Notre modeste Présent est cette parcelle de temps dont nous avons une connaissance directe et véritable, le souvenir tout frais du Passé récent étant perçu encore comme une partie du moment présent. En ce qui concerne la vie quotidienne et l'habituelle satisfaction du corps (dont la santé est passablement bonne, qui a encore des forces, qui respire la verte brise, qui savoure l'arrière-goût de la plus exquise nourriture qui soit au monde : un oeuf à la coque), il n'est pas important que nous ne puissions jamais jouir du véritable Présent, qui est un instant de durée zéro, représenté par une belle tache de graisse, tout comme le point adimensionnel de la géométrie est représenté par un point de bonnes dimensions à l'encre d'imprimerie sur du papier palpable. L'automobiliste normal peut, si l'on en croit les psychologues et les policiers, percevoir, visuellement, une unité de temps ne dépassant pas en étendue un dixième de seconde. Il serait intéressant de mesurer le temps qu'il nous faut pour détecter un espoir déçu ou comblé. Les odeurs peuvent être très brutales et, chez la plupart des gens, les sens de l'ouïe et du toucher réagissent plus rapidement que celui de la vue.Vladimir Nabokov. Ada ou l'ardeur.
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mardi 8 septembre 2015
Tuesday self portrait
vendredi 28 août 2015
Le cabinet des rêves 242
Tous les rêves sont affectés par les expériences et les impressions du présent aussi bien que par les souvenirs d'enfance; tous reflètent, sous forme d'images ou de sensations, une lumière, un courant d'air, un repas plantureux, un trouble interne grave. Sans doute (et j'insiste sur ce point auprès de mes élèves) faut-il considérer comme le trait le plus caractéristique de presque tous les rêves, les plus futiles comme les plus fatals -et ceci malgré la présence sous forme de traînées ou de taches d'une réflexion logique (à l'intérieur de certaines limites) et de la conscience (souvent absurde) d'événements appartenant au passé du rêve-, ce pitoyable affaiblissement des facultés intellectuelles du rêveur, qui n'est pas réellement choqué de se trouver en présence d'un ami mort depuis longtemps. Dans le meilleur cas, le rêveur porte des oeillères semi-opagues; dans le pire, il est un imbécile.Vladimir Nabokov. Ada ou l'ardeur.
Nous sommes à la piscine, M. et moi.
Nous nageons tous les deux sous l'eau mais le bassin est profond et l'eau n'est pas claire : on dirait de l'eau de mer alors je ne vois pas M.
Je retourne à la surface pour poser mon appareil photo sur le rebord.
Je le secoue pour le vider de l'eau qui s'y est introduite mais je me dis qu'il ne sera pas endommagé parce que la batterie n'était pas à l'intérieur.
Je retourne sous l'eau et j'ai envie de plonger.
Le temps que je me dirige en nageant vers un plongeoir, je vois un grand groupe de personnes envahir le bassin, je pense qu'il est trop tard.
Rêve du 7 août 2015
vendredi 14 août 2015
Le cabinet des rêves 240
Qu'est-ce qu'un rêve ? Une suite composée par le hasard, un succession de scènes triviales ou tragiques, statiques ou viatiques, fantastiques ou familières, qui nous montrent des événements plus ou moins vraisemblables rapiécés de détails grotesques et font rejouer les morts dans des mises en scène nouvelles.Quand je considère les rêves plus ou moins mémorables qui ont peuplé mes nuits au cours des neuf dernières décennies, je peux les classifier selon leur thème en plusieurs catégories, desquelles deux tranchent nettement sur les autres par leur distinction générique. Je veux parler des rêves professionnels et des rêves érotiques.Vladimir Nabokov. Ada ou l'ardeur.
Nous habitons au-dessus de chez C.S.
Je descends et je la vois devant son ordinateur, en train de regarder une série qu'elle aime bien et qu'elle commente un peu pour moi.
Sans sortir de la maison (?), nous allons faire une brocante : principalement des stands de bijoux et de petits objets tenus essentiellement par des Indiens.
Rapidement, C. me laisse : elle est fatiguée et préfère aller se coucher.
Je regarde les boucles d'oreille, en prends deux paires -des pendants en verre, une paire plus longue que l'autre- que je garde en main pour voir ce que ça donne sur moi quand je verrai un miroir.
Je prends aussi une montre et, avant que je sois sûre de l'acheter, un des vendeurs en change la pile pendant qu'il m'en vante les mérites : il est sûr que, une fois qu'elle aura une pile neuve, elle fonctionnera très bien.
A ce moment-là, je mets mes mains dans les poches, me rends compte que, contrairement à ce que je croyais, je n'ai pas du tout d'argent.
Rêve du 1er août 2015
samedi 1 août 2015
Un été ardent
Je ne transporte jusqu'à la mer que des pages légères, que je tourne pendant les quarante-cinq minutes que j'octroie au soleil pour sécher mon maillot.
Mon livre de l'été ne quitte pas la chambre où je passe les après-midis ventilés
mais rejoint
lui
le carrelage frais quand je suis rejointe
moi
sur le lit blanc.
Par une sorte de coïncidence lyrique Marina et Mlle Larivière prenaient le thé dans la véranda vitrée de style russe, qui ne servait que fort rarement.(…) Van but un verre de lait et se sentit soudain envahi par une vague d'épuisement si délicieuse qu'il décida de se mettre au lit sans attendre."Tant pis", fit Ada en s'emparant avidement d'une épaisse tranche de fruit-cake."Hamac ?" s'enquit-elle encore. Mais Van, qui ne tenait plus sur ses jambes, secoua la tête et se retira après avoir baisé la mélancolique main de Marina."Tant pis", répéta Ada, et avec un invincible appétit elle entreprit aussitôt d'enduire largement de beurre la surface couleur jaune d'oeuf du gâteau et ses riches incrustations de raisins, de cerises, d'angélique et de cédrat.Mlle Larivière observait la manoeuvre avec stupeur et dégoût."Je rêve, dit-elle. Il n'est pas possible qu'on mette du beurre par-dessus toute cette pâte britannique, masse indigeste et immonde ?-Et ce n'est que la première tranche", dit Ada."Une pincée de cannelle dans ton lait caillé ?" demanda Marina."Imaginez, Belle (à l'adresse de Mlle Larivière), qu'elle appelait cela de la neige au sable quand elle n'était encore qu'un bébé.-Elle n'a jamais été un bébé, dit Belle d'un ton péremptoire. Elle était de force à briser les reins de son poney avant même d'avoir appris à marcher.-Je me demande combien de kilomètres vous avez pu faire aujourd'hui, dit Marina; notre athlète est complètement épuisé.-Sept, seulement", répondit Ada avec un sourire tout en continuant de mâcher.Vladimir Nabokov. Ada ou l'ardeur.
dimanche 26 juillet 2015
Littérature comparée
Et toi -j'ai dit- tu parlerais de quoi si tu avais à l'écrire, ce billet ? Du jour -tu as dit- du jour où, tu sais, il me restait le temps d'un aller-retour à la mer pour y piquer une tête ou de rester dans la chambre où j'étais avec toi et… , tu sais ? Oui -j'ai dit- j'avais pensé à parler de ce jour-là, où, à la mer, tu as préféré la chambre.
Mais, finalement, c'est d'un autre jour que je vais parler. Un jour où tu as mis tes lunettes pendant que j'enlevais les miennes car nous avions chacun un livre. Toi : "Quand je vous ai connu, vous m'avez dit que vous vouliez à la fois être Spinoza et Stendhal. C'était un assez joli programme. Commençons par les choses que vous écriviez quand je vous ai connu. Pourquoi était-ce ça que vous écriviez, comment est-ce venu ?" (1) Moi : "Elle ne lisait pas vraiment. Elle feuilletait nerveusement, rageusement, distraitement, les pages d'un petit volume elle qui d'ordinaire, chaque fois qu'elle ouvrait le premier livre rencontré, s'y plongeait aussitôt tout entière avec le mouvement instinctif d'une créature aquatique rentrant en contact avec son élément naturel."(2) Lire en ta compagnie me fait, je crois, le même effet qu'à toi plonger dans la mer. Mais, si j'avais eu à choisir, moi aussi j'aurais préféré la chambre.
(1) Simone de Beauvoir. Entretiens avec Jean-Paul Sartre.
(2) Vladimir Nabokov. Ada ou l'ardeur.
jeudi 16 juillet 2015
-Oui", répondit Ada. "Le mot d'ordre est : Détruire et oublier. Mais tu sais nous avons encore une heure avant le thé."*
La dernière fois que j'ai fait prendre la route à mes cartons, je pensais que le cubage de ma vie était
définitif.
Non
: le superflu, toujours, est provisoire.
Jeter, toujours, me procure la même légèreté.*Vladimir Nabokov. Ada ou l'ardeur.
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