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lundi 27 janvier 2014

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Avant d'entreprendre le voyage, j'étais sûr qu'il me suffirait d'arriver en ce lieu pour laisser derrière moi comme on lâche du lest, une longe période de ma vie; désormais tout serait facile, lumineux, différent. Quand je m'imaginais sur ces terres, le seul point qui exigeait de moi quelque effort, c'était la description détaillée du paysage : combien de chemins y aurait-il, combien de maisons, quelle allure, et je me demandais si ces étendues désertiques auraient la forme de trapèzes arasés. Mais, en ce qui concerne le ciel, je n'avais pas le moindre doute. Tel un peintre naïf, j'y mettais toujours le soleil, symbole de ma nouvelle vie. Un soleil fragile, comme il se devait en hiver, mais malgré tout d'une intensité suffisante pour égayer mon âme de fougères et de mousse. 
Bernardo Atxaga. Obabakoak.
Nous avons quitté le ponton où j'avais enregistré ses réponses à mon enquête, nous nous sommes installés sur le canapé de l'hôtel de nos samedis et c'est là que, comptant le nombre de nos déménagements, nous nous sommes trouvé un nouveau point commun.

mardi 21 janvier 2014

Tuesday self portrait


Dans un village plein de vieux et qui atteint à peine deux cents habitants, l'inconnu qui arrive de l'extérieur avec l'intention de s'y installer devient sur-le-champ la grande nouveauté.
(...) Les choses étant ainsi, l'inconnu n'aura plus qu'à se multiplier. Il devra parler à tout le monde, accepter toute invitation à descendre au cellier boire un coup d'où qu'elle vienne. Cette besogne -passer ses journées à courir d'un côté à l'autre- lui semblera bien fatigante, mais il s'en acquittera toutefois dans la bonne humeur; lui aussi est étonné d'un accueil si affable; lui aussi éprouve de la curiosité envers ces paysans et ces bergers qui brusquement, du jour au lendemain, ont fait partie intégrante de sa vie. Puis il sait que sa situation changera au bout de quelques jours et que, lorsqu'il aura cessé d'être une nouveauté, il deviendra un habitant comme les autres du village. Et c'est l'espoir d'une vie sans complication qui le réjouit aussi. Deux ou trois amis, un dîner de temps à autre, se promener, lire : tout ce dont il a besoin pour vivre à sa guise.
Bernardo Atxaga. Obabakoak.