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mercredi 17 août 2016

Le grand sommeil

Sentir partir la mienne 
à gauche
à droite
ou m'entrainer irrésistiblement vers l'avant


me fait penser :
MAIS Où A-T-ON LA TÊTE quand on dort DANS LES TRANSPORTS ?

vendredi 15 juillet 2016

Le cabinet des rêves 288

Mon père est revenu
Il a commencé des travaux dans la salle de bains mais s'est interrompu avant d'avoir fini. 
Je voudrais prendre une douche mais je ne peux pas : de l'eau coule sans arrêt et inonde tout à côté de mon lit qui est au centre de la pièce. 
Comme je l'appelle et qu'il n'arrive pas, je remets mon pyjama, sors de la pièce et réitère mon appel vers le haut de la maison -je suis au sous-sol.
Il ne semble pas du tout enthousiaste à l'idée de devoir finir les travaux, en revanche, il me rappelle la proposition qu'il m'a déjà faite : me faire un tatouage, quel que soit celui que je désire. 
J'y réfléchis : quel dessin ? à quel endroit ?
Mais, décidément, je ne tiens pas du tout à porter un tatouage. 
Je monte pour le lui dire et le convaincre de descendre. 
Je le trouve couché, prêt pour la nuit, avec ma mère. 
Ils sont chacun à l'extrémité de leur côté du lit et se parlent en s'agaçant mais sur un mode humoristique, de plaisanterie. 

Sans transition mais nous sommes tous, soudain, tout habillés, j'ai invité mon père à goûter une salade que j'ai rapportée du Japon. 
Il s'exclame : Ah oui ! C'est un shiitake ! quand je lui parle du champignon qui aromatise tant la bouchée qu'il est en train de manger. 
Je suis en train de déballer tous les ingrédients de ma salade, un par un. 
Ils sont tous déshydratés, conditionnés sous vide, dans des emballages individuels. 
J'encourage mon père à faire la même chose pour la sienne sinon elle va rester fade mais non : il préfère la manger ainsi. 
Elle n'a pourtant aucun goût : elle date de quand je suis rentrée du Japon, il y a six ans. 
Il évoque Fukushima qui nous empêcherait de manger aussi simplement des aliments venus du Japon. 
Je lui fais remarquer que, bien avant la catastrophe, les Japonais n'avaient pas forcément la conscience de la salubrité de leurs aliments ou de leur goût. La preuve : les ingrédients de cette salade emballés dans autant de plastique. 
Ma mère assiste à tout mais ne mange pas de salade (elle n'a pas d'assiette) et n'intervient à aucun moment. Elle est une présence bienveillante mais que nous ne semblons pas remarquer. 

Rêve du 29 juin 2016 

jeudi 21 avril 2016

L'écriture ET la vie

On* disait ça des Japonais, dans le temps.
Parce que, bien avant l'invention des appareils photo numériques puis des téléphones portables, ils déclenchaient un retardateur, ils couraient devant les monuments, parce que, bien avant l'avènement des réseaux sociaux, ils photographiaient leur repas, parce que, bien avant la mode des selfies devant la Joconde, ils repartaient des musées chargés de pellicules impressionnées… On disait d'eux que, à trop vouloir la documenter, ils passaient à côté de la vie. 
Le plus souvent, mon appareil photo reste dans mon sac. Je ne possède pas de téléphone. 
Pourtant, ne dirait-on pas de moi ce que l'on disait d'eux si ma façon d'évaluer les instants selon ce je peux en raconter était aussi visible ?
(car moi aussi, je suis une prédatrice de la vie) 


*On mais moi, aussi.

jeudi 15 octobre 2015

inFORMEL

Je suis arrivé à la gare à six heures du matin. Il faisait froid. Dans le port sonnait la sirène du brouillard, autour de moi, des gens lisaient les journaux du matin, presque personne ne parlait. J'ai demandé d'une manière suspecte une tasse de thé noir. Le serveur, surpris que je ne veuille pas de lait dans ma potion létale s'est dirigé vers moi en m'appelant Love et, ensuite, Dear. Comme j'ignorais encore que de telles appellations affectueuses étaient d'usage courant et ne signifiaient rien, je me suis senti comme dans un autre monde, un monde où on m'appréciait beaucoup. Ainsi, l'Angleterre m'a inspiré un amour à première vue, un amour que j'ai conservé pendant longtemps.
Traduction libre de Lluvia roja de Cees Nooteboom.




Quand le serveur parle français :
Bonjour madame, vous allez bien ?
Quand la serveuse est espagnole : 
¡ Hola guapa ! ¡ Gracias cariño !*
*Salut la belle ! Merci ma chérie ! 
(ça, c'était un chai au café Ordinaire à Shimokitazawa)

mercredi 7 octobre 2015

L'identification (6 : 富士山)

Quand, pour finir, nous sommes arrivés à la maison très chère de Rafa, j'ai demandé comment il avait gagné autant d'argent. Ils ont ri. J'ai précisé : d'où provenait l'argent de la famille. Teresa m'a dit quelque chose à propos de banques. Et ta famille à toi ?, je lui ai demandé, hésitant. Arturo a répondit qu'ils ne l'avaient pas gagné en écrivant de la poésie et nous avons ri. Puis, Teresa m'a dit qu'elle me l'avait déjà raconté, je ne m'en souvenais pas ? J'ai douté mais j'ai dit que si, maintenant je me souvenais. Peut-être me l'avait-elle dit la nuit où nous nous étions connus. Ou elle avait pu me l'avoir raconté à diverses occasions mais je ne l'avais pas comprise. Ou peut-être qu'elle me mentait et qu'elle ne me l'avait jamais dit.*

*Saliendo de la estación de Atocha est un roman américain de Ben Lerner que je lis dans sa version espagnole grâce à la traduction de Cruz Rodríguez Juiz. Il existe en français, traduit cette fois par Jakuta Alikavazovic et publié aux éditions de l'olivier.


Tout se jouait le premier jour. Voire même : dans les dix premières minutes.
Il s'agissait de suivre le pas de course d'une personne toujours aimable mais dont je savais qu'elle avait mille autres choses à faire, acquiescer à chacun de ses Vous voyez ?/Tu vois ?, sourire à la (demi) douzaine de têtes qui (ne) se tournaient (pas) vers moi à chaque seuil franchi, abandonner l'idée de retenir plus de trois prénoms parmi tous ceux qu'on m'énumérait, mémoriser le circuit dans les couloirs, le numéro des bâtiments le cas échéant… et, surtout, retenir le fonctionnement des outils, tout écouter quand j'entendais L'imprimante est ici/Voilà ton code pour les photocopies.
Car je voulais bien passer pour une grande timide ou qu'on prenne ma myopie pour du dédain… Tout plutôt que d'être celle-qui-a-encore-provoqué-un-bourrage-papier.
Aussi, dès qu'il était question de machines… je me concentrais autant que je pouvais, j"oubliais tout le reste.

Ce jour-là, j'avais rendez-vous avec monsieur A. dans son bureau. C'est d'un pas nonchalant qu'il me fit faire un tour à l'extérieur Tiens, regarde, c'est la statue du fondateur. Ici : le terrain de base-ball, l'équipe est assez bien classée. Bon, maintenant, si tu veux bien, on va se presser un peu parce qu'on doit aller dans le bureau du doyen, après tout, c'est lui qui décide si tu peux travailler ici ou pas.
Le doyen s'était excusé platement de ne pas parler ma langue sans me laisser l'occasion d'être confuse d'aussi mal maîtriser la sienne mais je n'étais en état ni de savourer cette quintessence de la politesse japonaise ni de savoir s'ils avaient parlé, lui et monsieur A., de moi ou carrément d'autre chose pendant les dix minutes qui suivirent car je pensais à la photocopieuse, qu'on n'avait pas encore vue.
En sortant du bureau du doyen, monsieur A. me dit négligemment Ah oui ! Je vais te montrer la salle de travail !
Au bout d'un labyrinthe de couloirs, il ouvrit la porte d'une immense salle déserte. Les trois secrétaires interrompirent leur travail, s'inclinèrent profondément devant nous et monsieur A. me dit Bon, voilà, tu sais tout, pour le reste, tu verras avec tes collègues, allez, bon retour hein ?!

Il y eut, donc, deux premiers jours.

Quand je revins, l'immense salle était pleine et bruissait de toutes sortes de langues parmi lesquelles primait l'anglais. Je m'installai au hasard à une table en face d'une Américaine placide et aimable qui me dit son prénom en plus de celui de toutes les personnes qui l'entouraient sans interrompre le découpage auquel elle était occupée ni la conversation qu'elle menait et à laquelle elle m'intégra. En dix minutes, il y eut un tourbillon d'informations concernant tout aussi bien la feuille de présence à signer, des détails de la vie privée de tout le monde, l'endroit où se trouvaient les craies ou les magnétophones et… le fonctionnement de la photocopieuse.
J'abandonnai vite l'idée de comprendre quoi que ce soit.
J'essayai de me figurer ce que c'était que d'avoir une langue maternelle dont on pensait que le monde entier la maîtrisait, quel que soit le sujet qu'on abordait, quel que soit le débit auquel on parlait.
Je n'y parvins pas.
Je pris le parti de sourire, de paraître intéressée par tout ce qu'on me disait. 

Quelques jours avant la fin du trimestre pendant lequel j'avais provoqué plusieurs bourrages-papier, il fut question d'aller manger à la cafétéria, pour fêter le départ de l'Américaine. 
-Ah bon, elle part ? 
-Ben oui ! Elle l'avait annoncé le jour de ton arrivée, tu ne te souviens pas ? Elle suit son mari qui est muté.
-Ah bon, elle est mariée ? 
-Ben oui ! Tu sais bien ! Tu étais là quand elle nous a montré sa bague !
Je mangeai en silence, le départ de l'Américaine, la fin du trimestre... me procuraient, finalement, un réel soulagement.

Un autre jour, dans la grande salle, je m'émerveillai devant Y. que le mont Fuji nous apparaisse dans l'exact prolongement de l'allée principale. 
Elle sourit mais parut interloquée.
-Ben… oui ! C'est pour ça qu'elle s'appelle l'allée du Fujisan ! J'aurais parié que monsieur A. te l'avait dit le premier jour !

mercredi 30 septembre 2015

L'identification (5 : l'assimilation intuitive)

Mon plan consistait à apprendre la langue en lisant les oeuvres maîtresses de la littérature espagnole et j'avais fantasmé sur la nature et l'effet d'un idiome assimilé ainsi, sur comment son accent archaïque et sa rhétorique formellement accentuée choqueraient en comparaison des trivialités de la vie quotidienne et donneraient l'impression non pas tant que je venais d'un pays étranger mais plutôt d'une autre époque. Je m'imaginais utilisant une belle et rare tournure près du feu de bois après que Jorge aurait sorti de l'herbe et voyant les visages des autres quand ils auraient saisi qu'ils ne me comprenaient pas non à cause de ma nullité ou de mon accent mais à cause de leur éloignement de leur propre langue classique.
Mais je ne parvenais pas à travailler sur la prose en espagnol, en partie parce que j'avais à chercher tellement de mots que jamais je n'expérimentais la progression de la phrase; elle restait un amas de particules, elle ne créait jamais de vague et je n'avais pas la patience de relire la même page une nouvelle fois jusqu'à ce que les mots cessent d'être de simples points et forment une ligne.
(…)
Arturo me fit une accolade amicale après en avoir fait une aux autres et, comme j'étais le plus proche du bar, il me demanda si je voulais boire quelque chose. Qu'est-ce que tu fais à Madrid, demanda-t-il. A cela, je répondis une version de la réponse que j'avais mémorisée pour l'examen d'espagnol à Providence, une longue réponse élaborée par un ami qui parlait bien espagnol et qui avait à voir avec l'importance de la Guerre Civile -dont je ne savais rien- pour une génération d'écrivains -que je n'avais pratiquement pas lus. J'avais l'intention d'écrire, dis-je, un long poème d'investigation qui explorerait le legs littéraire de la guerre. C'était une réponse d'une considérable complexité grammaticale qui décrivait la transcendance de mon projet au conditionnel, subjonctif et futur. A ma grande surprise et ma grande crainte, cela éveilla l'intérêt de Arturo qui me cribla de questions.
J'ai du mal à t'entendre dans ce bar, lui dis-je. Je commandai deux bières et, quand elles arrivèrent, il paya et me fit signe de le suivre dehors.
Dehors, nous allumâmes des cigarettes et, avant qu'il puisse me répéter ses questions, je m'empressai de l'éclairer : je ne parlais pas bien espagnol. Je lis très bien, mentis-je, mais je ne parle pas bien.*

*Saliendo de la estación de Atocha est un roman américain de Ben Lerner que je lis dans sa version espagnole grâce à la traduction de Cruz Rodríguez Juiz. Il existe en français, traduit cette fois par Jakuta Alikavazovic et publié aux éditions de l'olivier.



Je vais lire en espagnol, me suis-je dit
et j'ai lu, je lis

Álvaro Pombo, Luisgé Martin, Rosa Montero, Ray Loriga, Julio Cortázar,  Juan José Millás, José Carlos Llop, Belén Gopegui, Enrique Vila-MatasPedro Zarraluki, Justo Navarro, Fabio Morábito, Eduardo Galeano, Javier Cánaves, Javier Marías, Luis Goytisolo, Claudia Piñeiro, Alejandro Zambra, Luis García Montero, Javier Salinas, José Luis de Juan, José Ovejero
et le jour où je parlerai, 
j'ai pensé, 
ce sera comme un livre

Comme un livre, certes. Mais un livre à l'accent français. 
J'éprouve un certain malheur à posséder une langue maternelle aussi peu accentuée ainsi qu'une mémoire visuelle car, quand il s'agit d'en apprendre et d'en parler une autre, j'en mémorise le vocabulaire mais pas toujours la musique. 
Le risque de confusion me rend muette. Ou m'oblige à des périphrases compliquées qui rendent perplexes mes interlocuteurs. Ou me prive de certains sujets de conversation. 
Ainsi, au Japon, je n'ai jamais évoqué du salon de coiffure (美容院 [biyou in]) que je fréquentais pourtant avec assiduité, de peur qu'on me croie malade au point d'aller régulièrement à l'hôpital (病院 [byouin])

(Pour les Japonais, ces deux mots sont tellement distincts qu'il leur est très difficile de deviner quelle confusion on est en train de faire et d'imaginer ce qu'on veut réellement dire…)

jeudi 14 mai 2015

La vie des pages (21)

-Excusez-moi -dit une voix dans leur dos. 
Ils se retournèrent pour voir Kamita, qui était descendu de son tabouret, debout, là. 
-Voulez-vous bien laisser en paix le patron ? dit-il en désignant Kino. De plus, vous me déconcentrez et je ne peux pas lire. 
Kamita parlait avec lenteur et sur un ton plus serein que de coutume. Mais on sentait que, depuis un point invisible, quelque chose se mettait en marche. 
-Et je ne peux pas lire -répéta d'une voix basse l'homme de petite stature. Comme s'il voulait s'assurer qu'il ne s'agissait pas d'une erreur grammaticale. 
-Parce que tu n'as pas de maison ? demanda le plus grand à Kamita. 
-Si -répondit Kamita- Je vis près d'ici. 
-Alors rentre lire chez toi. 
-ça me plait de lire ici, répondit Kamita.  
Traduction libre de Haruki Murakami.

Une nouvelle par jour, pendant une semaine. 
La lecture de ce recueil de Murakami ressemblait à une prescription. 
Davantage que des citations, j'en notai le nom des musiciens diffusés dans son bar par Kino
avec l'impression d'ajouter des médicaments à mon armoire à pharmacie.  

lundi 30 mars 2015

Lille (fragments d'insularité)

Quitter Lille pour aller vivre sur une (autre) île c'était tourner le dos aux autoroutes, échanger une clé de contact contre une clé d'antivol. 
Après cela, je n'ai plus conduit que pour déménager.
C'est sans doute pour cela que je n'avais jamais vu avant de vivre ici cette voiture qui porte le nom d'une (autre) île. 

vendredi 25 juillet 2014

Le cabinet des rêves 185

Je suis en France après être rentrée du Japon, dans un Monoprix où, à chaque caisse, il y a la queue jusqu'au bout du rayon. 
Je vois S. qui attend pour payer, une bouteille d'huile d'olive dans les bras. 
Je la regarde, lui souris. 
Elle, comme à son habitude, a une attitude ambiguë : mi "viens me voir" mi "laisse-moi tranquille" alors je n'insiste pas. 
Je vais dans le rayon gants et écharpes et en regarde une, crème, en laine. 
Je me dis qu'elle va être trop vite trop chaude pour la saison mais j'en porte une en tissu, bariolée, qui n'est pas assortie avec le reste de mes vêtements et je pense que je n'ai plus mon autre foulard, celui du Japon, qu'un de mes neveux (ils sont deux, jumeaux, et je ne parviens pas à les distinguer) a abimé à force de le porter. 
Je prends, donc, l'écharpe et me dirige vers la caisse. 
Toutes les files ont disparu car d'autres caisses ont été ouvertes de l'autre côté du magasin.
Je paye par carte et ça a l'air de poser problème. 
Même si ce n'est pas à cause de ma carte mais de la caisse, que je ne suis pas responsable du très long temps que demande la transaction, je me sens un peu coupable en voyant qu'une nouvelle file commence à se former derrière moi. 

Rêve du 6 juillet 2014

mercredi 9 juillet 2014

Là, c'est le jour où j'ai lu un vers de W.H. Auden :"A home, the centre where the three or four things that happen to a man do happen",

dans le livre de Geoff Dyer, Yoga para los que pasan del yoga, où j'ai été intriguée par le titre du poème , Detective story, où j'ai voulu le lire in extenso et où je l'ai trouvé cité par un Anglais qui a vécu au Japon avant d'emménager à Bruxelles.




















Detective story
 
For who is ever quite without his landscape,
The straggling village street, the house in trees,
All near the church, or else the gloomy town house,
The one with the Corinthian pillars, or
The tiny workmanlike flat: in any case
A home, the centre where the three or four things
that happen to a man do happen? Yes,
Who cannot draw the map of his life, shade in
The little station where he meets his loves
And says good-bye continually, and mark the spot
Where the body of his happiness was first discovered?
An unknown tramp? A rich man? An enigma always
And with a buried past but when the truth,
The truth about our happiness comes out
How much it owed to blackmail and philandering.
The rest’s traditional. All goes to plan:
The feud between the local common sense
And that exasperating brilliant intuition
That’s always on the spot by chance before us;
All goes to plan, both lying and confession,
Down to the thrilling final chase, the kill.
Yet on the last page just a lingering doubt:
That verdict, was it just? The judge’s nerves,
That clue, that protestation from the gallows,
And our own smile… why yes…
But time is always killed. Someone must pay for
Our loss of happiness, our happiness itself.
 
W.H. Auden





dimanche 23 mars 2014

本当の気持ち

Ta tête reposait sur mon épaule, ma main était sur la tienne. 
Nos yeux, rivés sur l'écran, ne voyaient pourtant pas le même film
Moi, c'est simple, j'étais là-bas
Tout. 
les inflexions de voix 
les séchoirs à pinces sur les balcons 
les cartables des écoliers
 les bustes inclinés
 les parois en papier
 les formules  
-de remerciement 
d'encouragement
 d'accueil
 de salutation
 de désolation- 
les chaussures à talons
 les chaussons
Tout me ramenait à ce qui avait été mon quotidien dans un autre temps.
A la fin : 
-C'est peut-être comme si toi, je ne sais pas, tu voyais un film qui se passerait aux Canaries. 
-Non : c'étaient les films français qui me faisaient cet effet.*

*et, récemment, tu m'avouas Je perds mon espagnol ! et je dois me forcer à imaginer le temps où tu ne parlais ni aux bêtes ni à personne, ni ne jurais dans l'atelier dans ta langue maternelle.

mardi 18 juin 2013

Tuesday self portrait

Enoshima 5 septembre 2009-Lisbonne 12 juin 2013
Parce que la répétition, ici, c'est moi qui la fais. Est-ce que je reproche à Paul Bocuse de cuisiner trop salé ? Et quand le mécano a les doigts dans le moteur, tu le pousses pour y mettre les tiens ?
De toute façon, c'est pas compliqué, c'est comme quand on regarde un tableau impressionniste : de près, des petites taches; on se recule un peu, et hop là, c'est le moulin de la Galette.
Nathalie Quintane. Cavale