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lundi 25 avril 2016

loin de CHEZ MOI (fragments d'insularité)

Premièrement, faites-vous à l'idée que vous êtes à la campagne et si vous voulez que votre maison soit comme une photo de La Maison de Marie-Claire, vous n'aurez du temps pour rien d'autre. Garder propre une maison entière sans l'aide de personne est une équipée digne de Don Quichotte si vous avez autre chose à faire dans la vie.
Traduction libre d'un extrait de Un hogar en Mallorca (un foyer à Majorque) de Tomás Graves.

Je m'y transporte souvent, dans ces lieux


à Bunyola,

à Palma,

Mahón,

Madrid ,

à Ciutadella.
Où j'ai été chez moi plus que je ne le suis 
chez moi. 

jeudi 7 avril 2016

Poème de table en version originale (sous-titrée*)

A fréquenter les cafés sans parler français, 
j'écris de la poésie minuscule en version originale.

Poema SIN mesa

Hoy he pedido
Un americano 
para llevar
al mercado del olivar
en la tienda de café
para quedarme
al sol en el parque
donde estoy sentada, donde
puedo dedicarme
a recordarme
algunos otros lugares donde
ya me tomé un café. 
En Madrid por la mañana
o la semana pasada
en Ciutadella. 
Eran las ocho y media
al mercado estaba en una mesa.
Unica extranjera
comí un bocadillo a la tortilla
(francesa) 
y luego escribí un sueño
en mi cuaderno. 
Cuando miré
de nuevo la calle
te vi
a ti. 
Habías salido de la cama
caminabas allá
hacia mí. 
Te sonreí.

*
Aujourd'hui j'ai demandé 
un café allongé 
à emporter
au marché de l'olivar
à la boutique de café
pour rester
au soleil dans le parc
où je suis assise, où 
je peux me consacrer 
à me rappeler 
de certains autres endroits
où j'ai déjà pris un café. 
A Madrid le matin
ou la semaine passée 
à Ciutadella. 
Il était huit heures et demi, 
au marché j'étais à une table. 
Seule étrangère, 
j'ai mangé un sandwich à l'omelette 
(française)
puis j'ai écrit mon rêve 
dans mon carnet. 
Quand j'ai regardé 
de nouveau la rue
je t'ai vu, 
toi. 
Tu avais quitté le lit
tu marchais, là-bas, 
vers moi. 
Je t'ai souri.

lundi 28 mars 2016

partir

vraiment (fragments d'insularité)

Ce n'est pas long car ce n'est pas une expédition de préparer un  sac minuscule pour aller prendre le bateau, rendre visite à la petite île soeur

lundi 10 août 2015

Eloge de la lenteur (fragments d'insularité)

Le caractère méridional d'un pays quel qu'il soit est un phénomène relatif, qui n'est pas nécessairement déterminé par la latitude. Ainsi, l'Angleterre du Sud est le Midi pour l'Ecosse, mais plus au sud que cette Angleterre du Sud s'étend le sombre district industriel du Nord de la France. Marseille est plus au nord que l'honnête province du Piémont dont la propreté est d'une rigueur teutonne; Boston est au sud de Florence; New York est sur le même parallèle que Naples; Alabama est au nord de cet avant-poste mexicain de l'"efficience" septentrionale qu'est Monterrey. Dans les pays tempérés, les caractéristiques du Midi sont le relâchement d'une discipline sévère, l'épanouissement, la facilité plus grande des communications d'homme à homme. La vie y est plus immédiate, l'heure du prochain bus moins pressante. On y a des loisirs et on en profite sciemment. Dans le Midi géographique s'amorce une chute : le laissez-faire se mue en laissez-aller, la quiétude cède la place à la fainéantise, la tolérance, la bonhomie, la jouissance deviennent des habitudes.
Sybille Bedford. Chez Don Otavio
insulaires* 
mes chaussures forcent 
mon allure
à
l'indolence


*L'histoire des minorquines
A Minorque, la moins connue des îles Baléares, la fabrication de chaussures et de sandales est depuis la fin du XIXème siècle une tradition. Qui eut cru à l'époque que le modèle de l'île le plus connu aujourd'hui serait celui créé par un paysan!
Dans les années 50, alors que Minorque est isolée du fait de son positionnement en faveur des républicains lors de la guerre d'Espagne, un paysan a eu l'idée de se confectionner pour lui même des sandales résistantes, pratiques, confortables et surtout adaptées à la saison chaude. Sa bonne idée est de façonner la semelle dans un pneu usagé...
Dans les années 60, les minorquins les ayant adoptées, les savetiers de l'île commencent à fabriquer ces sandales sur commande.
Mais ce n'est que dans les années 70 que les premiers ateliers ouvrent leur porte à la fabrication d'avarcas, nom donné par les minorquins à ces sandales. Dès lors, les autres habitants des Baléares et les premiers touristes repartent avec dans leurs valises. Et les touristes français les renomment minorquines.
Depuis, les minorquines ont conquis l'Espagne... Pied de nez à l'histoire : la famille royale en porte chaque été!

lundi 13 juillet 2015

La transhumance (fragments d'insularité)

"On dit que les insulaires tendent à croire qu'il n'existe d'autre réalité que la leur. C'est pour cela que les Anglais assurent que ceux qui conduisent du côté opposé c'est tout le reste du monde, pas eux. 

C'est peut-être pour cela aussi que nous, les Majorquins, pensons qu'il n'existe aucun meilleur endroit sur terre que notre île. L'insularité est une chose très étrange."  
Tomeu Seguí  (extrait -que je traduis librement- d'un recueil de témoignages d'auteurs Majorquins de bandes dessinées : Todo hombre es una isla y el diluante de tebeos, un islote -Chaque homme est une île et le dessinateur de bande dessinée, un îlot)
Sur l'autoroute de l'île
on dépasse
aussi 
des bateaux. 

lundi 18 mai 2015

La surdité (fragments d'insularité)

Nous traversons les Pyrénées en direction de Aragón et, ensuite, jusqu'à Barcelone et l'île. Sur la route, nous effectuons des arrêts pour nous reposer dans la maison d'amis en Normandie, dans le Poitou et le Bordelais. Ensuite nous attend le tumulte de Barcelone et le tumulte non moins dense du bateau rapide. Le bateau lent réalise la traversée de nuit et met plus de neuf heures, le rapide le fait en quatre heures, de jour mais c'est une souffrance. Les espagnols sont addicts au bruit et y sont insensibles. Sur ce bateau, il y a un salon flottant dont les fauteuils sont tous disposés du même côté et aussitôt que la machine s'élève au-dessus de l'eau, toutes les télévisions s'allument à l'unisson mais pas de manière normale : le volume à fond. La plupart des fois, il s'agit de programmes infantiles, pour que les enfants apprennent à compter avant de savoir lire. Cris perçants, hurlements, on ne lésine pas sur la violence. Animaux dépecés, personnes aplaties, sang coulant sur l'écran, un pandémonium d'une durée de quatre heures où la civilisation humaine a été abolie. Si on regarde les gens, on se rend compte que, en réalité, quasiment personne ne regarde la télévision. C'est comme s'ils portaient des bouchons mentaux contre le bruit et, contemplant la mer en mouvement, ils dorment et parlent, sourds au bruit électronique. Demander que soit baissé le volume ne sert à rien; signaler que presque personne n'écoute non plus. "Il y a des gens qui aiment ça" est la réponse. Monter sur le pont est interdit. Dans le seul lieu à l'écart, le bar, résonnent les basses et les rythmes d'une musique pop pour que les passagers se sentent comme à la maison. 
Traduction libre de Lluvia roja de Cees Nooteboom
Quand j'appris
qu'ils ne modèrent pas le bruit
pour ménager les nourrissons endormis
je compris
que ce qui me différencie
des gens d'ici
plus que la nationalité, c'est l'ouïe

En Espagne, il est obligatoire de parler fort.
Si tu es dans un bar, que tu y parles normalement et que la police te découvre, tu as une amende.* 
*Traduction libre de El cuaderno secreto de Hans de Javier Salinas.
En España es obligatorio hablar alto.
Si estás en un bar y estás hablando normal y te descubre la policía te pone una multa.

dimanche 26 avril 2015

sabes a que me refiero

J'ai beaucoup conduit et l'herbe était verte et, toujours quand je quitte l'aéroport, j'ai pensé à la nuit de mon arrivée et à ton profil pirate pour la première fois au volant  et, du disque que tu m'avais choisi pour la route je n'en ai usé qu'une seule piste, sabes a que me refiero, et j'ai pensé à Minorque aussi et l'herbe y était verte aussi et c'était moi de profil pour la première fois, la première fois avec toi, au volant et l'île était si petite que le disque qu'on avait choisi pour la route, on a mis deux jours à en entendre la fin.


jeudi 9 avril 2015

LA VACANCE

La première chose que j'ai faite en arrivant à Sitges fut un tour sous les palmiers de son incomparable promenade maritime. Ensuite, un bon apéritif au soleil, à la terrasse de chez Gustavo, sans hâte : vin blanc et beaucoup de moules préparées là comme nulle part ailleurs. Total, quand ce fut l'heure de manger, je n'avais pas la moindre faim. De plus, je n'ai jamais supporté de me plier à la routine des horaires, comme si la vie était une espèce de guide de chemin de fer. Mais les gens aiment cela, vivre comme en accord avec un guide de chemin de fer et quand c'est mieux d'être à la plage, ils vont manger, ce qui fait que la plage se retrouve à moitié déserte, ce qui est encore plus agréable. 
Extrait librement traduit de Investigaciones y conjeturas de Claudio Mendoza de Luis Goytisolo. 
Pas l'heure du réveil, pas davantage celle du coucher, pas le nombre de kilomètres marchés, à peine la nature des paysages traversés, pas les heures consacrées à l'écriture, à la peinture, encore moins celles passées à discuter, à lire, à répondre au courrier, à s'aimer. 
non, ce qui distingue le temps de nos vacances du reste de notre vie, c'est uniquement le nombre d'heures passées à manger. 

lundi 9 mars 2015

l'île sur l'île (fragments d'insularité)

La ville n'est pas loin, il est des endroits d'où l'on voit ses lumières la nuit, sa lumière plutôt, et le jour sa fumée. On distingue même, par temps très clair, les môles du port, des deux ports, ils avancent bras minuscules dans la mer vitreuse, on les sait à plat mais on les voit levés. On voit les îles et les promontoires, il s'agit seulement de se retourner au bon endroit, et la nuit bien entendu les phares, à feux fixes et tournants. Le ciel même bleu semble plus bas, vu de ce plateau, on a beau se raisonner, l'impression demeure. C'est là qu'on voudrait se coucher, dans un creux bien tapissé de bruyère sèche, et s'endormir, une dernière fois, un après-midi. Il ferait du soleil, la tête serait parmi la vie minutieuse des tiges et des corolles, on s'endormirait vite, on quitterait vite des choses charmantes. C'est un ciel sans oiseaux, quelques oiseaux de proie tout au plus, pas d'oiseaux-oiseaux. Fin du passage descriptif. 
Samuel Beckett. Mercier et Camier.
Il faisait si clair, ce matin-là, qu'on voyait Minorque du haut de la Talaya.
Le lendemain, il avait tant plu, tant venté 
: mes chaussures auraient pris l'eau
, je n'avais pas quitté la maison
.

lundi 23 février 2015

La même mer (fragments d'insularité)

Comme mes soeurs et moi (1), les îles Baléares ont un air de famille, des accès de ressemblance mais aussi des nuances dans le bleu, des caractères bien affirmés, des reliefs (2), ou pas (3)
Traverser le bras de mer vers Minorque, c'est rendre visite à l'île cadette de celle où je vis. 

(1)










(2)









(3)

mercredi 30 avril 2014

Là, c'est le jour où le voyage retour nous a paru interminable mais sans doute moins qu'il n'a semblé l'être au stewart qui souriait encore en nous disant au revoir après avoir

 contrôlé le passeport de chaque passager
 installé gentiment le groupe senior aux tables de la cafétéria
 secondé le serveur dans le bon déroulement du repas
débouché les bouteilles de vin
débouché les bouteilles de soda
débouché les bouteilles d'eau
 enclenché le programme dans la salle télé
 fermé la porte de communication sans jamais s'impatienter chaque fois qu'un passager omettait de le faire
 changé la chaîne quand le film s'est achevé
 branché le micro
 réglé le son et la lumière
 enfilé une cravate
 énuméré tous les numéros du bingo
 orienté tous les passagers 
qui cherchaient les toilettes
 qui cherchaient l'accès au pont
 qui cherchaient leur enfant
 qui cherchaient le distributeur de café
 félicité le gagnant du bingo
 fait applaudir la salle
 annoncé l'arrivée prochaine
 demandé que chacun regroupe ses affaires
 fait former une file pour la récupération des bagages
 indiqué la porte qui s'ouvrirait quand le bateau serait à quai
 demandé aux jeunes sportives de ne pas s'impatienter bruyamment
 aidé à l'installation de la passerelle


jeudi 24 avril 2014

Chroniques casanières

avoir les clefs sur nous
n'a pas fait de nous des propriétaires
mais pendant une nuit c'était chez nous

lundi 21 avril 2014

08:01

Quittant la chambre aux heures débutantes le samedi, allais-je trouver la ville comme, lors de son coma de l'après-midi, elle nous était apparue la veille : vidée de vie sans être morte ?
Mais non :
Mozart derrière un carreau et le balai tranquille de l'employée municipale et la conversation des habitués de la place de l'agneau et celle de la coiffeuse avec sa première cliente et...
Mais je tournai à droite et en terrasse immobile j'assistai au ballet. 

légumes fruits fromages pâtisseries charcuteries
 tout autour des poissons 

Cette chorégraphie propre aux marchés qui m'a toujours fait me lever, contre laquelle, alors que je n'étais déjà qu'une toute petite Gwendoline, je n'aurais échangé aucune minute supplémentaire de lit.

dimanche 20 avril 2014

respiro el aire que respiras, tú

Quand j'ai eu éteint le micro, tu m'as raconté pourquoi tu avais roulé sans autre volonté que de le faire le plus longtemps possible et que, si tu n'avais pas habité une île : le plus loin possible alors que là, bien sûr, il y avait la mer. 
Le samedi, c'est parfois par surprise que je découvre ta vie sentimentale.