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lundi 25 avril 2016

loin de CHEZ MOI (fragments d'insularité)

Premièrement, faites-vous à l'idée que vous êtes à la campagne et si vous voulez que votre maison soit comme une photo de La Maison de Marie-Claire, vous n'aurez du temps pour rien d'autre. Garder propre une maison entière sans l'aide de personne est une équipée digne de Don Quichotte si vous avez autre chose à faire dans la vie.
Traduction libre d'un extrait de Un hogar en Mallorca (un foyer à Majorque) de Tomás Graves.

Je m'y transporte souvent, dans ces lieux


à Bunyola,

à Palma,

Mahón,

Madrid ,

à Ciutadella.
Où j'ai été chez moi plus que je ne le suis 
chez moi. 

lundi 18 avril 2016

La rencontre (fragments d'insularité)

La relation de dépendance du paysan avec le pouvoir (ou du propriétaire foncier) lui a inculqué la nécessité de dire oui à tout, y compris à ce dont il ne peut pas s'acquitter; il aura toujours le temps de trouver une excuse plus tard. Ceci va à l'encontre de l'idée de ne pas manquer à sa parole et c'est la cause de nombreux malentendus, surtout quand la langue de communication est le castillan, qui ne possède pas toutes les nuances du mot oui qui existent en majorquin. Il existe même un ouiiiiiii… qui signifie clairement non, quand la voix descend de cinq tons avant de revenir à l'original, comme la sirène d'une ambulance.
Traduction libre d'un extrait de Un hogar en Mallorca (un foyer à Majorque) de Tomás Graves.
C'est parfois seulement quand on arrive quelque part qu'on s'aperçoit que cela fait vraiment longtemps qu'on n'y est pas allé. Ainsi ce lieu de poisson dont, l'année dernière, j'étais à ce point familière qu'on m'y avait prise pour une guide touristique. Or : non. Seulement quelqu'un qui aime les toasts à la sardine ou au bacalao. Mais, après avoir commandé, j'en vis un, guide touristique, G., que je n'avais pas vu depuis l'été dernier où il avait évoqué un échange linguistique, ah bon, tu apprends le castillan ?! Eh bien, comme moi je suis en train d'apprendre le français, on va boire un café ensemble et on parle, hein ? Bon, pas maintenant parce que j'ai encore beaucoup de boulot mais en hiver, j'aurai tout le temps et il avait porté sa main à son oreille, mimant un téléphone, on s'appelle, hein ?! G., au stand voisin, buvait un verre avec un copain pendant que les touristes, ah oui, les touristes ils ont quartier libre pendant une heure du coup, moi aussi, tu vois ?! Alors, on essaie de se voir un de ces jours, hein ?!, avant que j'aie vraiment trop de boulot. En plus, cet hiver, j'ai suivi le deuxième niveau du cours de français. Bon allez, j'y retourne et il a porté sa main à son oreille, mimant un téléphone, je t'appelle bientôt, ok ?! et je l'ai regardé rejoindre son copain, G. qui n'a pas mon numéro de téléphone. 

samedi 12 mars 2016

La vie des pages (23)

La langue, quand elle est majorquine et, donc, m'est étrangère, me fait parfois l'effet d'une cloison 
(mais parfois, non :
Je n'ai pas la confirmation que la surdité soit une condition généralisée à Majorque mais pour le visiteur de l'extérieur, le niveau de bruit domestique pourrait le faire croire. Une conversation aimable entre deux femmes dans une boutique ou d'un groupe d'hommes jouant à truc au café peut atteindre un volume suffisant pour communiquer de part et d'autre d'une autoroute. Beaucoup de non-Majorquins ne se risquent pas à entrer dans un établissement où une conversation est en cours, de peur de se trouver mêlé à une bagarre.

Traduction libre d'un extrait de Un hogar en Mallorca (un foyer à Majorque) de Tomás Graves.
) entre son locuteur et moi. 
C'est pourquoi je pus faire totalement abstraction du bibliothécaire qui, non loin de moi, passait des coups de téléphone. A peine remarquai-je qu'elles semblaient nombreuses, les personnes auxquelles il avait à rappeler qu'elles avaient des livres à rendre. 
Quand, soudain, ma lecture me donna une surprenante impression d'ubiquité. 
Mettant en ordre sur mon bureau les papiers trouvés sur les états d'absence, je pensais à l'éloignement du monde et à ses conséquences quand un appel téléphonique me sortit de l'abstraction; je décrochai l'appareil et une voix indifférente et autoritaire m'ordonna de rendre le plus tôt possible, sous la menace d'un châtiment abominable, les livres que j'avais empruntés à la bibliothèque : bien que j'aie dépassé le délai de près de deux ans sans que personne ne me réclame les livres, je devais les rendre immédiatement. Je ne pus répondre à cette impertinente qui m'avait arraché à mon imagination et avait coupé le cours des idées que le texte de Rousseau avait éveillé en moi. Maudit soit le téléphone, la bibliothécaire qui accomplissait son devoir, cette voix autoritaire, maladroite et sans contemplation. 

Traduction libre d'un extrait* de Libro de ausencias (Livre d'absences) de Antoni Marí. 

*
Ordenando en mi despacho los papeles encontrados sobre los estados de ausencia, pensaba en el extrañamiento del mundo y sus consecuencias cuando una llamada de teléfono me sacó de la abstracción; cogí el aparato y una voz indiferente y autoritaria me conminó a devolver lo antes posible, bajo la amenaza de un castigo ominoso, los libros que tenía en préstamo de la biblioteca : había superado casi dos años el plazo y aunque nadie reclamaba los libros tendría que devolverlos inmediatamente. No pude contestar a aquella impertinente que me había arrancado de mi fantasía y cortado el curso de ideas que el texto de Rousseau había despertado en mí. Maldije el teléfono, a la bibliotecaria, que cumplía con su deber, y a aquella voz autoritaria, torpe y sin contemplaciones.

lundi 11 janvier 2016

L'immobilité (fragments d'insularité)

Mon ami Toni Viler parle pour toute la classe paysanne insulaire quand il revendique le Ici, le droit de ne pas bouger. Il y a peu, un paysan de la plaine pouvait vivre et mourir sans avoir vu la mer. 
Le tourisme a seulement renforcé l'impression que tout arrive, qu'il ne faut pas partir le chercher; si on n'attrape pas ceci, on attrape autre chose. 
(…) A Majorque, il y a le cas curieux des migrants qui ne migrent pas, des gens qui ont abandonné leur terre mais pas leur territoire; qui ont pu voir le monde et faire fortune sans sortir de l'île.
Discutant avec Toni Viler sur le fait de ne pas bouger, un visiteur allemand lui dit :
-Mais Toni, si je n'avais pas voyagé jusqu'ici, nous n'aurions pas eu cette conversation.
-Et si je n'étais pas resté ici, tu ne m'aurais pas rencontré. 
Traduction libre d'un extrait de Un hogar en Mallorca (Un foyer à Majorque) de Tomás Graves.
Les serveurs de la terrasse ensoleillée se succèdent mais tous, ils finissent -plus ou moins rapidement- par savoir que ma commande ne varie jamais et ils me l'apportent sans plus me demander de la confirmer. 
Les clients, autour de moi, ne devinent pas ma fidélité car, eux, ne font que passer. 
Ils déploient leurs cartes en même temps qu'ils consultent la carte, ils les écartent quand on leur apporte leurs plats.
Ils me voient moins que moi, eux, je ne les vois.
Je suis l'invisible témoin de la manière de manger de nombreuses nationalités. 

lundi 14 septembre 2015

L'île vierge (fragments d'insularité)

Pour prévenir la claustrophobie, il faut imaginer que l'île est plus grande qu'elle ne l'est, voyager peu et essayer de laisser un coin de l'île inexploré comme "réserve spirituelle".
Traduction libre d'un extrait de Un hogar en Mallorca (un foyer à Majorque) de Tomás Graves. 


Par mesure de précaution, je ne procède à aucune exploration. 
Je voudrais déménager sur l'île comme à 
Lille, 
Tokyo, 
Lisbonne, 
comme ici : 
m'installer dans un lieu où je ne serais encore jamais venue. 
Me familiariser avec une vue qui m'est encore inconnue. 

lundi 17 août 2015

Les caractères (fragments d'insularité)

Une maison est toujours davantage que l'espace entre ses murs mais une maison ancienne à Majorque est quelque chose de plus encore. Si on est habitué à faire de sa maison le reflet de sa personnalité, il est possible que, ici, il se passe le contraire. Plus la maison dans laquelle on est installé a de "caractère", plus on finira par s'adapter à elle, comme le maître finit par avoir les mêmes traits que son chien.
Traduction libre d'un extrait de Un hogar en Mallorca (un foyer à Majorque) de Tomás Graves.

Pas davantage que je ne me sens d'affinités avec la maison que j'habite, je n'aimerais qu'on me voie des points communs avec le petit blanc que je promène tous les soirs