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lundi 3 novembre 2014

"I have decided that seeing this is worth recording"*

Arrêter de lire, renoncer à écrire, ça je peux dire : jamais.
Mais photographier.


De mes cinq kilomètres quotidiens les bras ballants dans le couchant je rapporte

des mots -car, souvent, je pense avec les pieds- 
des couleurs -le rose du ciel mais aussi les reflets argentés des anchois frétillants dans le panier du pêcheur repliant ses filets- 
des souvenirs  -la phrase Ici habite un pasteur majorquin avait un long temps porté à confusion puisque j'avais cru : un homme, or : non-  
des conversations -ou le monologue sans cesse répété des vagues-
des petits spectacles -deux chiens, qui jouent à chat-

comme d'autres vident leurs poches de jolies feuilles mortes après une marche en forêt.

Des instants décisifs mais pas de photos

* John Berger. Understanding a Photograph.
(on peut lire le texte intégral ICI)

mardi 21 octobre 2014

Tuesday self portrait

Le nombre de vies qui pénètrent la nôtre est incalculable.
John Berger. D'ici là.




(Les nuits de France Culture sont à présent disponibles à la réécoute et en podcast. L'occasion, par exemple, de (ré)écouter la voix irrésistible de John Berger invité aux Mardis littéraires. Il y proteste contre le terme exilé, dit qu'il est plutôt un touriste volontaire en France où il habite depuis très longtemps. Il raconte également que, quand il discute avec quelqu'un dans un pub à Londres, on le complimente sur la qualité de son anglais et on lui demande quelle est sa nationalité.)

jeudi 11 septembre 2014

La lección de memoria*

Le Prado à Madrid est un lieu de rencontre unique. Les galeries sont comme des rues, pleines de vivants (ceux qui visitent) et de morts (ceux qui ont été peints).
Mais les morts n'ont pas disparu, le "présent" dans lequel ils ont été peints, le présent inventé par leurs peintres, est aussi vivant et habité que l'instant présent. Parfois même plus vivant. Les habitants de ces moments peints se mélangent aux visiteurs du soir et, ensemble, les morts et les vivants transforment les galeries en ramblas.
John Berger. Le carnet de Bento.
Le XXIème siècle n'entre pas au Prado. Dans les mains des visiteurs : des plans, des carnets, des guides… du papier, parfois : rien. Ce sont les yeux qui se souviennent. 


*La lección de memoria est un tableau de Ignacio Pinazo

mardi 15 avril 2014

Tuesday self portrait


Lorsque nous sommes impressionnés et bouleversés par une histoire, celle-ci engendre quelque chose qui devient, ou peut devenir, une part essentielle de nous-même, et cette part, qu'elle soit petite ou grande est, en quelque sorte, le descendant de l'histoire ou sa progéniture. 
Ce que je m'efforce de définir est plus idiosyncratique et original qu'un simple héritage culturel; c'est comme si le sang de l'histoire lue se mêlait au sang de l'histoire de notre vie, cela contribue au devenir de ce que nous devenons et continuerons de devenir. 
Dépourvues des complications et conflits inhérents aux liens familiaux, ces histoires qui nous façonnent sont nos ancêtres fortuits. Quelqu'un dans cette banlieue de Paris, lisant peut-être ce soir Les Frères Karamazov dans son fauteuil, est déjà, en ce sens, un lointain, lointain cousin. 
John Berger. Le carnet de Bento