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lundi 9 mars 2015

l'île sur l'île (fragments d'insularité)

La ville n'est pas loin, il est des endroits d'où l'on voit ses lumières la nuit, sa lumière plutôt, et le jour sa fumée. On distingue même, par temps très clair, les môles du port, des deux ports, ils avancent bras minuscules dans la mer vitreuse, on les sait à plat mais on les voit levés. On voit les îles et les promontoires, il s'agit seulement de se retourner au bon endroit, et la nuit bien entendu les phares, à feux fixes et tournants. Le ciel même bleu semble plus bas, vu de ce plateau, on a beau se raisonner, l'impression demeure. C'est là qu'on voudrait se coucher, dans un creux bien tapissé de bruyère sèche, et s'endormir, une dernière fois, un après-midi. Il ferait du soleil, la tête serait parmi la vie minutieuse des tiges et des corolles, on s'endormirait vite, on quitterait vite des choses charmantes. C'est un ciel sans oiseaux, quelques oiseaux de proie tout au plus, pas d'oiseaux-oiseaux. Fin du passage descriptif. 
Samuel Beckett. Mercier et Camier.
Il faisait si clair, ce matin-là, qu'on voyait Minorque du haut de la Talaya.
Le lendemain, il avait tant plu, tant venté 
: mes chaussures auraient pris l'eau
, je n'avais pas quitté la maison
.

lundi 2 mars 2015

A rebours (fragments d'insularité)

Le voyage de Mercier et Camier, je peux le raconter si je veux, car j'étais avec eux tout le temps. 
Ce fut un voyage matériellement assez facile, sans mers ni frontières à franchir, à travers des régions peu accidentées, quoique désertiques par endroits. Ils restèrent chez eux, Mercier et Camier, ils eurent cette chance inestimable. Ils n'eurent pas à affronter, avec plus ou moins de bonheur, des moeurs étrangères, une langue, un code, un climat et une cuisine bizarres, dans un décor n'ayant que peu de rapport, au point de vue de la ressemblance, avec celui auquel l'âge tendre d'abord, ensuite l'âge mûr, les avaient endurcis. Le temps, quoique souvent inclément (mais ils en avaient l'habitude), ne sortit jamais des limites du tempéré, c'est-à-dire de ce que peut supporter, sans danger sinon sans désagrément, un homme de chez eux convenablement vêtu et chaussé. Quant à l'argent, s'ils n'en avaient pas assez pour voyager en première classe et pour descendre dans les palaces, ils en avaient assez pour aller et venir, sans tendre la main. On peut donc affirmer qu'à ce point de vue les conditions leur étaient favorables, modérément. Ils eurent à lutter, mais moins que beaucoup de gens, moins peut-être que la plupart des gens qui s'en vont, poussés par un besoin tantôt clair, tantôt obscur. 
Samuel Beckett. Mercier et Camier


Dilluns a divendres | Lunes a viernes | Monday to Friday | Montag b is Freitag

Càmping Muro 9:00 
Platja de Muro 9:05 
Platja d'Alcúdia 9:10 
Port d'Alcúdia 9:20 
Alcúdia 9:30 
Inca Av. Reis Catòlics 10:00 
Inca Hospital10:05 
Palma10:30



Aller à Palma c'est : 
partir de l'avenue d'Inca 
(à Alcúdia)
à 9h30
et
passer dans l'avenue d'Alcúdia
(à Inca)
à 10h

vendredi 27 février 2015

Le cabinet des rêves 216

Oui, dit Camier, au lieu de m'écouter tu ne penses qu'à me raconter ton rêve. Tu n'ignores pas cependant ce que nous avons arrêté à ce sujet : pas de récits de rêve, sous aucun prétexte. Une convention analogue nous interdit les citations. 
Samuel Beckett. Mercier et Camier
Des collégiens jouent à cache-cache sur le chemin de l'école. 
Je suis couchée dans mon lit (qui est dans la rue ? ou à proximité)
Comme je le redoutais en sachant les enfants aux alentours, l'un d'entre eux (mais il s'agit plutôt d'une grande personne) vient se coucher en travers de moi, sur mon ventre. 
Je me débats en criant pour qu'il s'en aille. 
Je cherche à l'agripper par les cheveux ou le visage.
Non seulement je ne vois rien à ce que je fais parce que je ne peux pas relever la tête mais, en plus, j'ai les mains toute molles et je n'ai aucune force. 

Rêve du 12 février 2015