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lundi 16 juin 2014

Dans la rue

La croisant dans la rue, je ne décelai sur son visage aucun signe de reconnaissance et je ne m'en étonnai pas car, pendant quelques semaines, arrivant pourtant après moi, elle s'était obstinée, tout en discutant bruyamment avec celle que j'avais cru être une de ses amies avant de me rendre compte qu'une fois dans le bus elles semblaient ne plus se connaître, choisissaient leur siège indépendamment, ouvraient chacune leur livre et ne se saluaient pas en descendant, elle s'était obstinée, disais-je, à se placer juste devant moi comme si je ne les devançais pas dans la file d'attente, comme si je n'existais pas et, à me doubler ainsi, c'était surtout mon dos qu'elle voyait et même ensuite, quand elles eurent logiquement conclu de ma présence régulière que j'étais une habituée moi aussi, quand ce fut derrière moi qu'elles discutèrent, c'était toujours mon dos qu'elle voyait mais, de mon côté, dans cette rue où je la croisai, j'esquissai un sourire dans sa direction, espérant secrètement qu'il mette en branle son trombinoscope mental : elle me sourit je la connais sûrement et c'est vrai j'ai l'impression de l'avoir déjà vue quelque part mais où cela peut-il bien être ? son visage d'étrangère ne m'est pas inconnu mais d'où je la connais ? à moins qu'elle ne m'ait souri seulement parce qu'elle m'a prise pour une autre, quelqu'un de sa connaissance... et je souhaitai qu'elle pense à mon visage avec l'agacement obstiné qu'on met à retrouver un mot qu'on a pourtant sur le bout de la langue, la croisant dans la rue je souhaitai que mon visage l'occupe longtemps.
Et il y a cette autre que je ne connais que souriante et toujours habillée aux couleurs du magasin et de la voir marcher dans la rue, vêtue d'un tee shirt rayé, le visage grave tourné à l'intérieur d'elle-même, de la voir à son insu du haut du bus m'a donné l'impression de la voir nue.

lundi 19 août 2013

Dimanche, 15:22

L'homme s'arrêta subitement sur le trottoir, figé. 
Avant même d'achever la rotation qu'il avait entreprise, il avait semblé s'apercevoir que la femme dont il s'apprêtait à regarder les fesses n'en valait pas la peine. 
A moins que ce soit parce que, pendant ce mouvement, une belle et plantureuse italienne aux courbes généreuses et à la robe rouge étincelante était entrée dans son champ de vision. 
L'ayant dépassé depuis une vingtaine de mètres, je me retournai. 
Il n'avait pas bougé et n'avait pas détourné son regard de la vitrine du concessionnaire.

mercredi 10 avril 2013

en viLLe

je 
ne 
faisais 
que 
passer
les 
murs 
m'
oublieront

dimanche 31 mars 2013

SPEED DATING

Ce n'est qu'après quelques centaines de mètres que j'ai bien dû m'avouer que, même s'il n'était pas allé dans la même direction que la mienne, j'aurais suivi cet homme. 
Allongeant ma foulée pour ne pas me faire distancer par la sienne, je gardais les yeux rivés à ses chaussures dont la fermeture éclair, à l'arrière, à peine révélée par le bas du pantalon, me semblait le détail le plus chic imaginable. Et j'aurais tourné le dos à tout ce qui, l'instant d'avant, me paraissait le plus important dans ma vie en échange de la promesse du récit des voyages qui avaient usé ce cuir si élégamment patiné.
Ce n'est qu'au feu de la porte de Namur que mon regard remonta le long du manteau sombre à la coupe avantageuse et rencontra la main qui enserrait un cahier Moleskine. 
Les doigts, courts et disgracieux, étaient ornés de deux anneaux ostentatoires d'un or clinquant.

  •  Quelques jours auparavant, je les avais pourtant entendues dire que c'étaient leurs mains qu'elles regardaient en premier chez les hommes et j'avais pensé Pas les yeux ?
  • Quelques jours plus tard, à propos du rendez-vous que tu regrettais de ne pouvoir me donner, tu avais écrit Croiser ton regard, entendre ta voix, regarder tes mains. Et j'avais acheté une nouvelle bague.

samedi 30 mars 2013

Le calcul d'itinéraires piétons est en bêta. Faites attention : cet itinéraire n'est peut-être pas complètement aménagé pour les piétons.


Je les ai embrassés
et puis
j'ai traversé la ville
j'aurais dit Comme à l'accoutumée.
Mais dans la rue Haute
j'ai réalisé 
que 
j'avais commencé
à la conjuguer à l'imparfait. 

mercredi 27 février 2013

 NOIR

Au retour, dans la nuit, quand il n'y a plus de regards à croiser sur les trottoirs, ce sont les pavés que je fixe dans les yeux.
Je marche sans écho, de mon pas de garçon, je marche dans mes rêves et d'autres saisons.

 lesétrangers!lesétrangers!lesétrangers!lesétrangers!lesétrangers!les
étrangers!lesétrangers!lesé...  

Seul et contre un poteau, l'homme vitupérait,
de loin, on aurait dit le refrain d'une chanson.