas si longue mais qu'ils sont tout de même nombreux ceux qui l'empruntent en voiture et qui, donc, passent sous leur fenêtre, juste de l'autre côté de la maigre haie qui entoure la toute petite piscine ? Que le buffet n'est accessible qu'après une heure d'attente dans une ambiance assourdissante et que les plats sont identiques tous les jours ? Que la plage est bondée et les transats payants ?
Repensent-ils aux clichés qui les ont fait se décider pour ces vacances ou préfèrent-ils les oublier ?

Quant à moi, je ne vais pas à la plage et je fais des photos mensongères, également. 
"Nous sommes arrivés en avion à Miami depuis l'ennuyeux Nassau et nous avons pris un bus à South Beach. C'était dimanche, les trottoirs étaient bourrés de visiteurs mais il ne nous a pas été difficile de trouver un hôtel parce que les touristes venus le weekend avaient déjà quitté leurs chambres. Nous avons logé au Beachcomber, un bon établissement sur l'avenue Collins, au coeur du quartier Art Déco. C'est un commentaire assez banal, je sais. En fin de compte, art déco signifiait joli ou, plus exactement, pas aussi joli qu'il y paraissait. notre chambre au Beachcomber, par exemple, n'était pas aussi jolie que la façade de l'hôtel, mais elle était tout de même assez jolie. Une lampe art déco baignait les draps art déco dans un scintillement ambre art déco. Quand on a ouvert les rideaux, l'enchantement art déco a été rompu. La fenêtre était cassée, crasseuse, et une flaque de soleil poussiéreux a révélé une tache d'humidité qui s'étendait sur la moquette depuis le mur de la salle de bain jusqu'au centre de la chambre.  Immédiatement, une souris a couru à travers le tapis marécageux et s'est glissée, avec difficulté, sous le socle de la baignoire moisi et étroit. 
Dazed est montée sur une chaise et, sans la moindre émotion, a crié : 
-Aaaaah ! Une souris ! 
-Je m'en occupe, j'ai dit. 
-ça signifie que tu vas tenter d'obtenir un rabais sur le prix de la chambre ?
-Exactement. 
Je suis allé parler au type de la réception et je lui ai demandé de nous changer de chambre parce que, dans la nôtre, celle que nous occupions en ce moment, il y avait une souris et nous préférions une chambre sans souris ou, au cas où il n'y en aurait plus aucune de disponible… 
-Bienvenue dans les tropiques, a-t-il dit. 
Il n'a pas haussé les épaules. Ce n'était pas nécessaire. Sa voix a haussé les épaules pour lui. 
Or, nous venions d'arriver des tropiques où nous n'avions pas vu une seule souris, c'est pourquoi je lui dis : 
-Ce ne sont pas les tropiques. 
Bien que l'animal ne me dérangeait pas, j'ai poursuivi, il rendait ma fiancée "hystérique". 
-Hystérique ?
-Oui, hystérique. Hystériqu-euuuuuh ! 
-OK, dit-il, et il m'a remis la clé d'une chambre au premier étage. Jettez un coup d'oeil à celle-là. 
Elle était bien, je lui ai dit quand je suis redescendu, mais elle n'était pas préparée. Il m'a alors proposé de changer pour une chambre plus grande, la numéro quinze si je me souviens bien. Elle n'était pas mal non plus mais quelqu'un y avait fumé, lui ai-je expliqué, et ça sentait le tabac. 
-Essayez la treize, m'a-t-il proposé en me donnant une autre clé. 
J'ai commencé à me demander s'il y avait la moindre chambre occupée. Il s'est avéré que la treize l'était : par une Française, je crois, assise sur la lunette des toilettes. Cela a déconcerté le réceptionniste. Selon l'ordinateur, la treize était vide mais il m'a proposé d'essayer la six. La six était vide, ne contenait pas de souris, ne sentait rien, le lit était fait et, effectivement, elle était plus jolie que la nôtre. Une meilleure chambre équivalait à un rabais. Bien, j'ai dit. Pendant ce temps, le réceptionniste avait envoyé quelqu'un à la treize et il n'y avait trouvé personne. 
-Vous vous serez trompé de chambre, a-t-il dit. 
-Et alors, comment j'ai ouvert la porte ? ai-je répliqué.  
-Quelques clés ouvrent plus d'une porte. 
-Ah."
Le livre de Geoff DyerYoga for People Who Can't Be Bothered to Do It, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Yoga para los que pasan del yoga.

Vocabulaire noté : 
-yo me encargo : je m'en occupe
-un pelín más caro : un poil plus cher
-no paran de disparar a gente : on ne cesse de tirer sur les gens
-había cagadas de ratón : il y avait des crottes de souris
-un batido : un milk-shake

lundi 11 août 2014

Voyage autour de ma chambre
chapitre 6 : à Rome

Au téléphone, l'enfant a raconté les parties de pêche et s'est amusé du village désert : Les gens ne se connaissent pas mais ils se disent bonjour quand même tellement il n'y a personne ! 
J'ai pensé à avant, à Paris au mois d'août : les stationnements gratuits, les soirées longues à fendre l'air chaud, les nappes de pollution qui rendent l'ascension de Montmartre inutile, les sorbets en bord de Seine. 
C'est à croire que tous ceux qui sont partis d'ailleurs se trouvent ici, maintenant. 
Sur la terrasse du studio, les couchers de soleil font office de papier peint. Arrivent jusqu'à moi l'excitation chlorée et enfantine des locations voisines ou, canine, celle des gardiens permanents, le bourdonnement des scooters des mers, les bribes de musique par les fenêtres ouvertes des voitures pressées… 
Il m'arrive de faire de la figuration sur un rocher. 
Mais, la plupart du temps, je monte un livre, je monte un thé, une petite assiette de fruits, un éventail. 
Je quitterai mes lieux solitaires et perchés quand l'île sera, à nouveau, déserte mais, en attendant, je voyage immobile.  

"Et puis, progressivement, à mesure que juillet cédait le pas à août, la ville commença à se vider. Des locaux commencèrent à fermer; où avant étaient exposées les marchandises, il restait seulement un volet métallique avec des graffitis et un papier expliquant que la boutique était fermée pour les vacances. Chaque jour, une autre boutique, un autre restaurant, un autre stand de marché fermait. Chaque jour d'autres amis partaient en vacances. J'ai passé des soirées entières à dire au-revoir, restant prendre un café au Calisto avant qu'ils quittent la ville, faisant bonne figure alors que je n'avais aucun voyage prévu ("Quelqu'un doit rester au poste de commandement", disais-je). Toutes mes connaissances partirent excepté Nick. Chaque jour il faisait plus chaud et la ville se retrouvait plus vide, plus silencieuse. Les rues succombèrent à une espèce d'éclipse : en pleine lumière du jour, elles avaient le même aspect que de nuit, avec tous les volets fermés. La "stupeur de la mi-journée" commença à durer tout le jour, toute la semaine. C'était août, "le mois des pendules arrêtées" et moi aussi, j'étais arrêté, bloqué.
(…)
La chaleur était africaine, calme, morte. Comme le sol déshydraté après des années de sécheresse, toute la vie du ciel s'était desséchée. Il n'y avait pas de nuages, et il était probable qu'aucun ne parviendrait à s'approcher à moins de cent kilomètres. Le soleil ne se calmait pas. Je me languissais de ces moments -deux ou trois par jour- où une légère brise se glissait dans l'appartement et m'offrait un répit. Pour le reste, la seule manière de bouger était sortir à moto, traverser la ville assommée par le soleil avec l'espoir de rencontrer Monica. Je suis monté au Janiculo contempler la cité à mes pieds, ses toits cuits par le soleil, la sécheresse comme à Jérusalem. Il régnait le silence, là-haut. Les grillons avaient fait leurs valises et étaient partis en vacances. Les jours passaient sans qu'il y paraisse. Je le dis d'autant plus que, finalement, Ferragosto arriva, le quinze août, et le peu qui était resté ouvert ferma. Ce fut le contraire d'un tremblement de terre. Rien ne bougeait et il n'y avait rien à faire. Absolument rien. Tout s'arrêta. Y compris le temps. Il n'y avait pas de circulation et il n'y avait pas de magasins et il n'y avait personne et il n'y avait pas de temps. Nous étions seuls, moi et le soleil colossal qui ne semblait disposé à aller nulle part. Je ne pouvais rien acheter et ça me faisait sentir des envies terribles : d'amis, de cerises, de pizzas, de toutes les choses dont je n'avais pas su faire provision avant le soleil et l'immobilité. Tous étaient partis. Y compris Nick. Monica n'apparaissait nulle part. Personne n'apparaissait nulle part. Sauf moi. Il y avait eu quelqu'un pour me voir mais, à présent, j'étais le seul pour voir." 

Le livre de Geoff DyerYoga for People Who Can't Be Bothered to Do It, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Yoga para los que pasan del yoga.


Vocabulaire noté : 
-quedarse boquiabierto : rester bouche bée
-entre comillas : entre guillemets
-el papel : le rôle
-la ociosidad : l'oisiveté
-un terremoto : un tremblement de terre

lundi 4 août 2014

Voyage autour de ma chambre
chapitre 5 : en Thaïlande

A la fin du voyage, pendant que l'air du pont peignait mes poumons en bleu, je repensais à ce que m'avait raconté le jeune -pas si jeune, cependant, que je croyais- aventurier. Il avait été prompt à la conversation, me faisant tourner la tête alors que, spontanément, pour respecter l'espace réduit mais vital de chacun, j'aurais fait semblant de ne pas avoir de voisin.
Si, pour ma part, je me préserve autant des rencontres de voyage, de passage, c'est que je ne sais jamais à l'avance si elles mériteront d'encombrer ma mémoire. Car, si j'oublie certains récits, certains faits de la biographie de gens qui me sont chers et dont, pourtant, je tiens au souvenir, je n'ai jamais trouvé la touche delete qui me permettrait d'alléger mon cerveau des vies  ni plus ni moins intéressantes que la mienne qu'on me livre fréquemment le temps d'un voyage, d'une soirée, d'un café.
Sur le pont, donc, tournée vers l'île et la perspective gourmande de l'authentique et riche et si chère conversation pour laquelle je faisais cette traversée, je faisais le compte du peu de ce que celui qui
m'avait si longuement entretenue des sensations que lui avaient laissé son séjour de trois semaines au Japon,  m'avait retracé son parcours professionnel varié, m'avait détaillé les raisons de son apprentissage de toutes sortes de massages après avoir travaillé dans le business, m'avait raconté comment sa dernière fiancée -une Française avec qui il était encore en contact car, même après avoir rompu, ils continuaient à bien s'entendre- était partie au Pérou initialement pour trois semaines mais s'y était installée et y enseignait à présent le français, m'avait expliqué qu'il avait aménagé sa voiture pour pouvoir y dormir pendant la semaine qu'il allait passer sur l'île mais qu'il avait eu peur de ne pas pouvoir partir car on lui avait cassé une vitre qu'il avait eu à peine le temps de réparer, m'avait cité tous les lieux qu'il comptait visiter, m'avait vanté la qualité des biscuits qu'il m'invitait à goûter
avait appris de moi.

Je rencontre si fréquemment des gens qui, sans rien savoir de moi, n'éprouvent pas l'envie de me retourner mes questions qu'ils trouvent, pourtant, suffisamment intéressantes pour y répondre longuement que les récits d'amitié ou d'amour naissant au cours d'un voyage à l'autre bout du monde m'apparaissent comme de la pure science fiction. 

"C'était comme l'une de ces rares occasions où tu joues aux cartes et que tu reçois une bonne main après une autre. Cela pouvait être une question de chance mais cela me paraissait être le contraire, quelque chose comme le destin. Tout s'emboîtait et rien ne nécessitait le moindre effort. Nous étions enchantés tous les deux par Le voyage, avec Sam Shepard et Julie Delpy, un film dédaigné par les quelques personnes qui l'avaient vu. Kate dit que son poète favori était John Ashbery.
-Le mien aussi ! dis-je, bien que cela ne soit pas exactement vrai (mais à ce moment-là, c'était vrai)-. "La vérité : cette chose que je pensais être en train de dire". J'adore ce vers.
-Il est dans quel poème ?
-Je ne me souviens pas, je mentis parce que je ne voulais pas que les références et les notes en bas de page emprisonnent la conversation.
Ce qui importait était que nous aimions les mêmes choses… ce qui, je l'espérais, était une façon détournée de dire que nous nous plaisions. Normalement, je me sentais grand et maigre comme une vieille branche mais là, assis avec mon tee-shirt ANTI-ULTRAVIOLENCE, parlant cinéma et poésie, je me sentais bronzé et svelte et plein du soja que j'avais mangé au déjeuner. Kate avait compris que j'étais "une espèce d'écrivain" et se demandait quel genre de choses j'écrivais.
-J'ai une idée pour un livre de développement personnel, dis-je. Yoga pour ceux qui ne prennent pas la peine d'en faire
-Mais tu ne prends pas la peine de l'écrire, pas vrai ?
-Tu m'as volé la blague. 
-Ça paraît être une bonne idée. Chapitre un : "Vide ton esprit". 
-Holà ! Je n'en suis pas encore arrivé là. 
-Où en es-tu arrivé ?
-Pas très loin. 
"Loin" ne paraissait pas un terme très adéquat. 
-Très près ?
-Eh bien, je suis près du début… mais encore plus près d'abandonner. 
-Et pourquoi ?
-Mon esprit est trop vide."
Le livre de Geoff DyerYoga for People Who Can't Be Bothered to Do It, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Yoga para los que pasan del yoga.


Vocabulaire noté : 
-no aguantaba el esfuerzo : je ne supportais pas l'effort
-he tenido sueños raros : j'ai fait des rêves bizarres
-el tamaño de un chuletón : la taille d'une côte de boeuf
-un francés delgaducho : un français maigrichon
-holgazanear : paresser

lundi 28 juillet 2014

Voyage autour de ma chambre
chapitre 4 : à Paris

C'est sans doute la faute à Baudelaire, à lui et sa détestation de la Belgique, mais toujours on me mit en garde, quand je quittai le bleu de Tokyo, contre le gris et ses conséquences. Pourtant, Bruxelles n'est pas exempte de nuages, de ceux qui rendent les avenues larges et l'imagination féconde.
C'est à Paris et nulle part ailleurs dans le monde -au moment, pourtant, où Paris me sauvait de ma vie de province au bûcher-  c'est à Paris que le ciel sans nuance, bas et lourd et couvercle me mit à terre plusieurs fois, à Paris qu'il m'arriva d'être touchée par un spleen sans fond que je sentais monter des profondeurs et m'étreindre le coeur sans que je puisse lutter davantage qu'une poupée molle emplie de son. 
L'unique remède à cette nausée de moi-même et de la vie, a toujours été d'entrer dans une librairie. 

Depuis que je vis à l'étranger, "Vous êtes de Paris ?" me demandent ceux qui, de la France, ne connaissent que sa capitale. 
Mais, nul besoin d'être parisienne : ma nationalité me dispense presque de maquillage

"En avril 1999, j'ai passé quelques jours à Paris à explorer une promenade pour le Guide Time Out des promenades de Paris. Ma promenade passait par le 11ème arrondissement, où j'avais vécu de manière intermittente une grande partie des premières années 90 mais, en réalité, j'étais logé dans le 8ème chez mes amis Hervé et Mimi, rue de l'Elysée, en face du palais présidentiel. Le soir de mon arrivée, Hervé avait invité à dîner une belle jeune femme nommée Marie Roget.
Quand elle arriva, Marie s'avéra être moins belle que ne l'était Mimi mais extrêmement attractive. Elle était grande (1,80m), avait des yeux verts et sereins, des cheveux noirs et une coupe qui me paraissait -depuis mon point de vue habitué aux coiffeurs bon marché (50 roupies à Goa)- avoir coûté cher. Bien qu'elle soit habillée comme une pompiste de station spatiale -ses pantalons, fabriqués dans un tissu ultrasynthétique résistant au froid et à la chaleur consistaient en une simple succession de poches- elle avait une passion parisienne pour le débat et la conversation animée.
Quand, pendant le dîner, je me suis déclaré "totalement en faveur de l'OTAN, cent pour cent en faveur du bombardement de la Serbie", il lui a paru incroyable que "quelqu'un qui se prenait pour un intellectuel puisse dire, ou même penser, une semblable stupidité".
-Qui a dit que j'étais un intellectuel ?
-Hervé.
-Ce serait donc une plaisanterie.
Marie me plaisait même si elle fumait beaucoup, plus que Hervé et Mimi qui sont de grands fumeurs. Après le dîner, déjà ivre, j'ai renversé un verre de vin. Pendant qu'elle ramassait les miettes et les éclats de verre, Marie s'est coupé le doigt et quelques gouttes de sang ont atterri sur mes chaussures usées. Elle se lava les mains au robinet d'eau froide du lavabo et s'enveloppa le doigt d'un pansement (un geste médical mais qui faisait allusion à un possible mariage). L'atmosphère entre nous avait changé, était plus douce et nous avons décidé de nous voir le jour suivant et d'explorer les environs de ma promenade. Elle nota son numéro de téléphone sur la dernière page de mon carnet et y laissa une petite goutte de sang. Son écriture était audacieuse, sans équivoque."

Le livre de Geoff DyerYoga for People Who Can't Be Bothered to Do It, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Yoga para los que pasan del yoga.
Tellement adepte de Paris, Geoff Dyer y a situé une romance.

Vocabulaire noté :
-pensé que eras enrollada : j'ai pensé que tu étais cool
-echo un vistazo : je jette un coup d'oeil
-en un abrir y cerrar de ojos : en un clin d'oeil
-ver por el rabillo del ojo : voir du coin de l'oeil
-se moría de ganas de acostarse conmigo : elle mourait d'envie de coucher avec moi

lundi 21 juillet 2014

Voyage autour de ma chambre
chapitre 3 : à Bali

Nous avions reçu la solennelle assurance que presque personne ne viendrait à Kyoto. C'est pourquoi nous y rencontrons tous les passagers du bateau qui nous avait amenés à Nagasaki. Et c'est aussi pourquoi nos oreilles sont constamment assaillies de la clameur des gens en train de discuter les endroits qu'il faut faire. L'Anglais est un horrible animal quand il se retrouve sur les grand-routes. De même que l'Américain, le Français ou l'Allemand. 
Rudyard Kipling. Lettres du Japon

Tandis que nous remontions la rue aux maisons basses, dont les rez-de-chaussée sont dévolus aux boutiques de souvenirs, petits supermarchés, restaurants de toutes sortes, stands de fish-spa, loueurs de voitures, loueurs de vélos, parfumeries, stands de caricaturistes, de portraitistes, de tatoueurs, boutiques de vêtements, de maillots, de chaussures, studios de maquillage, de photos à l'ancienne, il parlait de Londres -tu as fait Londres ?- et, pendant qu'il continuait de parler sans, manifestement, s'être aperçu que je ne lui avais pas répondu, je cessai de l'écouter pour penser à toutes les fois où j'étais allée à Londres, dont aucune n'aurait pu me permettre de lui répondre affirmativement car ce que je m'étais toujours contentée de faire à Londres, ainsi que, plus tard, à New York ou à Lisbonne, c'était tout simplement : y être.

Quiconque avait une chambre à louer savait ce que voulaient les touristes : une vue. Les propriétaires, pendant qu'ils ouvraient les volets pour dévoiler le vert éclatant, souriaient et disaient "Jolie vue" mais ça sonnait toujours comme un concept importé, quelque chose qui ne leur était devenu familier qu'au contact des touristes. Circle disait que c'était comme s'ils connaissaient le mot mais ne partageaient pas notre espace mental -à elle, à moi et au reste des touristes : trois pelés et un tondu- pour penser en terme de "vue". -Sinon, a continué Circle, pourquoi iraient-ils tout salir ? Jeter des cochonneries et profiter de la vue sont deux choses incompatibles. -Quand tu connais bien quelque chose, tu lui accordes souvent moins d'attention, j'ai répondu.La vue, à proprement parler, est le résultat de la séparation du plaisir et du travail. C'est comme ce passage de Jean de Florette ou Manon des Sources, quand Gérard Depardieu demande à un paysan s'il apprécie la vue. Le paysan ne sait pas ce dont il parle. Tu dois être étranger à un paysage pour le considérer comme  une vue. Cette idée de vue (ou de panorama) a été, en d'autres temps, le domaine d'une petite élite gouvernante, il est tout de suite devenu un droit bourgeois; maintenant que le voyage s'est démocratisé, la vue est à la portée de tous… sauf des gens qui travaillent à l'entretenir. 


Le livre de Geoff DyerYoga for People Who Can't Be Bothered to Do It, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Yoga para los que pasan del yoga.
Après en avoir disputé de nombreuses parties à Ubud, Geoff Dyer n'a jamais perdu le goût du ping-pong

Vocabulaire noté :
-tenía demasiadas ganas de ganar : j'avais trop envie de gagner
-une paliza al ping-pong : une raclée au ping-pong
-quatro gatos : trois pelés et un tondu
-alardear : crâner
-mi debilidad por la gente que cita Rilke : mon faible pour les gens qui citent Rilke

lundi 14 juillet 2014

Voyage autour de ma chambre
chapitre 2 : au Cambodge

"La traduction nous apprend que nous avons une langue maternelle mais que nous ne la voyons que depuis le dehors. Je crois qu'il faut au moins deux langues pour comprendre que c'est une langue que l'on parle. Je crois qu'il ne faut pas parler au moins deux langues mais il faut flairer, connaître d'une manière ou d'une autre au moins deux langues pour comprendre que, soi-même, c'est une langue que l'on parle et non pas un logos universel et, à moins de ça, il n'y a pas d'autre, pas de véritablement autre.  Donc, traduire, c'est percevoir au moins deux langues.
(...) On sait qu'on a une langue plus maternelle qu'une autre parce qu'on en pratique plusieurs, parce qu'on en lit plusieurs. Cela rejoint ce que Derrida disait : "plus d'une langue" et cette déterritorialisation, ce rapport à l'extérieur qu'on projette ou qu'on fait réagir sur le dedans, voilà ce qui compte dans l'éducation. La traduction c'est, véritablement, la pratique de la modification d'une langue par l'autre, ce que Jaufre Rudel, un trouvère, exprimait par : "c'est l'auberge du lointain" -c'est un titre d'Antoine Berman, magnifique auteur sur la traduction. L'interaction, cette ouverture, cette ouverture inventive d'une langue à l'autre, c'est : l'auberge du lointain. Voilà. La traduction nous apprend cela."
Barbara Cassin. La leçon inaugurale du forum Le Monde Le Mans 2014 est à écouter ICI.  
Cette lecture me fait garder la chambre car, au cours de cette excursion immobile, le dictionnaire est mon guide. 
Je sais que ce voyage ne sera pas achevé à la fin du livre, que ce voyage est infini mais je voudrais, malgré tout, rester touriste de cette langue, en rester dépaysée afin de me préserver de lapluieetdubeautemps des terrasses, de continuer à pouvoir ouvrir un livre, pouvoir remplir mes carnets à proximité d'une télévision allumée, je voudrais garder du temps de cerveau disponible, luxe de la vie à l'étranger. 
"Je vous aurais bien montré des photos mais malheureusement, je n'en ai aucune. Ni même d'appareil. Circle en a un et elle a pris quelques photos mais, honnêtement, elle ne valent pas le papier Kodak sur lequel elles sont tirées. Circle sait beaucoup de choses -jouer du piano et du violon- mais elle ne connait rien en photographie, pas même les bases, pas même ce que je sais. Elle fait face au soleil, se place à la lumière quand elle photographie une zone à l'ombre. Elle l'explique très simplement. 

-Si je vois quelque chose qui me plait, je le prends en photo. 
-Sans tenir compte de la lumière ni de la position du soleil ?
-Non. 
-Ni de la distance à laquelle se trouve ce que tu veux photographier ?
-Non. 
-D'où les motifs si récurrents dans ton oeuvre : le sujet flou, la photo qui ne montre rien...
Malgré mes sarcasmes décourageants, Circle a pris quelques photos de Angkor, surtout de moi : flou sous les racines des arbres qui tombent comme des gouttes de cire sur les murs de Ta Prohm, clignant des yeux près des visages de pierre de Bayon, surexposé comme un albinos à Preah Kahn... Aucune d'elle ne mérite une seconde vision et la majorité même pas une première. Non sans raison, Circle mettait ça sur le dos de mon attitude négative. Chaque fois que je la voyais sortir son appareil, je lui disais quelque chose du style : "Eve Arnold a une commande" ou "Ah, je vois que nous allons revivre un moment indécisif". Ce qui est sûr, c'est que ces moments étaient peu nombreux et espacés; il se peut que Circle ait pris plus de photos que moi, mais comparativement au reste des touristes, elle est restée, comme je le dis ingénieusement, "bien en-deça de Parr". Ce qui, aux yeux de tels visiteurs-photographes, nous changeait en citoyens de seconde classe. (...) Nous appartenions à la caste la plus basse des touristes : les invisibles. Comme tels, nous avions souvent à attendre que les groupes entiers prennent leurs photos avant de marcher, de nous asseoir ou même de regarder. A un certain niveau, comme nous n'avons pas photographié Angkor, nous n'y sommes pas vraiment allés." 

Le livre de Geoff DyerYoga for People Who Can't Be Bothered to Do It, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Yoga para los que pasan del yoga.
Geoff Dyer, même s'il ne la pratique pas, s'intéresse à la photographie au point d'avoir écrit un livre qui lui est consacrée : The ongoing moment.

Vocabulaire noté : 
-me daba miedo la esquistosiomiasis : j'avais peur de la schistosomiase
-un hombre muy quisquillosos : un homme très pointilleux
-charlar : bavarder
-aliviar la angustia : soulager l'angoisse
-una pedigüeña : une mendiante

lundi 7 juillet 2014

Voyage autour de ma chambre
chapitre 1 : à la Nouvelle Orléans


Pour cela, il vaudrait mieux demander à mes voisins de terrasse, ceux-là oui, ou les autres, un peu plus loin : vous voyez ? ceux qui ont poussé les verres et les tasses pour déplier la carte, qui consultent leur guide. 
Parce que moi : non. 
Ne comptez pas sur moi pour vous raconter l'île : je n'en connais que les variations autour du bleu du ciel et de la mer, que je vois par la fenêtre de mon studio. 
Pour le reste : non. 
Car je ne déteste rien tant que devoir emplir un sac, porter une valise, espérer pouvoir attraper ma correspondance. 
Car je n'aime rien tant que rester immobile pendant qu'on me raconte les voyages que je ne ferai pas. 
Alors. Alors, j'emplis de français les marges de nouvelles traduites de l'anglais dans une langue que je ne parle pas. 
Mettez Geoff Dyer dans n'importe quel endroit du monde, il le couvrira d'un léger voile de nostalgie, parlera de trains de marchandises qu'on laisse passer à regret, de premiers baisers sur fond de tapage de Mardi Gras, de revolvers qu'on garde dans la boîte à gants de la voiture davantage pour pouvoir se faire sauter la cervelle qu'en cas de réelle menace.  

"Dans les films, quand un homme s'installe dans une nouvelle ville -y compris s'il vient d'accomplir une longue peine de prison pour avoir tué son épouse- il ne tarde pas à faire la connaissance d'une femme à la caisse du supermarché ou au Croissant d'Or, où il a pris son petit déjeuner lors de son premier matin à la  Nouvelle Orléans. Bien que je ne connaisse aucune des serveuses au Croissant d'Or, établissement bien nommé, je continuai à y prendre mon petit déjeuner tous les jours parce qu'on y servait les meilleurs croissants aux amandes que j'eusse jamais goûtés (que j'aie jamais goûtés). Parfois, il pleuvait pendant des jours et des jours, la pluie la plus dense que j'eusse jamais vue de ma vie (ensuite, j'en ai vu des pires), mais, malgré la pluie, je ne manquais jamais un petit déjeuner au Croissant d'Or, en partie pour l'excellent café et les croissants mais, surtout, parce que cette visite devint une partie de la routine de mes jours."

Le livre de Geoff DyerYoga for People Who Can't Be Bothered to Do It, est traduit en espagnol par Cruz Rodriguez Juiz et intitulé : Yoga para los que pasan del yoga.
Depuis quelques temps, Geoff Dyer s'est vu obligé de moins manger de croissants aux amandes.

Vocabulaire noté :
-los chorizos : les voleurs
-nos colocábamos : nous nous sommes drogués
-me jodió la vida : ça m'a ruiné la vie
-si intentan joderme tres tíos : si trois mecs essaient de me baiser
-empezaba à disfrutarlo : je commençais à l'apprécier
-no me apetecía tanta molestia : je n'avais pas envie de tant souffrir