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jeudi 5 mai 2016

El peso de un libro//La valeur d'un livre

Cuando ví esta librería, en el mercado San Fernando del barrio Lavapies en Madrid, donde había ido a tomar un desayuno -después de las tortillas de patatas mañaneras del verano, cuando voy a Palma con mi novio, a comprar papel y lapizes para su trabajo y después las tostadas (con tomate pero sin aceite por favor) de la semana en Madrid este invierno, desayunar en la ciudad cada vez que voy allí se ha vuelto un hábito- me acordé de una tienda en Tours, donde vivía cuando era estudiante, en que se vendía la ropa de seguna mano al peso. A pesar del tiempo que pasé allá, nunca conseguí encontrar algo al contrario de mi novio que -me lo ha dicho hace poco tiempo- solía comprar, en aquella tienda precisamente, toda su ropa.
En la Casqueria, se venden los libros de segunda mano al peso. Como la ropa en la tienda en Tours, como las frutas, verduras, la carne, etc, en otros puestos del mercado.
Para quién suele comprar libros en Gibert en París o, sobre todo, en las librerías Pêle-mêle en Bruselas, parecen muy caros los libros de ocasión en España.
Ahora que me mudo regularmente, ya no me gusta poseer muchas cosas y es por eso que ya no me apetece comprar nada, es por eso que ya no compro tantos libros como antes. Sin embargo, aún prefiero sacar libros de las bibliotecas, todavía me gustan los encuentros de azar en las librerías de segunda mano. Además, sé que no podré encontrar ciertos libros en las bibliotecas.
Así, dediqué toda una mañana a examinar las estanterías de una gran librería de ocasión de Madrid -vagan por la sección hispanohablante, pensé : ¡En verdad! ¡Hay un montón de varones y ninguna mujer por aquí! Pero, poco después, descubrí otras estanterías no tan numerosas tituladas Autoras hispanohablantes. ¡Nunca había visto algo así!- y, también después del desayuno en el bar Carmen del mercado, me quedé un momento por las secciones de la Casqueria. Al final, elegí un ensayo de Antonio Damasio titulado En busca de Spinoza que espero saber leer aún que se trate de neurobiología. En caja, mientras lo pagaba, cogí un marca página  de la librería, un pedazo de mapa en que está impresa una cita de un tal Oliverio Girondo que dice : "Un libro debe construirse como un reloj y venderse como un salchichón". Lo pusé entre dos páginas del libro. Entre dos otras, ya había una foto antigua, la había visto cuando estaba hojeando el ensayo : la foto de una mujer que está cogiendo una revista en las manos pero cuya mirada, muy franca pero también suave, fijo el fotógrafo. Desgraciadamente, queda sólo una forma oval cortada en lo que era una postal. Por eso, se pueden leer sólo algunas palabras de todo el mensaje -cariño, te dedico, recuerdo- escritas con una hermosa caligrafía y firmadas : Antonia.
Me mudo regularmente, ya no me gusta poseer muchas cosas pero aún me queda un montón de fotografías antiguas de otras familias que la mía de que no hago nada -salvo, una vez o otra, imaginar varias vidas-. No necesitaba ninguna foto de ninguna desconocida en más. Pero, aquel día, en la librería, me pareció más precioso y, por eso, menos caro, mi libro… gracias al retrato de Antonia.
Quand j'ai vu cette librairie dans le marché San Fernando du quartier Lavapies à Madrid où j'étais allée prendre mon petit déjeuner -après les omelettes espagnoles matinales de l'été quand je vais à Palma avec mon fiancé pour acheter le papier et les crayons de son travail et après le pain grillé (avec de la tomate mais sans huile, s'il vous plait) de la semaine à Madrid cet hiver, prendre mon petit déjeuner en ville chaque fois que j'y vais est devenu une habitude- je me suis rappelé d'une boutique à Tours, où je vivais quand j'étais étudiante, où les vêtements se vendaient au poids. Malgré le temps que j'y ai passé, jamais je n'y ai trouvé quoi que ce soit, au contraire de mon fiancé qui -il me l'a dit récemment- avait l'habitude de s'y habiller.
A la Casqueria, les livres d'occasion se vendent au poids. Comme les vêtements de la boutique de Tours, comme les fruits, les légumes, la viande etc, dans les autres stands du marché.
A qui a l'habitude d'acheter des livres chez Gibert à Paris ou, surtout, dans les librairies Pêle-Mêle de Bruxelles, les livres d'occasion semblent très chers en Espagne. 
Maintenant que je déménage régulièrement, je n'ai plus le goût de posséder beaucoup de choses et c'est pour cela que je n'ai plus envie d'acheter quoi que ce soit, pour cela que je n'achète plus autant de livres qu'avant. Malgré tout, même si je préfère emprunter dans les bibliothèques, j'apprécie encore les trouvailles dues au hasard dans les librairies d'occasion. Et je sais que je ne trouverai pas certains livres en bibliothèque. 
Ainsi, j'ai passé toute une matinée à examiner les étagères d'une grande librairie d'occasion de Madrid -déambulant dans le rayon hispanophone, je me suis dit qu'il y avait vraiment beaucoup d'hommes… et aucune femme ! Mais, ensuite, j'ai découvert d'autres étagères, nettement moins nombreuses, intitulées Auteures hispanophones ! Jamais je n'avais vu cela ailleurs !- et, après le petit déjeuner que j'ai pris au bar Carmen, j'ai passé un moment dans les rayons de la Casqueria. Pour finir, j'ai choisi un essai de Antonio Damasio qui s'appelle Spinoza avait raison que j'espère pouvoir lire bien qu'il s'agisse de neurobiologie. A la caisse, en le payant, j'ai pris un marque page de la librairie, le morceau d'une carte sur lequel est imprimée une citation d'un certain Oliverio Girondo qui dit : "Un livre doit se construire comme un réveil et se vendre comme un saucisson".  Je l'ai glissé entre deux pages du livre. Entre deux autres, il y avait déjà une photo ancienne, je l'avais vue en feuilletant l'essai : la photo d'une femme qui tient une revue entre les mains mais dont le regard, franc en même temps que doux, fixe le photographe.
Malheureusement, il ne reste qu'un ovale, découpé dans ce qui était une carte postale. C'est pourquoi on ne peut lire que quelques mots de tout le message -chéri, je te dédie, souvenir-écrits d'une belle calligraphie et signés : Antonia. 
Je déménage régulièrement, je n'ai plus le goût de posséder beaucoup de choses mais j'ai tout de même gardé une quantité de photos anciennes d'autres familles que la mienne dont je ne fais rien -à l'exception d'une fois ou d'une autre, où j'ai imaginé quelques vies. Je n'avais nul besoin d'une photo d'une inconnue supplémentaire. Mais, ce jour-là, dans la librairie, mon livre m'a paru plus précieux et, pour le coup, moins cher… grâce au portrait d'Antonia. 

lundi 25 avril 2016

loin de CHEZ MOI (fragments d'insularité)

Premièrement, faites-vous à l'idée que vous êtes à la campagne et si vous voulez que votre maison soit comme une photo de La Maison de Marie-Claire, vous n'aurez du temps pour rien d'autre. Garder propre une maison entière sans l'aide de personne est une équipée digne de Don Quichotte si vous avez autre chose à faire dans la vie.
Traduction libre d'un extrait de Un hogar en Mallorca (un foyer à Majorque) de Tomás Graves.

Je m'y transporte souvent, dans ces lieux


à Bunyola,

à Palma,

Mahón,

Madrid ,

à Ciutadella.
Où j'ai été chez moi plus que je ne le suis 
chez moi. 

jeudi 7 avril 2016

Poème de table en version originale (sous-titrée*)

A fréquenter les cafés sans parler français, 
j'écris de la poésie minuscule en version originale.

Poema SIN mesa

Hoy he pedido
Un americano 
para llevar
al mercado del olivar
en la tienda de café
para quedarme
al sol en el parque
donde estoy sentada, donde
puedo dedicarme
a recordarme
algunos otros lugares donde
ya me tomé un café. 
En Madrid por la mañana
o la semana pasada
en Ciutadella. 
Eran las ocho y media
al mercado estaba en una mesa.
Unica extranjera
comí un bocadillo a la tortilla
(francesa) 
y luego escribí un sueño
en mi cuaderno. 
Cuando miré
de nuevo la calle
te vi
a ti. 
Habías salido de la cama
caminabas allá
hacia mí. 
Te sonreí.

*
Aujourd'hui j'ai demandé 
un café allongé 
à emporter
au marché de l'olivar
à la boutique de café
pour rester
au soleil dans le parc
où je suis assise, où 
je peux me consacrer 
à me rappeler 
de certains autres endroits
où j'ai déjà pris un café. 
A Madrid le matin
ou la semaine passée 
à Ciutadella. 
Il était huit heures et demi, 
au marché j'étais à une table. 
Seule étrangère, 
j'ai mangé un sandwich à l'omelette 
(française)
puis j'ai écrit mon rêve 
dans mon carnet. 
Quand j'ai regardé 
de nouveau la rue
je t'ai vu, 
toi. 
Tu avais quitté le lit
tu marchais, là-bas, 
vers moi. 
Je t'ai souri.

jeudi 10 mars 2016

Poème de table en version originale (sous-titrée*)


A fréquenter les cafés sans parler français, 
j'écris de la poésie minuscule en version originale.

Poema de mesa

Hoy tomo un café con Camilo José Cela, 
Premio Nobel de literatura. 
Café de artistas se llama su libro
que estoy leyendo. 
La descripción del café y de la gente
me recuerda Madrid, la ciudad y su ambiente. 
Sin embargo hoy estoy en un café de provincia
aun que esté en Palma.
Aquí no hay artistas sino hombres en una mesa
que llevan traje y corbata
o mujeres en una otra
con gafas y bufanda. 
Pero quizás todos, todas
sean pintores o poetas : 
no se ve en la cara
a que la gente se dedica. 
Además, mirando mi libro, veo en la portada
el retrato del autor -una acuarela-
Lleva gafas y sólo se ve el cuello de la camisa
pero podría muy bien tener una corbata. 
Al final de su cuento nota
que se pasa el 10 de marzo 1953 a
las doce de la mañana. 
Hoy es la misma fecha
y, además, es casi la misma hora. 
Ahora mismo me voy a la biblioteca
a sacar una otra novela. 

En efecto, más tarde, saqué una : Formas de volver a casa de Alejandro Zambra. Y, en otro café, empecé a leerla. 
"La mujer, dijo mi madre, no tenía cara de profesora de inglés. 
Yo pensé en la cara de una profesora de inglés, en cómo debía ser la cara de una profesora de inglés. Pensé en mi madre, en mi padre. Pensé : de qué tienen cara mis padres. Pero nuestros padres nunca tienen cara realmente. Nunca aprendemos a mirarlos bien."

*
Aujourd'hui je prends un café avec Camilo José Cela,
prix Nobel de littérature. 
Le café des artistes, s'appelle le livre
que je suis en train de lire. 
Sa description du café et des gens 
me rappelle Madrid, la ville et son ambiance. 
Mais aujourd'hui, je suis dans un café de province, 
bien que je sois à Palma. 
Ici il n'y a pas d'artistes mais des hommes à une table, 
qui portent un costume et une cravate
ou des femmes à une autre, 
qui ont des lunettes et une écharpe. 
Mais peut-être tous et toutes
sont-ils peintres ou poètes : 
on ne voit pas sur leur visage
ce à quoi se consacrent les gens. 
D'ailleurs, en regardant mon livre, je vois sur la couverture
un portrait de l'auteur -une aquarelle-
Il a des lunettes et l'on voit seulement le col de sa chemise
il pourrait très bien porter une cravate. 
A la fin de son conte, il note
qu'il se déroule le 10 mars 1953
à midi. 
Aujourd'hui, c'est la même date
et presque la même heure. 
Maintenant je m'en vais à la bibliothèque
emprunter un autre roman. 

Et, en effet, plus tard, j'en ai pris un autre : Formas de volver a casa (Façons de rentrer à la maison) de Alejandro Zambra. Et, dans un autre café, j'ai commencé à le lire. 
"La femme, dit ma mère, n'avait pas le visage d'une professeur d'anglais. 
Je pensai au visage d'une professeur d'anglais, à comment devait être le visage d'une professeur d'anglais. Je pensai à ma mère, à mon père. Je pensai : de quoi mes parents ont-ils le visage. Mais nos parents n'ont jamais vraiment de visage. Nous n'apprenons jamais à bien les regarder."

jeudi 3 mars 2016

du latin fictionem, de fictum, supin de fingere : 
feindre


Un soir à Madrid, j'avais quitté le silence du studio pour arriver en trois enjambées à la Central de Callao, un peu tôt, volontairement un peu tôt et j'avais gagné les étages sans penser que ce serait l'heure de l'apéro, que le bistro, en bas, serait bruyant de monde, que toutes les conversations résonneraient en haut, transportées par le patio et que je me sentirais écoeurée par cette purée sonore, incapable d'ouvrir le moindre volume et de voir, écrits, d'autres mots et n'ayant pas deviné que cela pourrait m'arriver dans une librairie. 
Alors à l'heure dite, enfin l'heure dite, j'avais dévalé les escaliers jusqu'à la cave, rejoindre l'assemblée silencieuse, écouter parler de réalité et d'invention l'écrivain qui, en préambule, nous avait précisé l'étymologie du mot fiction. 

mercredi 24 février 2016

CHOSES QU'ON NE FAIT QU'EN VILLE

La nuit sous la pluie devant un cinéma la file

lundi 15 février 2016

Vol retour (fragments d'insularité)

alors que
les autres jours
tous les jours
sont juste des jours
la mélancolie qui me saisit hier dans la soirée
l'étranger que me parut être le verbe rentrer
le blues en somme
me rappela ah oui c'est vrai ! que nous étions dimanche


samedi 13 février 2016

Défaut d'abstraction

Ils disent que cela leur arrive de ne pas savoir où ils s'éveillent. 
Parfois dans leur lit. Parfois dans un autre lit que le leur. Parfois à l'autre bout du monde. Parfois tout près de chez eux sur un ponton au-dessus de la mer. 
Ils disent qu'ils s'éveillent et qu'il leur faut un moment pour réaliser qu'ils sont dans leur lit, dans un autre lit que le leur, à l'autre bout du monde, près de chez eux : ah oui, ce que je sens est le bois du ponton, ce que j'entends est la mer. 
Ils disent mais à toi, ça n'arrive pas ? 
A moi non, jamais. 
J'aimerais mais jamais. 

jeudi 11 février 2016

La vie réelle



La vie est minuscule au rez-de-chaussée du musée Thyssen. Un téléphone, la tablette d'un lavabo, une fenêtre ouverte, un poisson qu'on cuisinera plus tard… ce que sont les lieux quand on les laisse seuls. 
La vie sans nous est réaliste. 

mercredi 10 février 2016

Livre d'absences

On écrit beaucoup, trop, tant de livres et tant de gens et, cependant, comme peu de livres trouvent leur propriétaire, que peu de propriétaires trouvent leur livre. Ceci est le plus surprenant des grotesques listes de ventes; il semble impossible de croire que tant de maladies différentes nécessitent le même remède. Il se vend cent mille exemplaires de ce fameux Da Vinci code ou cet autre, quel qu'il soit. C'est étrange mais il semble plus facile de vendre cent mille livres identiques que cent mille livres différents. Ceci, n'importe quel libraire le sait. Et, cependant, malgré la popularité d'un antidote, il n'est pas possible que nous portions en nous le même poison. En-dessous de ces livres, qui sont sûrement très bien, il y a d'autres livres qui sont sûrement meilleurs. Comme si, en-dessous de ces pavés, il y avait la plage. Parfois, on a la tentation d'entrer dans une librairie et modifier la disposition de tous les exemplaires. Placer ceux d'au-dessus en dessous et ceux de la vitrine dans les coins. Mettre sur la table des best-sellers un antiroman hermétique de Beckett et, sur l'étagère de littérature irlandaise, les mémoires de Aznar et compagnie. Pousser Isabel Allende vers l'exil des guides touristiques pour voir si elle se tait, d'un coup. Mettre la main sur les étagères et sortir quelque chose d'inespéré; la littérature criminelle de Rubem Fonseca, par exemple. Ici, comme pour tant d'autres choses, la pudeur, cette forme humble de décence me retient. Et aussi le souvenir d'un vieux vendeur de la cuesta de Moyano, qui disait toujours : "ça m'est égal que tu achètes ou pas mais ne touche pas mes livres." 
Traduction libre d'un extrait* de  Días aún más extraños de Ray Loriga.
Je lui ai dit bonjour, je lui ai tendu le livre, l'argent, je lui ai dit non merci car je n'avais pas besoin de sac, j'ai souri poliment en réponse à son muy amable mais aimable, non, je ne l'avais pas été car il ne m'avait vraiment pas semblé l'être, lui. 
*Se escribe mucho, demasiado, tantos libros y tanta gente, y sin embargo qué pocos libros encuentran su dueño qué pocos dueños encuentran su libro. Eso es lo más sorprendente de las grotescas listas de ventas; resulta imposible creer que tantas enfermedades distintas necesiten el mismo remedio. Se venden cien mil ejemplares de este dichoso Código da Vinci o de aquel otro, el que sea. Es extraño, pero resulta más fácil vender cien mil libros iguales que cien mil libros distintos. Eso cualquier librero lo sabe. Y sin embargo, pese a la popularidad de un antídoto, no es posible que llevemos todos dentro el mismo veneno. Debajo de esos libros, que están muy bien seguramente, hay otros libros que seguramente están mejor. Como debajo de aquellos adoquines estaba la playa. A veces uno tiene la tentación de entrar en una librería y alterar la disposición de todos los ejemplares. Colocar los de arriba, abajo, y los del escaparate en los rincones. Poner en la mesa de bestsellers una hermética antinovela de Beckett y, en el estante de literatura irlandesa, las memorias de Aznar y compañía. Empujar a Isabel Allende al destierro de las guías turísticas, a ver si se calla de una vez. Meter la mano en las estanterías y sacar algo inesperado; la literatura criminal de Rubem Fonseca, por ejemplo. Aquí como en tantas otras cosas, el pudor, esa forma humilde de decencia, me detiene. También el recuerdo de un viejo vendedor de la cuesta de Moyano, que siempre nos decía : "Me da igual que compre o no, pero no me toque los libros."

lundi 8 février 2016

Belle île en terre (fragments d'insularité)

Au fil des ans, je suis de plus en plus convaincu non seulement que la Communauté de Madrid a besoin de son actuelle distinction mais aussi qu'elle est assurément la zone du pays la plus isolée, la plus conforme avec elle-même et ses limites mais aussi la plus incomprise. Elle se trouve si isolée au sens figuré que, même entourée de terre, elle partage le caractère des îles, du moins quelques traits. Elle est facile d'accès, certes, et, sans doute, regarde dehors, autour d'elle, elle ne reste pas indifférente à ce qui se passe au-delà de son entourage. Mais elle se caractérise par le fait d'attendre peu ou rien de l'extérieur, d'avoir conscience qu'elle doit se débrouiller seule en cas de problèmes, que personne ne viendra jamais à son secours ni ne compatira avec elle, qu'elle ne doit compter, en principe, que sur ses propres forces ou sa résistance.
Javier Marías. Vida del fantasma. (traduction libre)
Ainsi, pensant gagner la terre ferme, 
j'allai connaître une autre forme d'insularité. 

mercredi 11 novembre 2015

L'identification (10 : un réveil hyperréaliste)

Ma mère, quand nous allions au musée, me disait que la peinture paraissait avoir évolué à rebours; que si un extraterrestre entrait dans un musée, il supposerait que les tableaux abstraits étaient antérieurs, de quelques siècles ou milliers d'années de la Renaissance. A moins que l'extraterrestre ressemble à un triangle jaune collé à une surface plane bleue.*

*Saliendo de la estación de Atocha est un roman américain de Ben Lerner que je lis dans sa version espagnole grâce à la traduction de Cruz Rodríguez Juiz. Il existe en français, traduit cette fois par Jakuta Alikavazovic et publié aux éditions de l'olivier.




Il m'avait dit Tiens, mets-toi là ! et il m'avait fait pivoter jusqu'à ce que je sois dans la bonne direction, la direction de quoi ? que je puisse voir, voir quoi ? car il m'avait dit aussi Regarde ! 
Il était encore tôt et la nuit avait été, à peu de choses près : blanche


et nous tâchions de nous éveiller en même temps que la ville. 
Il m'avait dit Regarde ! alors je regardais : l'avenue, large et pas encore si fréquentée mais dont on devinait que, quelques heures après, elle ne serait plus visible, à travers le flot de voitures. 
C'est la Gran Via ! C'est là exactement ! 
Plus tard dans la journée, dans les pages d'une librairie, il me montra où nous nous étions trouvés mais ce n'était pas sur un plan, pas dans un guide de la ville. 
Je n'ai gardé aucun souvenir de l'aéroport, dans le bus je somnolais, aussi je peux dire que la toute première impression que je garde de Madrid est d'avoir été dans un tableau.
La Gran Via est un tableau de Antonio López. 
Il parle de son travail dans un film à voir ICI

mercredi 2 septembre 2015

L'IDENTIFICATION (1 : la méprise)

Comment choisissez-vous vos lectures ?
Moi qui retourne les livres avant toute chose, j'aurais pu ne pas aller plus loin que la quatrième de couverture de celui-là*, en y voyant une recommandation d'un écrivain que je n'apprécie pas : 
"Hilarant et diablement intelligent, un roman plein de vie." 
Jonathan Franzen
Cependant, j'ai fait comme pour les autres : 
en lire le début pour voir
Et quelques pages au milieu, 
pour voir aussi. 
(et quand ils sont en espagnol : pour être sûre de pouvoir les comprendre)
Or, la première phrase du deuxième paragraphe de la première page :
"Desde el piso iba a pie por la calle de las Huertas".
Or aussi :
La rue des oeufs !, m'étonnais-je intérieurement et la reconnaissant puisque nous l'avions empruntée à Madrid, que je me souvenais l'avoir photographiée parce que je trouvais ça… quoi ? joli, charmant, chouette… d'être dans la rue des oeufs, moi qui aime tant ça, les oeufs.
Mais : Mais non ! Las huertas, pas los huevos ! 
La photo que j'avais prise, ce devait être une photo de la rue des oeufs alors que la calle de las Huertas… qu'est-ce que c'est, las Huertas ? Les vergers, ah d'accord.
J'ai emprunté le livre. 
Et j'ai cherché parmi mes souvenirs de Madrid ma photo de la rue des oeufs.
Or encore :
Je l'avais enregistrée sous le nom de la rue des oeufs, ayant fait la même erreur il y a un an exactement. 
Pourtant : sur l'illustration, il y a des boeufs. 

*Saliendo de la estación de Atocha est un roman américain de Ben Lerner que je lis dans sa version espagnole grâce à la traduction de Cruz Rodríguez Juiz. Il existe en français, traduit cette fois par Jakuta Alikavazovic et publié aux éditions de l'olivier



lundi 22 juin 2015

(pén)INSULAIRE (fragments d'insularité)

Pendant 80 minutes, la vie fut un plan séquence aux allures madrilènes. 
Hablar signifie parler, j'ai beaucoup écouté. 





J'ai quitté la nuit d'août du quartier Lavapiés de Madrid
en sortant du cinéma.







J'ai rejoint la lumière d'une après-midi de juin à Palma. 
C'était l'heure du goûter, rue Blanquerna. 
Je me suis assise en terrasse, le film n'avait pas cessé
:
j'ai continué à écouter les gens parler. 

lundi 15 septembre 2014

El retiro

Nous avons marché à travers, oui : traversé le parc del Retiro, croisant des amoureux, de vieilles personnes et des sportifs, oui : beaucoup de sportifs, dépassant des groupes assis dans l'herbe mais des enfants : peu, des enfants presque pas comme si l'heure était adulte, comme si les enfants étaient tous restés sur le parvis du musée de la Reine Sofia, des nuées d'enfants émiettant leur goûter ou tapant dans une balle, comme si aucun enfant de la ville n'était au parc del Retiro dont nous avons atteint le coeur, loin du tumulte et des avenues, loin des voitures et loin des gens car : nous étions moins d'une dizaine, visiteurs et gardiens y compris, au Palais Velazquez, devant les toiles de Kerry James Marshall.

En ville, c'est pourtant hors des parcs que je me sens retirée mais plutôt dans ces cafés internationaux où chacun ne donne à connaître de soi que son prénom -le vrai ? un emprunté ?- inscrit sur son gobelet, où les cheese-cakes, les sandwichs entamés attendent que les mains se libèrent des claviers ou des pages, car : des livres s'ouvrent, des ordinateurs, et les visages abandonnent le monde, les yeux se tournent vers l'intérieur,  oui : dans ces cafés uniformisés, nous sommes en retraite de la ville, de la vie, dans une communauté improvisée, toujours renouvelée, une communauté imaginée. 
Premièrement, il faut l'émergence de la métropole moderne, "la fréquentation des villes énormes" comme dit Baudelaire. La ville c'est la condition de la discrétion : parce que dans les villages ou les petites villes, tout ce qui est caché est toujours su; et dans les déserts, on est simplement solitaire -la question de la discrétion ne se pose pas.
Deuxièmement, il faut l'amour de la foule qui peuple les grandes villes, la passion de la multitude pensée à la fois comme "immense réservoir d'électricité", source d'énergie et d'imprévu inépuisable, et comme seul espoir de pouvoir vivre une "solitude peuplée", c'est-à-dire ni un splendide isolement orgueilleux et vite stérile, ni un esseulement tout aussi stérile, mais un état de communication dissymétrique dans lequel on ne cesse de voir sans être vu et d'être vu sans voir : seule la foule, la masse à la fois indifférenciée pour qui ne sait pas voir et invraisemblablement différenciée pour qui sait voir, est la communauté de ceux qui n'ont pas de communauté à laquelle on peut alternativement et se donner et se reprendre.
Pierre Zaoui. La discrétion ou l'art de disparaître.

dimanche 14 septembre 2014

Somewhere not here

En ce premier avril, nous avions tourné le dos à la ville, sauté dans un train comme on éclate de rire, sans autre préméditation qu'un sachet de petites provisions : très tôt tu connus mon tempérament écureuil. 
Le bleu était une couleur froide (1), Ostende nous le rappela, qui nous gela les doigts pendant que nous embrasser gerça nos lèvres. 
Cette autre fois, c'est l'île que nous quittions, où le bleu est chaud quand il colore la mer (2) et la ville était notre destination. Partir avait été tout aussi facile même s'il ne s'agissait pas d'une improvisation. A ton bagage, tu avais ajouté un pinceau, sorti dans l'avion (3) mais le mien contenait les mêmes fruits, d'une autre saison. 

A peine revenus, nous rêvons à de prochaines expéditions. Passées, futures, nos saisons ont des noms de destinations.  

(1)












(2)











(3)

jeudi 11 septembre 2014

La lección de memoria*

Le Prado à Madrid est un lieu de rencontre unique. Les galeries sont comme des rues, pleines de vivants (ceux qui visitent) et de morts (ceux qui ont été peints).
Mais les morts n'ont pas disparu, le "présent" dans lequel ils ont été peints, le présent inventé par leurs peintres, est aussi vivant et habité que l'instant présent. Parfois même plus vivant. Les habitants de ces moments peints se mélangent aux visiteurs du soir et, ensemble, les morts et les vivants transforment les galeries en ramblas.
John Berger. Le carnet de Bento.
Le XXIème siècle n'entre pas au Prado. Dans les mains des visiteurs : des plans, des carnets, des guides… du papier, parfois : rien. Ce sont les yeux qui se souviennent. 


*La lección de memoria est un tableau de Ignacio Pinazo

mercredi 10 septembre 2014

...

puis, il fallut laisser la ville en ville
et revenir sur l'île. 

dimanche 7 septembre 2014

GO

Tout était prévu pour faire de ce voyage quelque chose comme l'intervalle nécessaire entre la fin d'un livre et le moment où l'on coupe les pages d'un nouveau. Un no man's land où nous soignons nos blessures et où nous refaisons provision d'hydrates de carbone, de graisses et de réserves morales pour un nouveau plongeon dans le calendrier.
Julio Cortázar. Les gagnants.
Tout fut décidé, réservé en quelques instants, il y a longtemps.
Horaires, hôtel… tout fut oublié, immédiatement.
Mais depuis tout ce temps
et jusqu'à maintenant
la seule évocation de ce voyage nous servit de talisman.