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lundi 11 avril 2016

Sur un air de Raymond Queneau* (fragments d'insularité)



Un jour vers midi, au sous-sol de la bibliothèque Can Sales, devant la section philosophie, une femme aux cheveux paille qui sentait le tabac me bouscula sans s'excuser en s'approchant des étagères. Elle brandit tout à coup en ma direction un papier portant une cote qu'elle ne parvenait pas à trouver. Je l'accompagnai jusqu'au rayon correct qu'elle quitta rapidement et les mains vides pour retourner au premier étage. 
Quatre heures plus tard, je la revis à une terrasse, en grande conversation avec une jeune fille brune qui aurait pu être sa fille. Elle serrait à deux mains l'échancrure de sa veste contre elle pour tenter de se réchauffer. 
*Un jour vers midi du côté du parc Monceau, sur la plate-forme arrière d'un autobus à peu près complet de la ligne S (aujourd'hui 84), j'aperçus un personnage au cou fort long qui portait un feutre mou entouré d'un galon tressé au lieu de ruban. Cet individu interpella tout à coup son voisin en prétendant que celui-ci faisait exprès de lui marcher sur les pieds chaque fois qu'il montait ou descendait des voyageurs. Il abandonna d'ailleurs rapidement la discussion pour se jeter sur une place devenue libre. Deux heures plus tard, je le revis devant la gare Saint-Lazare en grande conversation avec un ami qui lui conseillait de diminuer l'échancrure de sonpardessus en en faisant remonter le bouton supérieur par quelque tailleur compétent.
Raymond Queneau. Exercices de style.  

vendredi 30 août 2013

Le cabinet des rêves 138

Rêves -toujours des voyages... des départs... Morceau de rêve : je pleure, je dis ce sont toujours les questions de logique pure qui me font pleurer. A examiner.
Raymond Queneau. Journal 1939-1940

Je vais au cinéma. 
Il y a du monde qui attend dans une espèce de grand hall, dont Gérard Depardieu. Ce n'est pas sa présence qui m'impressionne mais sa corpulence ! 
Au moment où j'achète ma place, le caissier me précise que je devrai apporter deux photos la prochaine fois. 
Je lui dis : Ne vous fatiguez pas à m'expliquer : je déménage la semaine prochaine !
Il a un mot gentil. 
Il n'y a aucun endroit où je pourrais m'installer pour attendre et tout le monde est en train de discuter.
Je ne sais pas bien comment me tenir, quelle attitude adopter.
Je vois C.L. et B. en train de parler ensemble. Elles ont l'air très absorbées par leur conversation. 
J'hésite à aller les interrompre pour leur proposer de boire un café avec moi avant mon départ. 
Je pense : De toute façon, quand je serai à Lille, ce sera plus facile de les voir. 
Avant de me raviser : ce n'est pas à Lille que je vais, mais à Majorque. 
Quand je pense à l'effort que nécessite la recherche d'une date commune, j'abandonne l'idée et me dirige vers la fenêtre. 
Le mur d'en face est recouvert d'un papier aux motifs déprimants. 

Rêve du 24 juillet 2013