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dimanche 4 septembre 2016

Des insomnies, des écrivains, des spaghettis

On s'est croisés au lever du jour, dans le lit.
Où t'étais ? j'ai dit. Au salon, avec Richard, tu m'as répondu. Avec des anguilles, si ça se trouve, pour vous tenir compagnie, j'ai pensé. Mais. Plutôt que de te parler de la recette de spaghettis de Richard Brautigan, j'ai préféré te laisser te rendormir et je suis allée à la cuisine avec Ricardo. J'ai lu Ricardo Piglia pendant que cuisaient des lentilles et que je mordais dans mes toasts à l'avocat.
Je suis assis ici, dans un fauteuil de velours contre une fenêtre qui donne sur les toits de Buenos Aires, lisant Henry James, en même temps que les pensées les plus diverses passent devant moi, comme si je les voyais, comme si ma tête était connectée à une chaîne personnelle de télévision. Notre propre chaîne qui fonctionne parallèlement à notre lecture, comme cela arrive parfois avec des amis à qui je rend visite chez eux et que je trouve en train de lire avec la télévision allumée, parfois sans le son, seulement avec les images pendant qu'ils écoutent de la musique. 
Traduction libre d'un extrait* de  Los diarios de Emilio Renzi de Ricardo Piglia.


*Estoy aquí sentado en un sillón de felpa contra una ventana que da a las azoteas de Buenos Aires, leyendo a Henry James,  al mismo tiempo los pensamientos más variados cruzan frente a mí, como si los viera, como si mi cabeza estuviera conectada a un canal personal de televisión. El canal propio que funciona paralelamente a la lectura, como sucede a veces con algunos amigos a los que visito en su casa y los encuentro leyendo pero con el televisor prendido a veces sin sonido, sólo con imágenes, mientras en un combinado escuchan música. 

dimanche 28 août 2016

Tracé (presque) droit

On nous aurait prédit -en ce temps-là- à toi qui ne lisais rien et encore moins les prescriptions scolaires : Un jour, tu liras davantage qu'elle et à moi qui préférais les animaux en tissu aux poils véritables : Un jour, tu nourriras son chien, on aurait bien ri. 
Mais d'être à présent si différents de ce que nous étions il y a trente ans est nettement moins étonnant que de nous apercevoir que nous nous apprêtons maintenant à réaliser joyeusement tout ce qui, il y a encore deux mois, nous paraissait si déprimant. 

dimanche 21 août 2016

Cours intensifs


A moi à qui les conducteurs de bus ne disent plus Au revoir ! mais A demain !, m'est soudain revenu le souvenir de ta leçon inaugurale du temps où, toi sur l'île, moi à Lisbonne* et peu favorisés par les trajectoires low cost, nous étions malgré tout reliés par une latitude commune et où tu assurais ma formation à distance en matière de paysages. 
Tu m'avais avertie qu'à partir du 15 août, tu verras, la lumière change du tout au tout. J'étais débutante et je n'avais pas vu.
Un matin de cette semaine, en revanche, en même temps que tout était pareil à tous les matins, j'ai vu que oui, tu as raison, tout était différent. 

*

dimanche 14 août 2016

TERRasse

Pour bien faire, il aurait fallu que je te parle aussi de la géolocalisation et du droit à l'oubli mais : du monde tel qu'il va, j'en sais à peine davantage que toi. A nous entendre, certains nous auraient sûrement pensés martiens. Or : non. Car nul n'était plus terrien que nous, en ce jour de week end long, où nous avions, au contraire de tous les autres, quitté le bord de l'île pour en gagner l'intérieur. 

dimanche 7 août 2016

D'autres jours

Il y a les jeudis.
Et il y a d'autres jours, les jours où quand 
le bus arrive, je te vois assis et où quand
tu te lèves, quand tu m'embrasses, au bout 
de ton bras il y a un livre de poésie*.


*
ENVÍDIAME, YO PUEDO AMARTE AÚN

Cuando ya no es posible cuando ya
y ya no y es que todo es demasiado
yo puedo amarte aún.

Cuando tú y cuando entonces y después
y me dijiste y puede que si hubiéramos
yo puedo amarte aún.

Cuando ella y cuando él y las llamadas
y las veces que no te respondía,
cuando acaso y en éste mismo instante;
no después sino ahora y no hace falta
decírtelo de nuevo pero sí :
yo te amo por encima de nosotros.

Ben Clark. Los últimos perros de Shackleton.

dimanche 31 juillet 2016

Un réveil à Barcares

Ce n'est, finalement, qu'après ton départ le soir, que j'ai réussi à m'alléger du fardeau de sommeil manquant que je trainais depuis le matin tôt, depuis le moment où, te laissant endormi, j'étais descendue m'allonger dans la mer comme dans notre lit, les vagues molles en guise de drap, avec l'impression de faire chambre à part. 

dimanche 24 juillet 2016

Les rendez-vous du jeudi

Le nombre décroissant 
chaque jour 
sur ma carte d'abonnement 
chaque jour 
m'assure 
me rassure 
le temps passe. 

Mais
plus encore 
me met en joie 
chaque jour
où le nombre ne décroit
pas
car tu me rejoins
je te rejoins
car nous rentrons 
ensemble. 

dimanche 17 juillet 2016

Le jour où tu aurais dû mourir

n'aurait en rien mérité d'être le dernier.   

dimanche 10 juillet 2016

Ma vie dans les plis

Au levant
 j'emporte un peu 
de notre lit sur ma peau 
tatouage éphémère
 il met 
à s'estomper le temps 
que tu mets 
à t'éveiller

dimanche 3 juillet 2016

dimanche 26 juin 2016

ma vie privée (de toi)

De l'aéroport : oui, de toi à l'aéroport : parfaitement, de mes premières impressions de l'île que je voyais dans le jour finissant : assez bien. De mes premiers pas dans ta maison : pas du tout. De la nuit : oui, de la chaleur : oui, des chiens se disputant le privilège de lécher mes mains : très bien. De ta maison, de mon premier regard sur ta maison : non. Je ne me souviens de rien. 
Tu m'en avais dressé le portrait, ne négligeant aucune de ses singularités, aucun des défauts que tu lui connaissais (j'en découvris quelques autres). Dix ans de vie commune favorise l'intimité. 
Mais d'elle je suis seule à connaître la lumière du couchant de l'été : j'y reste tandis que tu la quittes tous les soirs pendant six mois, pour aller travailler


dimanche 19 juin 2016

"Besa y lee, disfruta de tu lengua"*

Nous apprenons un usage de la langue parce qu'il nous intéresse de pouvoir faire ce que permet cet usage. Nous apprenons également une certaine manière d'utiliser la langue. Nous aimons cette manière et cet usage de la langue de la même manière que nous aimons la personne de qui nous l'apprenons. Dans ce sens, nous voulons être comme elle. Nous appartenons ou voulons appartenir au même groupe que cette personne et, pour cela, nous apprenons et voulons apprendre la langue de ce groupe.  
Traduction libre d'un extrait de Describir el escribir (décrire l'écrit) de Daniel Cassany.
Aprendemos un uso de la lengua porque nos interesa poder hacer lo que se consigue con este uso. También aprendemos una determinada forma de usar la lengua. Nos gusta esta forma y este uso de la lengua de la misma manera que gusta a la persona de quien lo aprendemos. En este sentido queremos ser como ella. Pertenecemos o queremos pertenecer al mismo grupo que esta persona y, por eso, aprendemos y queremos aprender la lengua de este grupo.

TU ES LE DICTIONNAIRE BILINGUE 
QUE JE CONSULTE 
AVEC LE PLUS DE PLAISIR


*Embrasse et lis, profite de ta langue
était écrit, sous la reproduction du Baiser de l'hôtel de ville, sur le sac en toile d'une fille entrée dans le café, venue commander un cappuccino à emporter.

dimanche 12 juin 2016

J'aurais aimé écrire

un roman haletant de 500 pages, que je t'aurais donné à lire et qui t'aurait encore mieux tenu éveillé que n'importe laquelle de tes insomnies. 
J'aurais glissé un indice à ta seule intention, qui t'aurait fait comprendre que cette histoire criminelle, cette enquête intelligente, m'avaient été inspirées par la minuscule scène, surprise dans le rétroviseur de ta voiture dans laquelle je t'avais attendu, dans la zone industrielle où tu avais des achats à faire. 
Tu aurais refermé le livre, épaté. 
Au lieu de cela, je t'ai raconté en moins de 500 mots, en moins de 5 minutes, quand tu es remonté dans la voiture, qu'un policier était intervenu pour calmer des personnes énervées pour un motif que j'ignorais. 

Quelle chance que tu n'aimes pas les romans policiers. 

dimanche 5 juin 2016

libre de recettes

Comme toi qui fréquentes ton marchand de pastels, je vais au marché faire provision de couleurs pour inventer nos salades de l'été. 

dimanche 29 mai 2016

LA SIESTE

A la fin de ma séance de yoga, je suis restée un moment à la fenêtre du studio. 
Parmi les cris des martinets jouant une dernière fois avant d'aller dormir, 
je percevais la voix, au loin, de mon petit ami. 
Sur la terrasse les transats étaient couchés sur le flanc, 
à se toucher,
 comme nous sur le canapé, quelques heures plus tôt.  

dimanche 15 mai 2016

Reading as a pastime

Mais qu'est-ce qu'il fait avec tous ces tubes de peinture ?! Quant à moi, évidemment, je ne les avais pas remarqués. Je dis évidemment parce que, le matin même, Tu as vu le tatouage qu'elle avait sur le bras ?!, et non, évidemment : de la jeune fille que nous venions de croiser, je n'avais noté que l'air revêche qui m'informait plus sur son âge que sur sa véritable humeur. Tu as besoin de tes lunettes pour voir net ce que je vois bien sans les miennes, c'est peut-être ce qui rend nos visions du monde si complémentaires. Alors les tubes de peinture sur la couverture du livre que je lisais, non, je ne les avais pas davantage remarqués que la fleur sur le bras de la jeune fille. De la photo, j'aurais pu dire qu'elle représentait un homme âgé, portant un chapeau, en train de peindre un paysage, face à des maisons. Elle paraissait authentique mais tous ces tubes de couleurs bien rangés, même pas entamés, c'est vrai : la changeaient en véritable publicité, à croire que Winston Churchill n'était pas en train de peindre mais de poser en train de peindre. Il faut savoir se délasser l'esprit, affirme-t-il dans son livre Painting as a Pastime et, pour qui la lecture n'éloigne pas tant du travail et qui ne peut pratiquer de sport sans dommage, la peinture est une enrichissante occupation dans laquelle on peut débuter, comme il l'a fait, à quarante ans, avec un plaisir exempt d'enjeu. Il est bien, ce livre ?! Mais Churchill n'a rien à t'apprendre, toi qui connais depuis longtemps les vertus de la peinture et qui, après avoir atteint les limites du sport, t'es mis à lire à quarante ans. 

dimanche 8 mai 2016

17h20

quel que soit le degré d'intranquillité qu'affichent les journées
rien ne peut altérer la routine de tes goûters d'été

dimanche 1 mai 2016

La vie mondaine


Nous vivons si loin des apéros dinatoires, des brunchs du dimanche, des soirées tapas, des barbecues... des gens, que cette heure impromptue à parler avec des Ecossais de passage,  m'a évoqué, pendant que nous la commentions en remontant vers la maison, les paquets de boulghour ou de lentilles quand je les range dans le placard : des provisions. 

dimanche 24 avril 2016

le dernier vendredi de l'hiver


L'aller fut volubile, le soir solennel.