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mardi 8 mars 2016

Tuesday self portrait

Partout, tout autour de la chambre, le vent, la rumeur de la mer, des pas dans le couloir, des aboiements de chiens en bas. Dans la chambre, un silence très épais et au milieu mon coeur qui bat. Il me reste mon coeur qui bat toujours, toujours. Près de la mer, en plein jour, c'est autre chose. On est dans la main de la mer. On est ce plaisir de respirer. Dans un ordre qui ne sent pas, on est ce rien de désordre qui sent. Une chose à constater la mer. On goûte alors comme une gourmande le bruit de son coeur qui bat. Alors qu'il pourrait ne pas… qui bat pour rien. Ou pour une raison qu'aujourd'hui ne contient pas. Qui bat pour rien. Car, chaque fois, aujourd'hui est un jour pour rien, qui n'aura pas son pareil. On est en vacances de soi-même qui ne sert à rien en attendant. Alors on existe pour le plaisir; on est présente à ce présent; les jambes n'y tiennent plus, elles veulent bouger et sont pleines de rires à secouer.  
Marguerite Duras. La vie tranquille

mardi 8 avril 2014

Tuesday self portrait

Dans un entretien, Marguerite Duras s'énerve un peu : "L'autoportrait, je ne comprends pas ce que ça veut dire. Non, je ne comprends pas. Comment voulez-vous que je me décrive ? Vous savez, la connaissance, c'est une chose difficile, une chose qu'il faudrait revoir, la connaissance de quelqu'un. Qui êtes-vous, allez-y, répondez-moi, hein ?"
Nathalie Léger. Supplément à la vie de Barbara Loden

mardi 11 mars 2014

Tuesday self portrait

On a parlé des gens en général. On a dit que tous les gens qu'on voyait dans les bars, les bateaux, les trains, étaient inoubliables, même si après on les oubliait. Pas ceux des photographies de journaux, ni ceux des films, mais ceux-là qui étaient seuls dans les autobus ou dans les bars, le soir, travailleurs ou pas travailleurs, pareils, éreintés par la journée écoulée, plongés pareils dans la sombre exaltation de la vie intérieure. 
Marguerite Duras. Emily L. 

dimanche 2 février 2014

A lady of a certain age

Je ne sais pas si l'amour est un sentiment. Parfois je crois qu'aimer c'est voir. C'est vous voir.

Marguerite Duras. Emily L.
Les premiers jours, sur ton chevalet, je n'étais pas coiffée, pas maquillée, à peine habillée. 
Quand je traversais ton atelier, il me semblait me voir telle que toi, tu me vois, tous les matins. 

mercredi 22 janvier 2014

Un jour transsibérien

, un jour à regarder les nuages passer par la fenêtre, un jour à lire un livre en entier*, un jour à se resservir du thé, un jour à ne pas travailler, un jour à tout remettre au lendemain, c'était un lundi loin du soleil.
*Le problème qui avait dû se poser devait être celui du temps qu'il y avait à vivre. Cela sans en enlever un seul jour, une seule heure, un seul lieu, une seule phrase. 
Marguerite Duras. Emily L.

mercredi 31 juillet 2013

La vie matérielle

Le temps est lent et noir et blanc dans la maison où chats et meubles semblent par moment plus vivants que les humains.
La petite Nathalie Granger a des yeux de sauvageonne mais ses mains dociles sur le clavier font penser que son avenir n'est peut-être pas aussi incertain qu'on pourrait le croire.  
A la fin, fatiguée de désoeuvrement, indifférente au monde, elle dort comme un petit animal. 
Lundi est encore loin. 

(Nathalie Granger est un film de Marguerite Duras)
Marguerite Duras : La caméra reste, devant la table, bêtement, on pourrait dire, oui, bêtement. La table rend compte d'autre chose, d'un tout, de la vie... Peut-être j'allais dire de la vie, d'une vie à un niveau plus bas, d'une vie à un niveau plus bas, d'une vie encore plus;.. encore plus... physique, voyez-vous, de la maison. On voit, de même, à un moment donné, la radio, seule, sur une table, il y avait du soleil là.
Xavière Gauthier : Livrée à elle-même. Mais je crois que, justement, après avoir vu le film, des tas de gens peuvent découvrir ce que ça peut être qu'un travail de femme, de ménagère, enfin de ce que les femmes font à la maison. Et pourquoi ?
Marguerite Duras : C'est le temps, le passage du temps : on mange, les enfants partent à l'école, le mari s'en va, on téléphone, les deux ou trois petites corvées, on dessert la table, on lave la vaisselle, la vaisselle est rangée, et puis toc... C'est le vide, c'est le loisir, elles ont deux ou trois heures devant elles, vides, voilà. 
Xavière Gauthier : Je me demande si le temps pour un homme est le même que pour une femme. Mais ça parait absurde dit comme ça. 

Marguerite Duras et Xavière Gauthier. Les parleuses.