Affichage des articles dont le libellé est George Sand. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est George Sand. Afficher tous les articles

lundi 26 octobre 2015

L'île en papier (fragments d'insularité)

Jules Verne, contrairement à tant d'autres, ne fit pas le voyage jusqu'ici mais emprunta à l'Archiduc Louis-Salvador de Habsbourg les détails qui lui furent nécessaires à l'écriture de Clovis Dardentor :
« … il serait inutile de se déranger, de quitter sa maison, de se mettre en route, inutile d'aller de visu admirer les merveilles naturelles recommandées aux voyageurs. Il suffirait de s'enfermer dans une bibliothèque, à la condition que cette bibliothèque possédât l'ouvrage de Son Altesse l'archiduc Louis Salvator d'Autriche sur les Baléares, d'en lire le texte si complet et si précis, d'en regarder les gravures en couleurs, les vues, les dessins, les croquis, les plans, les cartes, qui font de cette publication une oeuvre sans rivale. »

George Sand, quant à elle, a fait le déplacement mais s'est malgré tout largement inspirée d'autres voyageurs pour écrire son Hiver à Majorque :
"L’endroit où la romancière a vraiment découvert cette île méditerranéenne n’est autre que son propre salon parisien. George Sand s’est contentée de prendre des notes à partir de livres empruntés à la Bibliothèque Royale ; on en connaît même les dates d’emprunt et de retour. En somme, elle est parvenue à combiner les souvenirs de son vécu avec la consultation d’ouvrages dont elle ignorait jusqu’à l’existence peu avant de se mettre à écrire son manuscrit. Ce manuscrit contient même des feuillets écrits de la main d’un érudit, Joseph Tastu, qui l’avait précédée dans un voyage en Espagne" (Antoni Ferrer, Université de Provence).
Et moi.
Moi je pourrais vous faire croire que je voyage
alors que seuls les nuages. 

lundi 12 janvier 2015

Résidence d'écriture (fragments d'insularité)

Moi aussi.
Moi aussi, (1), je reste silencieuse devant :
ou bien,
sans accumuler les synonymes
-admirable, charmant, éblouissant, enchanteur, magnifique, merveilleux, splendide, sublime, superbe-
ce que je dis,
le plus souvent,
n'a rien d'unique, de poétique :
C'est beau.

Alors d'où vient 
qu'ici
ont séjourné tant d'écrivains.(2)

(1)
C'est une ces vues qui accablent parce qu'elles ne laissent rien à désirer, rien à imaginer. Tout ce que le poète et le peintre peuvent rêver, la nature l'a créé en cet endroit. Ensemble immense, détails infinis, variété inépuisable, formes confuses, contours accusés, vagues profondeurs, tout est là et l'art n'y peut rien ajouter. 
George Sand. Un hiver à Majorque.
(2)
Robert Graves (3) mais aussi Ernst Jünger (5), Albert Camus, Gertrude Stein, Jean Cocteau, Paul Morand, Jorge Luis Borges, D.H. Lawrence, Jean Giono, Camilo José Cela, Kingsley Amis, W.B. Yeats, etc

(3)
J'ai choisi Majorque pour m'établir il y a un quart de siècle parce que son climat a la réputation d'être le meilleur d'Europe. Et parce qu'on (4) m'a assuré -avec raison, comme j'ai pu le vérifier- qu'on pouvait vivre ici avec un quart de ce qui est nécessaire en Angleterre. Et parce que l'île est assez grande -environ 2000 kilomètres carrés- pour que je ne me sente pas claustrophobe.

(4)
Quand j'y pense, la première personne qui m'a recommandé Majorque a été Gertrude Stein.
(…) Gertrude, qui parlait toujours raisonnablement, m'a assuré que les Majorquins étaient joyeux, propres et aimables, culturellement proches du sud de la France et agriculturellement encore ancrés dans le dix-huitième siècle. Elle a ajouté qu'il n'y avait aucun piège : que si j'aimais le Paradis, Majorque l'était, le Paradis. Elle, de son côté, préférait passer la majeure partie de l'année à Paris.
(…)
De sorte que je m'y suis installé et Gertrude avait raison : il n'y a aucun piège, excepté pour ceux qui transportent avec eux leur enfer personnel.
Robert Graves. Por qué vivo en Mallorca
(Je traduis ici librement la traduction espagnole qu'ont réalisée Lucía Graves et Natalia Farrán Graves de l'anglais)

(5)
"Des années plus tard, en 1931, Jünger visita enfin Majorque.

C'est seulement à la fin -raconte-t-il dans Jeux africains- que j'ai réalisé que mon hôtel se trouvait juste à l'extrémité opposée de la tour solitaire. Je n'ai pas pu renoncer à escalader le sommet de la tour
qui, peut-être, avait autrefois servi de tour de guet contre les pirates berbères. Là m'est apparue comme dans un miroir enchanté l'autre partie de l'île que je n'avais pas encore vue.

La tour est La Talaia d'Albercutx, située sur la route qui conduit de Pollensa à Formentor. Le petit hôtel où il logea -où étaient hébergés également les officiers anglais pendant leur retour des Indes et, des années plus tard, l'écrivain Agatha Christie- était l'Illa d’Or, à Puerto Pollensa.
Nous savons aussi qu'il visita Alcudia, Formentor, Palma et, probablement l'ermitage de Santa Magdalena à Inca."

Extrait librement traduit d'un article de la revue Fronterad.

lundi 29 décembre 2014

Les jours longs (fragments d'insularité)

On ne comprend pas le peu de précautions que prennent les Majorquins contre ces fléaux du vent et de la pluie. Leur illusion ou leur fanfaronnade est si grande à cet égard qu'ils nient absolument ces inclémences accidentelles, mais sérieuses, de leur climat. Jusqu'à la fin des deux mois de déluge que nous eûmes à essuyer, ils nous soutinrent qu'il ne pleuvait jamais à Majorque.
George Sand. Un hiver à Majorque
 
L'hiver majorquin est court -environ deux mois et demi- et, bien qu'il ne soit pas sévère puisque les gelées ne concernent que les sommets, il peut toutefois être lourd : les insulaires adhèrent malheureusement à la tradition ancestrale de croire que l'hiver n'existe pas. Cette croyance ridicule a affecté l'architecture. Peu de maisons possèdent une cheminée, excepté dans la cuisine, la majorité des portes et des fenêtres ne s'ajustent pas bien et on doit se blottir devant un poêle au charbon, porter de nombreuses épaisseurs de laine si on est une femme ou se geler si on est un homme. Ou alors s'installer dans un hôtel moderne si on est riche.
Robert Graves. Por qué vivo en Mallorca. (Je traduis ici librement la traduction espagnole qu'ont réalisée Lucía Graves et Natalia Farrán Graves de l'anglais)

lundi 6 janvier 2014

Les nourritures terrestres et quotidiennes

Une baguette de campagne + (au choix) : 

saumon fumé + tomate + citron
ou
moutarde + anchois + tomate + citron
ou 
tahin + carottes rapées + oeufs durs
ou 
moutarde + tofu mariné à la sauce soja et à l'huile d'olive + tomate
ou 
dos de thon à l'huile d'olive + tomate + citron
Le fond de la cuisine majorquine est invariablement le cochon sous toutes les formes et sous tous les aspects. C'est là qu'eût été de saison le dicton du petit savoyard faisant l'éloge de sa gargote et disant avec admiration qu'on y mange cinq sortes de viandes, à savoir : du cochon, du porc, du lard, du jambon et du salé. A Majorque, on fabrique, j'en suis sûr, plus de deux mille sortes de mets avec le porc, et moins de deux cents espèces de boudins, assaisonnés d'une telle profusion d'ail, de poivre, de piment et d'épices corrosives de tout genre, qu'on y risque la vie à chaque morceau. Vous voyez paraître sur la table vingt plats qui ressemblent à toutes sortes de mets chrétiens, ne vous y fiez pas cependant, ce sont des drogues infernales cuites par le diable en personne. Enfin vient au dessert une tarte en pâtisserie de fort bonne mine, avec des tranches de fruit qui ressemblent à des oranges sucrées, c'est une tourte de cochon à l'ail, avec des tranches de tomatigas, de pommes d'amour et de piment, le tout saupoudré de sel blanc que vous prendriez pour du sucre à son air d'innocence.
George Sand. Un hiver à Majorque.

mardi 5 novembre 2013

Tuesday self portrait

On ne comprend pas le peu de précautions que prennent les Majorquins contre ces fléaux du vent et de la pluie. Leur illusion ou leur fanfaronnade est si grande à cet égard qu'ils nient absolument ces inclémentes accidentelles, mais sérieuses, de leur climat. Jusqu'à la fin des deux mois de déluge que nous eûmes à essuyer, ils nous soutinrent qu'il ne pleuvait jamais à Majorque. 

George Sand. Un hiver à Majorque

lundi 2 septembre 2013

l' autre bleu

Quant à moi, je me mis en route pour satisfaire un besoin de repos que j'éprouvais à cette époque-là particulièrement. Comme le temps manque pour toutes choses dans ce monde que nous nous sommes fait, je m'imaginai encore une fois qu'en cherchant bien, je trouverais quelque retraite silencieuse, isolée, où je n'aurais ni billets à écrire, ni journaux à parcourir, ni visites à recevoir, où je pourrais ne jamais quitter ma robe de chambre, où les jours auraient douze heures, où je pourrais m'affranchir de tous les devoirs de savoir vivre, me détacher du mouvement d'esprit qui nous travaille en France.
George Sand. Un hiver à Majorque

lundi 1 juillet 2013

Dans 2 mois

(à J.M)

Dans le métro -direction aeroporto- j'essaie de déchiffrer sur leurs visages, sur leurs bagages, leurs destinations. 
Ils rentrent chez eux.
Moi, j'irai là-bas.
Cet endroit que je n'ai jamais vu mais qui, doucement, est en train de devenir 
 chez moi.


Pour aujourd'hui, je ne puis en conscience recommander ce voyage qu'aux artistes robustes de corps et passionnés d'esprit. Un temps viendra sans doute où les amateurs délicats et jusqu'aux jolies femmes, pourront aller à Palma sans plus de fatigue et de déplaisir qu'à Genève. 
George Sand. Un hiver à Majorque.