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lundi 5 septembre 2016

Fille des îles (fragments d'insularité)

J'étais allongée dans l'eau, sur le dos, et un oiseau m'a survolée. 
La lumière n'était déjà plus d'août alors que septembre n'était encore qu'un projet. Mais 
je m'y sentais chez moi. Je me sentais chez moi dans cette lumière-là, 
davantage que dans l'eau, moi qui suis une fille des terres, une fille de septembre.
A défaut de pouvoir m'en souvenir, je sais imaginer la scène. 
Une jolie rousse marchant dans l'océan le long d'une plage de l'île, une main en visière au-dessus de ses yeux, apercevant les deux fillettes qui jouent avec leur père, plus loin. 
Une jolie rousse et c'est ma mère, nageant 
dans l'océan et moi, moi nageant 
également, dans sa mer intérieure.

lundi 29 août 2016

Les adieux à l'été (fragments d'insularité)

Bien sûr, même si celui-ci est le dernier, il y aura d'autres voyages. 
Mais ce ne sera plus la même heure, la même lumière, la même saison. 

lundi 22 août 2016

L'île désenchantée (fragments d'insularité)


Dans le fond nous étions abandonnés de tous et nous avions seulement les difficultés du commerce, dit-elle. Alors, au plus haut point de l'insupportable, selon elle, elle eut l'idée d'aller en avion à Majorque, avec son mari et son enfant, passer quelques semaines. Elle ne s'était pas engagée pour le voyage le meilleur marché mais si, tout de même, presque le meilleur marché, la chambre devait avoir un balcon duquel on pourrait voir la mer. Cela avait été sa seule exigence et fin août. C'est à dire, il y avait plus d'un an et demi, elle avait volé de Munich à Majorque. Vous savez, dit-elle, finalement j'ai seulement vingt-et-un ans et, ensuite, elle ne put continuer à parler. Ce fut à l'hôtel Paris, dit-elle, que nous avons logé. Je me l'étais imaginé différent. Elle ne put dire différent comment, même quand je lui demandai différent comment elle ne put le dire. Quand, pour la première fois après son arrivée, très tôt, elle alla à la mer avec son enfant, elle fut dégoûtée. Et l'enfant aussi. Ils avaient loué deux transats et avaient passé quelque heures en silence, juste sous les murs de l'hôtel, sur ces transats, avec mille ou deux mille personnes. Ils n'avaient pas du tout pu parler parce que, à côté de l'hôtel, il y avait des travaux qui empêchaient toute conversation. Ils avaient essayé de quitter l'hôtel mais cela ne fut pas possible, nulle part ils ne trouvèrent de logement. 
Traduction libre d'un extrait de Beton de Thomas Bernhard dont j'ai lu la traduction qu'en a faite Miguel Sáenz en espagnol.
La plage a des allures désertes, le soir.
Le jour, je préfère ne pas la voir.

lundi 15 août 2016

Ici et maintenant (fragments d'insularité)

Toujours j'aimais les 15 août dans les villes
jamais plus dénuées qu'alors de leurs
commerces humains, marchands. 
Jamais je n'avais réellement pensé à 
mais où sont-ils, tous ?
Je sais, à présent. 

lundi 8 août 2016

Préposition de lieu (fragments d'insularité)

j'habitais dans le Nord à Lille
j'habite dans le nord de l'île

lundi 1 août 2016

Le mitan (fragments d'insularité)

C'est seulement d'un point de vue continental que l'on peut croire que le fait qu'une île se trouve à plusieurs semaines de voyage en bateau de la terre la plus proche en fait un paradis. C'est seulement pour ceux qui vivent sur le continent que chaque morceau de terre entouré d'eau de tout côté semble être le lieu parfait pour projeter des expériences utopiques et des paradis terrestres.

Traduction libre d'un extrait de l'Atlas des îles abandonnées de Judith Schalansky
A la moitié de la saison, je suis aussi surprise qu'une sprinteuse qui se souvient soudain qu'elle s'est inscrite à un marathon. 

lundi 25 juillet 2016

L'enfance des bourreaux (fragments d'insularité)

Nul besoin de maîtriser leur langue pour comprendre le motif de la plainte énoncée entre deux hoquets par ces enfants, petits, couverts de larmes autant que de sable, qui désignent d'un doigt tremblant leurs tortionnaires à leurs parents, leur mère le plus souvent, qui les consolent négligemment, levant à peine les yeux de leur livre, de leur revue, de leur sommeil, de leur boisson, décidés qu'ils sont, eux, à ne pas se laisser distraire du paradis. 

lundi 18 juillet 2016

Trafic d'organes (fragments d'insularité)


Les embouteillages matinaux me donnent le temps
 de les toiser
 tous ces gens 
plus bas que moi. 
D'eux 
je vois un bras 
une main sur le volant
une cigarette au bout des doigts.
 Le tronc. 

lundi 11 juillet 2016

Inculte (fragments d'insularité)


Il fait une chaleur d'enfer mais Gini refuse de quitter son cardigan, la pluie donne à Madrid, pour un instant, un air tropical. La mousson doit ressembler à cela, pense Gini qui, en réalité, a très peu voyagé. Presque tous les étés de sa vie, elle les a passés à Palma de Majorque, où elle sort à peine du club nautique. Et, oui, elle y a vu la famille royale des centaines de fois et, non, elle n'a pas grand-chose à en dire. Gini, la famille royale, la sienne ou celle de n'importe quel autre pays, elle s'en fiche. Elle ne comprend pas pourquoi les gens sont fascinés par les couples royaux ou les princesses et l'excitation et le trouble qui se produit chaque fois qu'ils visitent le club nautique ou font du shopping ou se promènent dans les rues de Palma. Ce n'est pas qu'elle les trouve antipathiques, les princes, les princesses ou tous leurs enfants, c'est qu'elle les trouve ennuyeux, trop grands et terriblement superflus.  
Ray Loriga. Traduction libre d'un extrait* de  Días aún más extraños. (Jours encore plus étranges)

Polis, ils n'avaient pas ostensiblement manifesté leur étonnement devant mon ignorance. Ce n'est pourtant que lorsqu'ils m'avaient précisé que le palais de l'Almudaina, qui figurait sur leur liste des attractions culturelles, était juste en face de la cathédrale, que j'avais compris qu'il s'agissait du palais royal, qui attire quelques centaines de milliers de visiteurs mais dans lequel je ne suis jamais entrée. 
Quand ils avaient parlé de Can Sales, en revanche, je savais très bien qu'ils parlaient de la bibliothèque. 


*Hace un calor del demonio pero Gini se niega a quitarse la rebeca, la lluvia le ha dado al centro de Madrid, por un instante, un aire tropical. Así deben de ser los monzones, piensa Gini, que en realidad ha viajado muy poco. Casi todos los veranos de su vida los ha pasado en Palma de Mallorca, donde apenas sale del club de mar. Y sí, ha visto a los reyes allí cientos de veces, y no, no tiene mucho que contar al respecto. A Gini, los reyes, los suyos, o los de cualquier otro país, le importan muy poco. No entiende por qué la gente se siente fascinada por los reyes, o las princesas, y acacha la excitación y el revuelo que se produce cada vez que visitan el club de mar, o salen de compras o pasean por las calles de Palma. No es que los reyes le caigan mal, ni los príncipes, ni las princesas, ni su legión de hijos, es que los encuentra aburridos, demasiado altos tremendamente innecesarios. 

lundi 4 juillet 2016

LE CLAN (fragments d'insularité)

Neuf coups n'ont pas encore résonné sur la place du village et mon caddie est déjà arrondi de toute une semaine de légumes, de fruits. 
Mises en plis fraîches, habits repassés, bijoux assortis... Quand je m'attable à la terrasse où les Majorquines sont déjà installées, je me félicite de ne jamais sortir sans rouge à lèvres. 

lundi 27 juin 2016

Le nombril du monde (fragments d'insularité)

Toute cette zone, avec ses chalets d'été complètement fermés, ses vergers couverts de neige, ses canots échoués est, maintenant, beaucoup plus belle qu'en été. En été, elle est remplie de gens. Je ne suis pas ennemi des relations mondaines mais c'est en hiver que se vit la véritable vie. Du moins, c'est ce que moi, j'entends par vie, mauvaise ou bonne, animée ou isolée.
Traduction libre d'un extrait de la traduction en espagnol de Jesús Pardo de Mort d'un apiculteur de Lars Gustafsson
Tu ne crois pas ? me demanda Alberto qui venait de me dire que non, il ne partait jamais de Majorque à cette saison parce qu'il n'y avait aucun endroit plus agréable où passer l'été. 
Si le monde entier n'était pas déjà de son avis
alors
je pourrais le partager. 

lundi 20 juin 2016

L'ignorance tardive (fragments d'insularité)

Après avoir quitté Valence cette nuit-là, nous dûmes pourtant y revenir une semaine plus tard : nous voulions nous rendre à Palma et il nous fallait donc quitter l'Espagne à bord d'un navire et forcer le blocus.
C'est à Majorque que j'appris dans les journaux la mort du jeune poète espagnol Luis Quintana qui s'était suicidé dans un salon de l'hôtel Alcador à Valence. Pour moi, l'aspect le plus déroutant de ce suicide me fut révélé dans les derniers paragraphes de sa nécrologie. On y citait en petits caractères le dernier message de Quintana au monde, message qui avait été "sorti clandestinement d'Espagne par un ami anonyme". La citation qui attira mon attention était brève, pertinente et disait ceci : "El amor por la verdad es la sangre del honor." L'amour de la vérité est le sang de l'honneur. Lorsque je vis les mots sangre del honor, mon coeur se serra. 
Timothy Findley. Le grand Elysium Hotel.
Quand je les avais lus, je les avais tellement aimés. Le chasseur de tête, Guerres, le dernier des fous
Quand Timothy Findley est mort, j'avais déjà en ma possession, pas encore lu Le grand Elysium hotel
J'ai continué à le garder, sans le lire. 
Il y a des livres qu'on garde pour plus tard, quand bien même on ne peut jamais savoir si plus tard ne sera pas trop tard
Si j'avais lu ce roman plus tôt, peut-être l'aurais-je achevé. 
En revanche, jamais je n'aurais remarqué ce passage : jusqu'à ce que j'y habite, je ne savais pas que Majorque existait. 

lundi 13 juin 2016

Au supermarché (fragments d'insularité)

La scène appartient à celles qui font regretter que la vie ne comporte pas les mêmes fonctions qu'un film sur dvd. Chapitres numérotés, séquences que l'on peut repasser, arrêt sur image. J'aurais quelques détails à vérifier.

Cette scène se déroule au supermarché (1), au rayon des boissons végétales.

On m'y voit, portant un débardeur rose mou et un jean coupé aux ciseaux (2). J'ai, au creux d'un bras, un litre de lait d'avoine de la marque Yosoy (3).
On y voit également un homme. Littéralement à mes pieds. Il est accroupi à hauteur des étagères du bas du rayon, qu'il regarde. A côté de lui se trouve un caddie chargé de briques de boissons végétales de diverses marques et de lait de vache. Il se redresse, continue de regarder le rayon mais aussi le contenu du caddie, sans esquisser le moindre geste.
Bien que je n'en aie pas vu sur le caddie, je m'adresse à lui pour lui demander s'il y a ou s'il y aura bientôt du lait de soja de la même marque que celle du lait d'avoine dont je me suis déjà servie.
Après s'être penché vers l'étagère où j'ai pris le produit afin d'examiner les étiquettes de prix -chose que j'ai déjà faite- il se redresse et me regarde sans répondre. Il est plus grand que moi, large d'épaules. Il a des yeux d'un bleu rare. Je ne l'ai jamais vu dans le magasin. Ni à la caisse, ni nulle part ailleurs (4).
Il regarde ensuite la brique de boisson à l'avoine. Il semble vouloir dire quelque chose mais ne pas savoir comment s'exprimer. Comme si c'était lui, l'étranger.
Le silence dure, je ne veux pas que, pour une raison ou une autre, il se sente embarrassé, je lui souris, je l'encourage : ¿Si?
Quand, enfin, il ouvre la bouche, il est très bref. Tout en regardant autour de lui, comme s'il vérifiait que personne ne nous voit (5) ou, au contraire, que quelqu'un nous a bien remarqués (6), il me dit que, lui aussi a coutume de consommer ces boissons et que celle à l'avoine est assez semblable à celle au soja. Je lui précise que, quant à moi, je trouve le soja plus neutre que l'avoine et que c'est pour cela que j'en cherche. Et comme je le vois se tourner vers les autres marques du rayon, j'ajoute que je cherche cette marque en particulier car toutes les autres contiennent des additifs, si si, toutes, j'ai déjà vérifié mais ça ne fait rien, merci beaucoup et au revoir. 

Ce n'est que rentrant chez moi, rangeant les briques de boisson à l'avoine, repensant à ce qui avait constitué mon échange linguistique de la journée, le reconstituant sans y trouver les fautes dont je suis malheureusement coutumière, ce n'est qu'à ce moment-là que la scène a commencé à me paraître si peu naturelle, étrangement lente.  

A présent, je sonde ma mémoire et je ne jure plus de rien : l'homme portait-il vraiment l'uniforme dont je l'ai cru vêtu ? Etait-ce l'uniforme du magasin ? Son expression orale n'était-elle pas approximative au point d'avoir fait paraître la mienne aussi accomplie ?

Dotée d'une imagination plus rocambolesque (7), je croirais avoir croisé le chemin d'un criminel se cachant dans le rayon d'un magasin, inquiet de l'attention que je pouvais attirer sur lui en lui adressant la parole et lançant des regards circulaires afin de s'assurer que personne ne le regardait tandis qu'il essayait de se débarrasser de moi au plus vite. 

Mais, plus le temps passe, plus je suis persuadée d'avoir adressé la parole à un client timide et surpris, qui a fini par me répondre tout en cherchant du regard un employé qualifié qui aurait pu me renseigner. 

A moi, cela arrive tellement régulièrement dans les allées des bibliothèques que je ne m'obstine plus à leur faire savoir qu'ils sont en train de me prendre pour une autre : je m'efforce de renseigner les usagers avec le plus grand professionnalisme. 


(1)
Ce supermarché est à une centaine de pas de mon domicile. J'ai commencé à le fréquenter dès le lendemain de mon arrivée sur l'île. Surprise lorsque j'ai commencé à constater que le personnel changeait à peine je m'y étais habituée, j'ai appris que les employés venaient de partout, y étaient envoyés également. Comme je ne connaissais pas du tout l'île, partout m'a paru très loin.

(2)
Seule une vision d'ensemble superficielle peut le faire croire mais : non, je n'ai pas réussi à le tailler à la même longueur des deux côtés.

(3)
C'est un jeu de mot. Soy signifie soja en anglais mais, en espagnol, il s'agit du verbe être conjugué à la première personne du singulier. Yo soy : je suis.

(4)
Ce supermarché comporte peu d'allées. Néanmoins, comme dans tous les supermarchés du monde, il y a certaines d'entre elles que je ne fréquente jamais. Par exemple le rayon charcuterie-fromage-à-la-coupe dont, malgré tout, j'identifie les employés car, en plus d'être nomades, ils sont polyvalents.

(5)
Parce qu'on lui aurait demandé de s'acquitter de la tâche de remplir le rayon le plus rapidement possible.

(6)
Pour s'assurer que ses collègues, voire sa hiérarchie, constatent qu'il renseigne poliment les clients comme on le lui a recommandé de le faire.

(7)
Mais, décidément, non !

lundi 6 juin 2016

Le manque, décidément (fragments d'insularité)

Je demandai à Alberto des éclaircissements sur la construction, la conjugaison de echar de menos*, précisant que cette expression ne m'était pas familière puisque ici, sans que je sache pourquoi, personne ne me posait jamais la question
A la suite de cette remarque, j'interrogeai Pri et Angelita : ¿Qué echáis de menos?
Elles répondirent, presque en choeur. 
Aussitôt après, elles passèrent à autre chose. 
*El giro echar de menos significa ‘notar la falta de alguien o algo’ o ‘tener pena por la falta de alguien o algo’. Es una locución verbal transitiva.
Desde que mi hermana se fue a vivir a Londres la echo de menos.
Echo de menos su sonrisa.
La tournure echar de menos signifie "remarquer le manque de quelqu'un ou de quelque chose" ou "avoir de la peine à cause du manque de quelqu'un ou de quelque chose". C'est une locution verbale transitive.

                   Depuis que ma soeur est partie vivre à Londres, elle me manque.
                   Son sourire me manque.

lundi 30 mai 2016

L'île avant l'île (fragments d'insularité)

J'ai été un enfant maladif; un adolescent à maladie; un jeune homme avec des maladies. D'où, aussi, le vice la lecture. On commence à lire quand on est malade et on finit par tomber malade si on ne lit pas.
J'ai recroisé cette citation dans un de mes carnets, il n'y a pas longtemps. Si j'avais noté le nom de son auteur -José Carlos Llop- je n'en avais pas mentionné la source. 
Relisant des fragments des Assises du roman de 2008 -Le roman, quelle invention !-, un livre dont je sais, pour l'avoir écrit sur sa page de garde, que je l'ai acheté en 2009 à Bruxelles alors que je n'y habitais pas encore, j'y trouvai, sans l'avoir cherché, cet extrait, sur une page que j'avais cornée. 
L'intervention de José Carlos Llop s'intitule Les choses et débute ainsi : 
"J'aime mes choses", dit la baronne Blixen dans le salon de sa maison africaine. Nous connaissons ses mots grâce aux pages d'un livre. J'aime mes choses. J'ai écrit ces mots sur un papier que j'ai retrouvé dans mon portefeuille. Un portefeuille, c'est une biographie. J'ai écrit ces mots -j'aime mes choses- dans l'obscurité d'un cinéma aux échos parisiens, le cinéma Rivoli. De retour à la maison, j'ai cherché dans ma bibliothèque La Ferme africaine, le livre dont est tiré le film Out of Africa. La phrase était là, soulignée par moi depuis longtemps. Je ne me rappelle pas avoir souligné cette phrase lorsque j'ai lu le livre. 

Depuis que j'ai lu ce texte la fois où j'ai pris note de la citation, j'ai 

  • quitté le Japon pour aller habiter à Bruxelles
  • quitté Bruxelles pour venir habiter à Majorque
  • appris que José Carlos Llop était un auteur majorquin
  • su qu'il n'était jamais allé en Belgique ("Au petit matin, en rêve, j'ai traversé la Belgique en voiture, un pays où, évidemment, je ne suis jamais allé de ma vie.")
  • lu un volume de son journal intitulé El Japón en Los Angeles
  • mais aussi le journal d'Enrique Vila-Matas dans lequel il dit qu'il lit celui de José Carlos Llop
  • vu un film au cinéma Rivoli
  • croisé José Carlos Llop, plusieurs fois, dans la rue

lundi 23 mai 2016

Tentatives d'anonymat (fragments d'insularité)

Il est tentant -même si : pas facile- d'imaginer une vie romanesque -ou, au moins : romantique- à l'employée de la poste quand je la vois monter dans le bus que je prends, moi aussi, pour rentrer. 
Or. 
Et toi ?, m'a demandé Alicia, croisée dans les allées du marché où elle venait de manger avec sa famille venue d'Ukraine mais aussi de... et de... et encore de... Et toi, qu'est-ce que tu fais là ? Mais son énumération m'avait laissée sans voix. Moi ? Je... rien. 
Je suis en ville, seulement cela. 
Et c'est peut-être aussi cela que fait l'employée de la poste, quand elle vient là : être en ville, n'être là pour personne, n'être plus personne, être une autre personne, ne plus être l'employée de la poste, tout simplement, pendant quelques heures. Excepté quand je la vois. 


lundi 16 mai 2016

L'île rêve (fragments d'insularité)

Le bus de huit heures nous laisse trois quarts d'heure pour finir de nous éveiller. 
Par la vitre défilent les paysages dont je parierais qu'ils n'existent pas en pleine journée
 ,issus du sommeil de l'île avant que,
 elle aussi
 commence sa journée.

lundi 9 mai 2016

Le manque (fragments d'insularité)

-Tu as passé deux ans au Portugal. Maintenant, tu reviens à Palma. Enumère trois choses que tu as apprises des Lisboètes. 
-Le tact, la douceur, leurs formules de politesse -inexistantes ici- la discrétion, le savoir être silencieux, la prédisposition à donner un coup de main. On n'a pas besoin de crier pour convaincre. Comme si on avait mis une sourdine au pays. C'est surprenant mais, finalement, on l'apprécie. Ils sont plus capables d'analyse et patients, excepté au volant. En fait, à mon retour, j'ai accusé le coup. En Espagne, on monte le son jusqu'à un volume souvent insupportable. Je dois avouer qu'il m'a été très difficile d'abandonner Lisbonne. Ma relation avec les villes est très affective et avec Lisbonne, le degré d'affectivité est très élevé. Elle me manque, comme si j'avais abandonné une femme que je n'aurais jamais dû laisser. 
(Traduction libre d'un extrait de l'interview accordée par José Vidal Valicourt (Palma de Mallorca, 1969)  interrogé par la revue 40 putes à l'occasion de la parution de son livre Lisboa Song.)


Contrairement à Tokyo, à Bruxelles, à Lisbonne où j'ai eu à y répondre, la question du manque, ici, ne se pose pas. Ou, du moins : on ne me la pose pas. 
Contrairement à Tokyo, à Bruxelles, à Lisbonne où j'ai eu du mal à répondre, je sais ce qui me manque, ici. 
(le silence)

lundi 2 mai 2016

L'ignorance (fragments d'insularité)

Elle n'avait pas d'autre choix que d'aller dans cet horrible hôtel Zenith, qui était le plus décati de tout Cala Mayor et où, surtout, les veuves de soixante-dix à quatre-vingt-dix ans étaient enfermées par leurs enfants restés en Allemagne, avec l'arrière pensée de se débarrasser d'elles définitivement et de la façon la moins chère. Douze semaines dans un tel hôtel en pension complète ne coûtait pas autant que de vivre décemment une demi-semaine en Allemagne, me dis-je. Des dizaines de milliers de veuves allemandes trouvent, tous les ans à Noël, sous l'arbre de Noël, ce qui s'appelle un bon d'hivernage, ce qui s'appelle un séjour prolongé, comme en offrent les agences de voyages aux centenaires dans tous les hôtels imaginables parmi les plus horribles de Majorque.

Traduction libre d'un extrait de Beton de Thomas Bernhard dont j'ai lu la traduction qu'en a faite Miguel Sáenz en espagnol.
Alors ? Tu as voulu vérifier la carte ? nous demandait mon père, cartographe à ses heures, lorsqu'il nous arrivait de passer beaucoup plus de temps que ce qu'il en fallait pour effectuer notre parcours de course d'orientation.

Il est des régions de Majorque dont je n'irai jamais vérifier la carte. 

lundi 25 avril 2016

loin de CHEZ MOI (fragments d'insularité)

Premièrement, faites-vous à l'idée que vous êtes à la campagne et si vous voulez que votre maison soit comme une photo de La Maison de Marie-Claire, vous n'aurez du temps pour rien d'autre. Garder propre une maison entière sans l'aide de personne est une équipée digne de Don Quichotte si vous avez autre chose à faire dans la vie.
Traduction libre d'un extrait de Un hogar en Mallorca (un foyer à Majorque) de Tomás Graves.

Je m'y transporte souvent, dans ces lieux


à Bunyola,

à Palma,

Mahón,

Madrid ,

à Ciutadella.
Où j'ai été chez moi plus que je ne le suis 
chez moi.