Alors tu te surprends à penser à l'avenir, tu te souviens qu'il est possible de penser à l'avenir, qu'il est normal de penser à l'avenir, qu'il est normal de ne pas connaître l'avenir mais normal aussi de ne pas en avoir peur, tu te souviens de l'adjectif normal, tu n'arrêtes pas de penser que ta vie va redevenir normale.
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jeudi 7 juillet 2016
Tentative de description
d'une vie sous influence
(de la schizophrénie d'autrui)
6ème et dernier fragment
mercredi 6 juillet 2016
Tentative de description
d'une vie sous influence
(de la schizophrénie d'autrui)
5ème fragment
et puis
soudain
plus rienaucun coup de téléphone
à la porte personne
en la soignant
sans le savoir
les psychiatres
te soignent aussi
jeudi 30 juin 2016
Tentative de description
d'une vie sous influence
(de la schizophrénie d'autrui)
4ème fragment
Elle dit que c'est la faute de l'école, que c'est la faute des voisins, que c'est la faute de l'assistante sociale, de la corruption, elle dit qu'il y a trop de corruption, elle dit que c'est la faute des voisins, elle dit mais surtout de l'école, elle dit qu'elle veut savoir ce qui se passe, elle dit mais qu'est-ce qui se passe ?, elle dit qu'elle est quadrillée comme une glace, elle dit que le chocolat est bon pour les enfants, que le chocolat rend les enfants heureux, il faut que les enfants mangent du chocolat, il faut que les enfants soient heureux, elle dit qu'il faut que les enfants sourient, elle dit qu'elle va s'occuper de vérifier que tous les enfants du village sourient, elle dit que le village est plein de yuppies, que le village est corrompu, elle dit que le village est plein de chiens, est plein de chiennes, est plein de pandas, elle dit qu'elle va enquêter, elle dit qu'elle va voir les gendarmes pour qu'ils enquêtent, elle dit les gendarmes sont en train d'enquêter, elle dit que c'est la faute de son frère, de la femme de son frère, elle dit que c'est la faute des voisins, des voisins et de l'école, elle dit qu'on veut lui faire porter un costume, elle dit que son enfant a perdu le sourire, elle dit mais il est où son sourire ?, elle dit qu'elle veut savoir qui lui a fait ça, elle veut savoir ce qui se passe, elle dit mais qu'est-ce qui se passe ? elle dit que c'est l'école, c'est l'école hein qui lui a fait ça !, elle dit que les voisins montent son fils contre elle, elle dit que son fils est manipulé par son portable, elle dit que les voisins envoient des messages à son fils, elle dit qu'il y a beaucoup d'enlèvements pour alimenter les trafics d'organes, elle dit qu'elle va appeler la police, qu'elle va aller à la police, qu'elle est allée à la police, qu'elle va aller à la plage pour se reposer et qu'ensuite elle appellera la police, elle dit qu'elle est fatiguée, qu'elle ne peut plus vivre comme ça, qu'elle ne peut plus vivre chez elle, elle dit que c'est à cause des voisins, que c'est la faute des voisins, qu'ils sont de mèche avec l'école, elle dit qu'on veut qu'elle finisse comme sa soeur, elle dit que c'est sa mère, qu'elle est convoquée au tribunal à cause de sa mère, à cause des voisins, à cause de la mère de la femme de son frère, elle dit qu'elle n'a pas que ça à faire aller au tribunal, elle dit j'ai pas que ça à faire moi, elle dit qu'elle veut savoir ce qui se passe, elle dit mais qu'est-ce qui se passe ? elle dit que son fils n'était pas comme ça, qu'il était heureux, qu'il souriait mais qu'est-ce qui se passe ?, elle dit qu'elle veut qu'on lui dise ce qui se passe, elle dit qu'elle veut que son fils l'accompagne chez les gendarmes, elle dit qu'il va leur dire ce qui se passe, qu'il va leur dire qui lui fait ça, mais qui lui fait ça ?, elle dit que son fils doit arrêter d'aller dans cette école, que s'il ne veut pas y aller demain il a le droit, elle dit que si quelqu'un le maltraite, il doit l'appeler elle, elle dit je vais chercher le numéro de l'enfance maltraitée, elle dit que son fils doit appeler le numéro de l'enfance maltraitée, elle dit qu'on a qu'à aller en France, elle dit tout serait plus simple, elle dit que ce village est bien trop dangereux, elle dit que le mieux serait qu'il fasse ses études à Paris, elle dit et moi je viendrais avec vous, elle dit qu'elle est sa mère, elle le dit, elle dit je suis sa mère, elle dit qu'elle sait que quelque chose se passe parce qu'elle est sa mère, elle dit mais qu'est-ce qui se passe ? mais qu'est-ce qui se passe ? mais qu'est-ce qui se passe ? mais qui lui fait ça ? qui lui a volé son sourire ? qui ? qui ? qu'est-ce qui se passe ?, elle dit qu'elle ne peut plus vivre comme ça
mercredi 29 juin 2016
Tentative de description
d'une vie sous influence
(de la schizophrénie d'autrui)
3ème fragment
Tu penses à Roland Garros. Tu penses à Wimbledon. Tu penses à la météo qui sait prévoir la durée d'une averse, l'heure exacte des premières gouttes, l'heure approximative des dernières. Tu es jalouse des joueurs de tennis. Tu penses que tout est tellement plus simple quand on sait quand interrompre le match, reprendre le match, déplier la bâche, replier la bâche. Tu penses que c'est ça qu'il faudrait. Tu penses qu'il faudrait une météo de la folie. Un bulletin des humeurs. Un calendrier du type fêtes et jours fériés. Tu penses au drapeau sur les plages, aux alertes sur les sites météo, c'est ça, tu penses qu'il faudrait des alertes oranges, rouges, tu penses qu'il faudrait un bulletin des perturbations, des statistiques, c'est ça : tu penses qu'il faudrait des statistiques et des estimations, des courbes scientifiques, tu penses qu'il faudrait des prévisions. Tu penses que ce serait plus facile à vivre. Facile n'est pas le mot. Tu penses que ce serait moins pénible à vivre. Pénible n'est pas le mot. Tu penses que ça aiderait à survivre. Survivre est le mot.
jeudi 23 juin 2016
Tentative de description
d'une vie sous influence
(de la schizophrénie d'autrui)
2ème fragment
Le téléphone sonne. Tu ne décroches pas. Le téléphone sonne. Tu ne décroches pas. Le téléphone sonne. Tu ne décroches pas. Tu débranches le téléphone. Le téléphone ne sonne plus. Tu oublies si le téléphone est débranché. Le téléphone n'est pas débranché. Le téléphone ne sonne pas. Tu oublies qu'il y a un téléphone. Le téléphone sonne. Tu ne décroches pas. Le téléphone sonne. Tu ne décroches pas. Tu entends le bruit des touches qui composent ton numéro de téléphone, de l'autre côté de la porte. Le téléphone sonne. Tu ne décroches pas. Tu débranches le téléphone.
Tu écoutes les messages.
"Vous avez 74 nouveaux messages"
La nuit tu dors. La nuit le téléphone sonne. La nuit tu ne dors
pas.
mercredi 22 juin 2016
Tentative de description
d'une vie sous influence
(de la schizophrénie d'autrui)
1er fragment
La folie frappe à ta porte, la folie met son pied dans ta porte, la folie loge à ta porte, la folie parle la folie crie,
à ta porte.
Jour et nuit, jour ou nuit, jour mais pas nuit, pas jour mais nuit, ni jour ni nuit, folie. Matin midi, le soir aussi, folie. Pas matin mais midi, le soir aussi, folie. Ni matin ni midi, le soir, folie. Pas le soir, folie. Pas aujourd'hui, demain si, folie. Pas ici, là si, folie. Pas là, ici si, folie.
samedi 4 juin 2016
"L'activité cérébrale est destinée principalement à la survie et au bien-être. Un cerveau équipé pour une telle finalité principale peut se consacrer ensuite à n'importe quelle autre chose, écrire de la poésie ou concevoir des navettes spatiales"
Antonio Damasio. Spinoza avait raison.
Il fait nuit à l'heure où le dernier bus de la journée marque un arrêt devant l'hôpital.
C'est au sous-sol que sont soignées les pensées malades.
Ils sont nombreux,
parmi les Espagnols qui commencent à apprendre le français,
à dire pensement pour traduire pensamiento.
jeudi 19 mai 2016
Comment je/elle m'appelle
*Elle m'appelle la chinoise. Elle ne m'appelle pas, elle me siffle parfois. Elle siffle tout le monde.Quand elle parle de moi, elle m'appelle la chinoise. Elle ne parle pas souvent de moi, je crois.Quand elle me parle, elle ne parle pas d'elle, elle ne parle pas de moi. Elle ne me parle pas souvent.Elle parle de son fils. Elle l'appelle par son prénom, qui est aussi celui de son père. Pas de son père à elle, dont il porte pourtant aussi le nom mais de son père à lui.Elle appelle son frère mon frère, la femme de son frère la femme de mon frère. Son frère s'appelle comme leur père mais comme son fils, aussi. La femme de son frère comme sa propre mère.Elle-même s'appelle comme sa mère, comme sa grand-mère aussi.Elle m'appelle la chinoise. Pourtant ici*, je suis la seule à n'avoir le nom de personne.
ici : en Espagne (N.d.A.)
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