-Mais vous ne nous avez pas dit ce que vous faites, lui dit Buster.-Je suis écrivain, répondit-il.-Oh ! Quel genre de choses faites-vous ? demanda Esther en laissant retomber sa main et en la suivant des yeux, comme si elle s'attendait à la voir tomber à terre.-J'écris.-Oui, mais… heu… de la fiction ?-Mon livre a été traduit en dix-neuf langues.-Je dois le connaître, dit Esther. Je dois en avoir entendu parler.-J'en doute, dit l'auteur modeste. Il n'a jamais été publié.-Mais vous venez de dire…-Je l'ai traduit moi-même. En dix-neuf langues. Il n'en reste plus que soixante-six, sans compter les dialectes. J'en suis au celte. Une langue charmante, le celte. Il ne m'a fallu que huit mois pour l'apprendre. Ça devrait bien marcher en celte.-Vous voulez dire, être publié ?-Oui, publié en celte. Un jour ou l'autre, je trouverai une langue où on le publiera. Alors, je pourrai me retirer à la campagne. C'est tout ce que je désire, me retirer à la campagne. La prochaine langue sera le gaélique.William Gaddis. Les Reconnaissances.
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mardi 6 octobre 2015
Tuesday self portrait
mardi 25 février 2014
Tuesday self portrait
Quand je voyage, je veux voir des pays, pas des gens. On peut voir des gens dans le métro.
William Gaddis. Les reconnaissances.
mercredi 5 février 2014
Là, c'est le jour où la première page de mon livre était numérotée 505...
... et où j'ai croisé plus de trois personnes sur mon trajet quotidien.Le ton général de l'ouvrage était celui de l'humilité, d'une espèce complaisante et un peu lourde, peut-être, dans le genre du chameau passant par le chas de l'aiguille.M. Pivner feuilleta les pages en jetant un coup d'oeil aux titres familiers. Techniques fondamentales dans la façon de traiter les gens... Six moyens de faire que les gens vous aiment... Douze façons d'amener les gens à partager vos idées... et dodelina de la tête. Il était très las. Pourquoi prêter tant d'attention, consacrer tant de temps à ce livre qui reposait sur son étroit giron ? M. Pivner trouvait une sécurité dans les chiffres; toute publication ayant un million de lecteurs le rassurait, et dans un pays où les maladies mentales frappaient plus de gens que tous les autres maux humains combinés, un tirage de quatre millions était plus rassurant que n'importe quoi : sur vingt-cinq citoyens de plus de quatorze ans capables de lire, l'un d'eux avait acheté ce livre, sans parler des multiples exemplaires déchirés, soulignés, qui avaient circulé parmi les vingt-quatre autres.William Gaddis. Les Reconnaissances, tome II.
mardi 24 décembre 2013
Tuesday self portrait
Ils s'arrêtèrent à un autre carrefour. Le haut-parleur d'une boutique déversait sur eux la voix niaise d'un ténor chantant Je rêve d'un Noël tout blanc sur un ton d'espérance affligée. Et Stanley, abandonnant ses compagnons à cet assaut lugubre, descendit du trottoir comme s'il avait été poussé par Cherubini, les trompettes, le fracas des cuivres : le cor retentit, et il évita de justesse l'énorme automobile silencieuse conduite par une dame fragile, accrochée comme une sculpture gothique au volant qui lui arrivait tout juste au menton.(...) Un homme qui tournait le dos à la boutique déclara :-Il ne neigera pas, il fait trop chaud pour qu'il neige...Et Otto, levant les yeux vers l'endroit que regardait l'homme, vers le ciel du nord au-dessus des immeubles, s'aperçut qu'il ne tremblait pas de froid, mais qu'il tremblait simplement. Et il entendit Max qui disait :-Tu voudrais que tout le monde soit comme toi, voilà ta difficulté, Stanley.-Je voudrais que tout le monde soit comme je voudrais être, répondit Stanley.William Gaddis. Les Reconnaissances.
mardi 12 novembre 2013
Tuesday self portrait
Personne n'avait ouvert l'album depuis des mois. Il y avait des photos de petit format, des instantanés pris pendant les vacances. Certains présentaient des vues aquatiques, des fragments de montagnes, des coins de ciel, pris pour lui rappeler, à des moments comme celui-là, un monde de plein air dont il pouvait voir les merveilles une quinzaine de jours sur quatre cents. Il avait oublié, non pas qu'il y eût des couchers de soleil, mais ce qu'un coucher de soleil pouvait être; ou le vol d'un oiseau; le mouvement de l'eau sur le rivage; la fraîcheur de l'air qu'on se sentait respirer; les distances dans un paysage; le bruit du vent dans un arbre vert, ou la progression silencieuse, incroyable d'un escargot.William Gaddis. Les Reconnaissances.
mardi 22 octobre 2013
Tuesday self portrait
Toi qui as travaillé à la New School, tu peux me renseigner. Est-ce qu'il faudrait que je prépare mes cours ? Ou bien est-ce que je pourrais simplement raconter n'importe quoi ?William Gaddis. Les Reconnaissances.
mardi 15 octobre 2013
Tuesday self portrait
Dans la salle de bains commune, il tâta son portefeuille dans sa poche, puis regarda son reflet dans le miroir : contourné, disproportionné, son visage lui parut celui d'un étranger, parce qu'au cours de cette heure le visage d'Esme, scruté si profondément qu'il avait oublié le sien, et tous les autres visages, le visage d'Esme était devenu l'image même, la définition d'un visage.William Gaddis. Les Reconnaissances.
dimanche 6 octobre 2013
My tailor is...
Il connaissait peu de gens, et les voyait rarement. Depuis trois ans, il n'avait pas écrit à son père; et au bout d'une année à Paris, il avait terminé sept tableaux, en prenant pour modèle une fille nommée Christiane, une petite blonde aux traits délicats. Quand elle exposait un côté de son visage ou laissait une étoffe pendre de son épaule, il trouvait suggérées les lignes dont il avait besoin, les formes qu'il connaissait, mais ne pouvait découvrir dans son oeuvre sans cette allusion à la réalité.
(...) Il ne passait pas son temps à une table de café, à discuter au sujet de la forme, ou de la ligne, la couleur, la composition, les tendances, les matériaux : il travaillait à sa peinture ou bien n'y pensait plus.William Gaddis. Les reconnaissances.
T'y prendrais-tu autrement si tu voulais t'assurer que nous sommes bien faits l'un pour l'autre ?
Car régulièrement, tu vérifies mes mensurations.
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