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mercredi 20 janvier 2016

Hasard et coïncidence en version originale (sous-titrée)

Le lendemain, il va au travail, il est correcteur d'épreuves dans un journal qui est sur le point de fermer. Il travaille de huit heures du matin à dix heures du soir.
2 Pourquoi est-il important de savoir où il travaille ? Ne devrais-je pas me limiter à la relation qu'il entretient avec Raquel ? Remplir le conte avec un tas de détails insignifiants uniquement pour donner l'impression que les personnages sont réels. Qu'ils ont une vie en plus des choses qu'on fait au lit.
Traduction libre d'un extrait* de Fotos tuyas cuando empiezas a envejecer. (Des photos de toi quand tu commences à vieillir) de Maximiliano Barrientos.


Si alguien, alguna vez, lee un libro después de haber descubierto una cita aquí, nunca lo sé. No me importa de verdad. Es el juego. Pero yo, si me gusta un libro que descubierto gracias a alguien, me gusta decírselo, agradecérselo.
Es después haber leído un fragmento en el blog de Javier Cánaves que he cogido el libro de Maximiliano Barrientos en una de las bibliotecas de Palma. Cuando he llegado a la página citada por Javier, he visto que ésta llevaba marcas de bolígrafo, exactamente como aquella que había fotografiado.
No solo he leído un autor que le gusta pero, además, he leído el mismo ejemplar que leyó, él.
Creo que es la primera vez que me ocurre algo así.


Si, à l'occasion, quelqu'un lit un livre après en avoir découvert une citation ici, je ne suis jamais au courant. Ce n'est pas très important. C'est le jeu. Mais moi, si j'aime un livre que j'ai découvert grâce à quelqu'un, j'aime bien le lui dire, l'en remercier.
C'est après avoir en avoir lu un fragment sur le blog de Javier Cánaves que j'ai emprunté le livre de Maximiliano Barrientos dans l'une des bibliothèques de Palma. Quand je suis parvenue à la page citée par Javier, j'ai vu qu'elle portait des traces de stylo, exactement comme celle qu'il avait photographiée. Non seulement j'ai lu un auteur qui lui plait mais, en plus, j'ai lu le même exemplaire qu'il a lu, lui.
Je crois que c'est la première fois qu'une telle chose m'arrive.



*A la mañana siguiente va al trabajo, es corrector de pruebas en un periódico que está a punto de cerrar. Trabaja desde las ocho de la mañana hasta las diez de la noche. 
2  ¿Por qué es importante saber dónde trabaja? ¿No debería limitarme a la relación que sostiene con Raquel? Llenar el cuento con un montón de detalles irrelevantes únicamente para dar la impresión de que los personajes son reales. De que tienen vida además de las cosas que se hacen en una cama.

mercredi 28 octobre 2015

L'identification (8 : les poètes)

-Ainsi tu es poète, Adán.
J'ai souri. Il répétait mon nom comme s'il s'agissait d'une blague d'un seul mot à mon sujet.
-Il vient de donner un récital dans une galerie de Salamanca -a ajouté Isabel pour me gêner.
-Salamanca ! Quelle classe ! -Il était clair que Rufina allait me demander quel genre de poésie j'écrivais.- Quel genre de poésie tu écris ?
-Quels genres de poésie existent ?
Ma réponse m'a plu et je l'ai notée mentalement pour m'en resservir dorénavant.
-Mauvaise et très mauvaise -a répondu Rufina avec un faux mépris.
-I, too, dislike it -j'ai dit en anglais.
-Tu dois être d'une famille fortunée -a dit Rufina, ignorant mon commentaire. Elle a ajouté ensuite une expression idiomatique à propos des mains et des nuages, dont j'ai supposé qu'elle disait la même chose de manière plus pittoresque. -Tu n'as pas besoin de travailler ?
Je n'étais pas sûr de savoir comment répondre. En Espagne, je m'étais déjà heurté à cette association entre poésie et argent, aggravée, dans mon cas, par la croyance que tous les américains, du moins ceux qui étaient à l'étranger, étaient riches.*

*Saliendo de la estación de Atocha est un roman américain de Ben Lerner que je lis dans sa version espagnole grâce à la traduction de Cruz Rodríguez Juiz. Il existe en français, traduit cette fois par Jakuta Alikavazovic et publié aux éditions de l'olivier.

A table ce soir-là, les hommes (1) étaient poètes et l'atmosphère
doucement familière. 
Dans la rue, embrassés
on s'est quittés. 
Je suis rentrée, 
sur les draps
brodées
les initiales n'étaient pas à moi.
La compagnie des poètes est portative
et ils voyagent avec moi.
Eux (1) mais d'autres aussi (2): Tous les poètes ont un toit, se sont dit Román Piña et Antonio Manilla, ils ont appelé leur anthologie La casa del poeta et je m'y sens mieux que chez moi.



(1) Javier Cánavas, Joan Payeras, David Pérez Vega, Román Piña.

(2) Juan Bonilla, par exemple :

ISLA DESIERTA

Alguien al ver los libros preguntó
cuál de entre todos llevarías
a una isla desierta. 
Entonces no supiste responder. 
Pero ahora que estás solo y en silencio 
contemplas las paredes atestadas
de libros, das por fin con la respuesta : 
hace tiempo que vives 
en una isla desierta. (3)

(3) dont je fais une modeste traduction :

ÎLE DéSERTE

Quelqu'un, voyant les livres demanda
lequel d'entre eux tu emporterais
sur une île déserte.
Alors, tu ne sus pas répondre.
Mais maintenant que tu es seul dans le silence
tu contemples les murs couverts
de livres, tu donnes enfin la réponse :
il y a longtemps que tu vis
sur une île déserte.

jeudi 7 mai 2015

Chronologie du hasard


Javier Cánaves est né à Palma en 1973 mais cela, je l'ai appris un peu plus tard.

Un jour à Caritas, j'avais acheté de la poésie. En rentrant, j'avais posé ça là. Un soir, un peu plus tard, j'en avais lu quelques pages. La poésie a cela de bien que, même dans notre langue maternelle, elle nous échappe quelquefois. On a une excuse naturelle.

Un autre jour, un peu plus tard, j'avais lu un article, dans une revue, sur un écrivain majorquin. J'avais noté son nom dans mon carnet dont certaines pages ressemblent à un annuaire, les numéros de téléphone en moins. Quand même, il me disait quelque chose, ce nom-là.

Un autre soir, un peu plus tard, j'ai vu que, oui, le recueil de poésie était de lui.

Un jour, un peu plus tard, c'était à Barcares et j'avais dû lire Las cosas que se pierden (1) deux fois car, la première, il n'avait écouté que ma voix.

Un jour, un peu plus tard, j'ai emprunté Al sur de todo mapa (2) mais, trois jours plus tard, j'ai vu La historia que no pude o no supe escribir sur le présentoir et c'est celui-là que j'ai lu.
Le narrateur du roman relate une histoire de jeunesse, une histoire d'amour, qui s'est passée sur l'île de Fuerteventura, avec sa partenaire de travail, Alicia, une drôle de fille, cette Alicia, aux paroles énigmatiques, qui partit travailler ailleurs, un jour et, ce jour-là, partit, aussi, de la vie du narrateur. A son absence, il ne s'habitue pas. L'oublier, ça, il ne peut pas. Alors il la cherche et ne la trouve pas. Un jour, dans le rayon poésie d'une librairie de Madrid, il prend un livre au hasard "au hasard ou peut-être que c'est son titre qui m'attira. La historia que no pude o no supe escribir." Il le feuillette et lit un poème qui raconte, mot pour mot, son histoire avec Alicia. A une exception près : dans le poème, elle s'appelle Laura. Pour tenter de retrouver sa chimère, il part à la recherche de l'auteur, un certain Jaime Castell, né à Palma en 1973.

Quelques jours plus tard, dans le bus pour Palma où j'allais rendre les deux livres, la touriste qui monta devant moi portait sur l'épaule un sac à l'inscription Fuerteventura. Il me restait la durée du trajet pour lire Al sur de todo mapa. Je l'ouvris au hasard et je lus :

LAURA SUEñA FLAMENCOS
                                                Para Aïda 
A Laura la desvela un sueño con flamencos
y baja hastial el jardín donde sabe que duermen.
¿ Dónde queda el hechizo que la luna tejió ?
Laura agoniza y bebe la tregua de los plátanos,
la humedad de las piedras, pero todo se vuelve
escarcha en sus pulmones, y busca una plegaria
en los charcos de plata que alumbran el camino.
Laura sabe que el miedo fue la liebre y el fuego,
el tormento y la dicha, pero cómo evocar
-sin arriesgar el alma- esos días en Cardiff.
Laura guarda en su puño, apretado con fuerza,
una última carta, y deja que sus pasos
la lleven hasta el mar. Cuando amanezca, Laura
será un hueco y el nombre de un poema y la fecha
que consigo quién sabe para cuando y por qué.
Cuando llegue el momento de juntar lo que fuimos
tu nombre hará temblar mi voz en algún punto.
También me desveló, la noche en que te fuiste,
un sueño con flamencos.  

(1)
Las cosas que se pierden (Les choses qui se perdent) est un poème extrait du recueil Al fin has conseguido que odie el blues (Finalement, tu as réussi à ce que je déteste le blues) publié par les éditions Hiperión en 2003.

(2)
Al sur de todo mapa (Au sud de n'importe quelle carte) a été publié par Hiperión en 2001.

(3)
La historia que no pude o no supe escribir (L'histoire que je n'ai pas pu ou pas su écrire) est un roman publié par les éditions Baile del Sol en 2009.

mardi 21 avril 2015

Tuesday self portrait

A veces, al recordar, me digo que no siempre fue un fantasma y para reforzar esta afirmación enumero algunos hechos que podrían probar su condición de no-fantasma (aunque, una vez enumerados, me doy cuenta de su inutilidad, de que aquellos hechos no prueban nada en absoluto). Por ejemplo, en su habitación siempre había esas pastillas de chocolate rellenas de menta llamadas After Eight, tubos de Pringles Original y salsa de queso marca Fiesta (le encantaba mojar las Pringles en aquella salsa), cacahuetes dulces y gominas de todo tipo. ¿ Entiende lo que quiero decir ? Este tipo de cosas son las típicas que no se asocian a los fantasmas, pero si uno piensa en el asunto con detenimiento se da cuenta de su error porque, ¿ qué persona podría alimentarse de estas porquerías ? 

Parfois, en me souvenant, je me dis qu'elle n'a pas toujours été un fantôme et, pour renforcer cette affirmation, j'énumère quelques faits qui pourraient prouver sa condition de non-fantôme (bien que, une fois énumérés, je me rends compte de leur inutilité, que ces faits ne prouvent absolument rien). Par exemple : il y avait toujours dans sa chambre ces chocolats fourrés à la menthe appelés After Eight, des tubes de Pringles Original et de la sauce de fromage de la marque Fiesta (elle adorait tremper les Pringles dans cette sauce), des cacahuètes sucrées et des bonbons de toutes sortes. Vous voyez ce que je veux dire ? Ce genre de choses qu'on n'associe habituellement pas aux fantômes, mais si on pense soigneusement à ce sujet, on s'aperçoit de son erreur parce que quelle personne pourrait se nourrir de ces cochonneries ?
Javier Cánaves. La historia que no pude o no supe escribir

jeudi 16 avril 2015

No hay nada más parecido a un sueño, nada más similar al hecho de contemplar la lluvia, que un viaje al pasado, al propio pasado.*

*Il n'y a rien de plus ressemblant à un rêve, rien de plus semblable au fait de contempler la pluie qu'un voyage dans le passé, dans son propre passé. 
Javier Cánaves. La historia que no pude o no supe escribir
Je continue à les remplir, 
mes carnets. 
Alors que j'aime si peu le relire, 
mon passé. 
Alors pourquoi ?
Je ne sais pas.